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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2206419

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2206419

mercredi 29 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2206419
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationVice-Président 6 ème chambre
Avocat requérantBOUVIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires complémentaires, enregistrés les 20 décembre 2022, et 2 mars 2023, et un mémoire non communiqué enregistré le 10 mars 2023, M. B A, représenté par Me Bouvier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 octobre 2022 par lequel le préfet du Finistère a suspendu la validité de son permis de conduire pour une durée de 8 mois ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté en litige a été édicté à l'issue d'une procédure irrégulière dès lors que :

* il n'a été précédé d'aucune procédure contradictoire en méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ; le moyen tiré de l'existence de circonstances exceptionnelles est inopérant à justifier une dérogation ;

* les résultats de l'analyse de sang ne lui ont de surcroît toujours pas été notifiés ne lui permettant pas de solliciter une analyse de contrôle par application de l'article R. 3354-14 du code de la santé publique ;

* il n'a donc pu exercer aucun des droits prévus par les textes, qu'il s'agisse de la possibilité d'adresser des observations et sollicitations au préfet ou de contester le taux d'imprégnation alcoolique retenu à son encontre, qui constituaient autant de garanties ;

- la durée de suspension de son titre de conduite est en tout état de cause disproportionnée et non adaptée aux circonstances de l'accident comme à sa personnalité dès lors que :

* l'accident s'est produit alors qu'il roulait à une faible vitesse d'environ 40 kilomètres par heure (km/h) et n'a entraîné aucun dommage matériel à l'exception du véhicule qu'il conduisait ;

* il n'a aucun antécédent routier au cours des dix années précédant la suspension préfectorale ;

* il est parfaitement intégré, est marié, père d'une fille de dix ans, est propriétaire de son logement, et travaille depuis le 1er janvier 2018 en tant que commercial.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 mars 2023, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Descombes, président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, M. Descombes, président-rapporteur a présenté son rapport, aucune des parties n'étant présente.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a été impliqué dans un accident de la circulation, survenu dans la soirée du 22 mai 2022 à Plougasnou. Le dépistage d'imprégnation alcoolique réalisé sur les lieux de l'accident par la brigade de gendarmerie à 22h40 s'est avéré positif et l'analyse réalisée le lendemain du prélèvement sanguin a confirmé l'alcoolisation de M. A, à hauteur de 2,07 grammes d'alcool par litre de sang. Le permis de conduire du requérant a fait l'objet d'une rétention immédiate, puis lui a été restitué à l'expiration du délai légal de 72 heures. Par arrêté du 27 octobre 2022, le préfet du Finistère a toutefois décidé de suspendre de la validité de son titre de conduire pour une durée de huit mois. M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 224-7 du code de la route : " Saisi d'un procès-verbal constatant une infraction punie par le présent code de la peine complémentaire de suspension du permis de conduire, le représentant de l'État dans le département où cette infraction a été commise peut, s'il n'estime pas devoir procéder au classement, prononcer à titre provisoire soit un avertissement, soit la suspension du permis de conduire ou l'interdiction de sa délivrance lorsque le conducteur n'en est pas titulaire () ". D'autre part, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles () ".

3. La décision par laquelle le préfet suspend un permis de conduire sur le fondement de l'article L. 224-7 du code de la route, qui est une mesure de police et doit être motivée en application de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration, est soumise au respect d'une procédure contradictoire préalable. En l'absence d'une procédure contradictoire particulière organisée par les textes, le préfet doit se conformer aux dispositions du code des relations entre le public et l'administration en informant le conducteur de son intention de suspendre son permis de conduire et de la possibilité qui lui est offerte de présenter des observations. Le préfet ne peut légalement se dispenser de cette formalité, en raison d'une situation d'urgence, que s'il apparaît, eu égard au comportement du conducteur, que le fait de différer la suspension de son permis pendant le temps nécessaire à l'accomplissement de la procédure contradictoire créerait des risques graves pour lui-même ou pour les tiers.

4. En l'espèce, il est constant que l'arrêté en litige a été édicté plus de cinq mois après l'accident survenu le 22 mai 2022 et la suspension du permis de conduire de M. A résultant de l'avis de rétention pris en conséquence. Il ressort en outre des pièces du dossier que le rapport d'analyse du prélèvement sanguin effectué à cette date a été rendu dès le 1er juin 2022, mais qu'il n'a été transmis que le 27 octobre 2022 par les services de la gendarmerie au préfet du Finistère. Aussi, la décision de suspension en litige ne saurait être regardée comme résultant d'une situation d'urgence, eu égard au comportement de M. A à l'encontre duquel le préfet ne fait d'ailleurs valoir aucune autre infraction, dès lors que son permis de conduire lui avait été restitué 72 heures après sa rétention, l'intéressé ayant ainsi retrouvé ses droits à conduire depuis la fin du mois de mai 2022. Par ailleurs, la circonstance que le taux d'alcool dans le sang du requérant s'élevait à la date de l'accident à 2,07 grammes ne saurait être regardée comme une circonstance exceptionnelle justifiant l'absence de mise en œuvre, dans le délai ainsi écoulé, de la procédure contradictoire prévue par les dispositions de l'article L. 121-1 précité. Par suite, le requérant est fondé à soutenir qu'il a été privé d'une garantie entachant l'arrêté d'une irrégularité de nature à entrainer son annulation.

5 Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner l'autre moyen de la requête, que l'arrêté du 27 octobre 2022 doit être annulé.

Sur les frais liés au litige :

6. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce de mettre à la charge de l'État, la somme que M. A demande, sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative, au titre des frais qu'il a exposés pour la présente instance.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 27 octobre 2022 du préfet du Finistère est annulé.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Finistère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 mars 2023.

Le président-rapporteur

Signé

G. DescombesLa greffière,

Signé

V. Le Boëdec

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Signé

V. Le Boëdec

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