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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2206499

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2206499

mardi 27 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2206499
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationEloignement urgent
Avocat requérantPAULET-PRIGENT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 décembre 2022, à 18 h 13, M. B C, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 22 décembre 2022 par lequel le préfet d'Eure-et-Loir l'oblige à quitter le territoire français sans lui accorder de délai de départ volontaire, lui interdit la circulation sur le territoire français pendant une durée de trois ans et a fixé le pays de destination.

M. C soutient que :

- la compétence du signataire de l'arrêté attaqué n'est pas établie ;

- l'arrêté n'est pas suffisamment motivé ;

- les décisions comprises dans l'arrêté sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 décembre 2022, le préfet d'Eure-et-Loire conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Vu :

- l'ordonnance du 24 décembre 2022, le juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Rennes a prolongé pour une durée de 28 jours à compter du 24 décembre 2022 à 20 h 20 le placement en rétention administrative de M. C ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration, notamment son article L. 211-2 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Albouy, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les observations de Me Paulet-Prigent, avocate de permanence, représentant M. C, qui a fait valoir que la durée de l'interdiction de circulation sur le territoire français est excessive,

- les explications de M. C, assisté par téléphone d'une interprète, qui a tenu des propos incohérents sans rapport avec sa requête.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, qui est un ressortissant polonais né en 1995, a été interpellé, le 22 décembre 2022, dans la gare ferroviaire de Chartres, en zone vigipirate, vêtu d'une tenue militaire et d'un gilet pare-balles. À l'issue de la vérification de sa situation administrative par la police nationale, le préfet d'Eure-et-Loir a décidé, par l'arrêté attaqué, de l'obliger à quitter le territoire français sans délai, de fixer la Pologne ou tout pays dans lequel il est légalement admissible comme pays de renvoi et de lui interdire la circulation sur le territoire français pour une durée de trois ans.

2. Aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / 1° Ils ne justifient plus d'aucun droit au séjour tel que prévu par les articles L. 232-1, L. 233-1, L. 233-2 ou L. 233-3 ; / 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société / () / L'autorité administrative compétente tient compte de l'ensemble des circonstances relatives à leur situation, notamment la durée du séjour des intéressés en France, leur âge, leur état de santé, leur situation familiale et économique, leur intégration sociale et culturelle en France, et l'intensité des liens avec leur pays d'origine.". Aux termes de l'article L. 251-3 du même code : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. / L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel. ". Aux termes de l'article L. 251-4 de ce code : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. ". Aux termes de l'article L. 261-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français prévue à l'article L. 251-1 mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-4, à destination duquel les étrangers dont la situation est régie par le présent livre sont renvoyés en cas d'exécution d'office. ".

3. En premier lieu, par un arrêté du 23 septembre 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture d'Eure-et-Loir du même jour, le préfet de ce département a donné à M. Yann Gérard, secrétaire général de la préfecture d'Eure-et-Loir et signataire de l'arrêté attaqué, délégation afin de signer, notamment tous arrêtés, décisions relevant des attributions de l'État dans ce département, à l'exception d'actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions comprises dans l'arrêté litigieux. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cet arrêté doit être écarté.

4. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué mentionne l'ensemble des motifs de fait et de droit au regard desquels le préfet d'Eure-et-Loir a décidé d'obliger M. C à quitter le territoire français, sans lui accorder de délai de départ volontaire, de fixer le pays de renvoi, de lui interdire la circulation sur le territoire français pendant une durée de trois ans. Par suite, le moyen tiré du caractère insuffisant de sa motivation ne peut qu'être écarté.

5. En troisième lieu, si M. C soutient que les décisions comprises dans l'arrêté attaqué sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation, il n'assortit ce moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé. Si le requérant fait valoir que la durée de l'interdiction de circulation est excessive, il est constant qu'il a déjà fait l'objet d'un arrêté définitif du préfet de la Côte-d'Or du 16 septembre 2020, portant obligation de quitter le territoire, pris au motif que son comportement personnel constituait, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société, et comportant une interdiction de circuler sur le territoire français pendant trois ans, qu'il n'a pas respectée. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la durée de l'interdiction de circulation prise par le préfet d'Eure-et-Loir serait excessive.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet d'Eure-et-Loir.

Lu en audience publique le 27 décembre 2022.

Le magistrat désigné,

signé

E. ALa greffière d'audience,

signé

P. Cardenas

La République mande et ordonne au préfet d'Eure-et-Loir en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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