lundi 2 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2206522 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Eloignement urgent |
| Avocat requérant | TUYAA BOUSTUGUE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 et 27 décembre 2022, M. D A, représenté par Me Tuyaa Boustugue, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler les arrêtés du 26 décembre 2022 par lesquels le préfet d'Ille-et-Vilaine a, d'une part, décidé de son transfert aux autorités autrichiennes et, d'autre part, prononcé son assignation à résidence ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son avocat sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté de transfert est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article 17 du règlement UE n° 604/2013 ;
- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 décembre 2022, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête sont infondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Dayon, conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. B,
- les observations de Me Tuyaa Boustugue, avocat commis d'office, représentant M. A : il rappelle que la clause de souveraineté permettant d'examiner la demande d'asile de M. A en France devait être activée compte tenu de la présence de membres de sa famille en France ; il explique que les activités passées de M. C A risquent de faire peser des risques sur l'ensemble des membres de la famille en Afghanistan, ce qui s'oppose donc à son retour dans ce pays ; il ajoute que le contexte politique en Autriche est très défavorable à l'examen des demandes d'asile, que la demande de transfert n'a été acceptée qu'implicitement par l'Autriche qui n'a pas fourni de garanties particulières quant à l'examen de la demande de M. A ; il précise que M. C A a obtenu une protection internationale puis la nationalité française et que la sœur du requérant, mariée à celui-ci, est entrée en France afin de le rejoindre.
M. A était présent et assisté d'une interprète en dari.
Le préfet d'Ille-et-Vilaine n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A demande au tribunal d'annuler les arrêtés du 26 décembre 2022 par lesquels le préfet d'Ille-et-Vilaine a, d'une part, décidé de son transfert aux autorités autrichiennes et, d'autre part, prononcé son assignation à résidence.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la décision portant transfert aux autorités autrichiennes :
2. En premier lieu, aux termes du 2 de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'Etat membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet Etat membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entrainent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'Etat membre procédant à la détermination de l'Etat membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre Etat membre peut être désigné comme responsable ". Aux termes de l'article 17 du même règlement : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque Etat membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'Etat membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'Etat membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. () ".
3. Ces dispositions doivent être appliquées dans le respect des droits garantis par la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par ailleurs, eu égard au niveau de protection des libertés et des droits fondamentaux dans les États membres de l'Union européenne, lorsque la demande de protection internationale a été introduite dans un État autre que la France, que cet État a accepté de prendre ou de reprendre en charge le demandeur et en l'absence de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, les craintes dont le demandeur fait état quant au défaut de protection dans cet État membre doivent en principe être présumées non fondées, sauf à ce que l'intéressé apporte, par tout moyen, la preuve contraire. La seule circonstance qu'à la suite du rejet de sa demande de protection par cet État membre l'intéressé serait susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement ne saurait caractériser la méconnaissance par cet État de ses obligations.
4. Il ressort des pièces du dossier que M. A, ressortissant afghan né en 1991, est entré en France le 28 octobre 2022, a déposé une demande d'admission au séjour au titre de l'asile le 21 novembre 2022. Par un arrêté du 26 décembre 2022, le préfet d'Ille-et-Vilaine a prononcé le transfert de M. A aux autorités autrichiennes en application du 1 de l'article 18 du règlement précité.
5. D'une part, si M. A soutient que ces dispositions combinées sont méconnues, compte tenu du risque sérieux de refoulement vers l'Afghanistan auquel il est exposé en cas de renvoi vers l'Autriche, la décision attaquée n'a ni pour objet, ni pour effet de l'éloigner vers l'Afghanistan mais de prononcer son transfert aux autorités autrichiennes pour l'examen de sa demande d'asile qui ont accepté implicitement la reprise en charge de M. A sur le fondement de l'article 18.1 b) du règlement (UE) n° 604/2013. À ce titre, la circonstance invoquée au cours de l'audience publique que le retour de M. A en Afghanistan présente des risques pour sa sécurité en raison des activités de membres de sa famille est sans incidence sur la légalité de la décision portant transfert aux autorités autrichiennes. Par ailleurs, l'Autriche étant membre de l'Union européenne et partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New-York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il doit être présumé que le traitement réservé aux demandeurs d'asile dans cet État membre est conforme aux exigences de ces conventions. À cet égard, le requérant n'établit pas que son transfert aux autorités autrichiennes ne permettrait pas un examen effectif de sa demande d'asile ou qu'il existerait des raisons sérieuses de croire que le dispositif d'asile autrichien serait affecté de " défaillances systémiques ", au sens du paragraphe 2 de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Enfin, M. A n'établit pas qu'il ferait, en Autriche, l'objet d'une mesure d'éloignement exécutoire, alors que sa demande d'asile est toujours en cours d'examen. Dès lors, M. A, n'établit pas, par les éléments qu'il produit au tribunal, qu'il serait, à la date de la décision attaquée, exposé au risque de refoulement vers l'Afghanistan en cas de retour en Autriche.
6. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que la sœur de M. A, Mme E A, est titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle et est mariée avec M. C A, ressortissant afghan qui a obtenu la nationalité française. En outre, il ressort des pièces du dossier que l'épouse et l'enfant de M. A ne sont pas présents en France. Par ailleurs, si le requérant fait valoir que l'examen de sa demande d'asile en France était justifié par la circonstance que cet état dispose d'une information plus complète sur sa situation, il n'apporte aucun élément de nature à démontrer que les autorités autrichiennes ne pourront pas disposer des éléments suffisants pour procéder à l'examen de sa demande d'asile. Par suite, l'arrêté portant transfert aux autorités autrichiennes n'est pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
8. Ainsi qu'il a été dit, la décision attaquée n'a ni pour objet ni pour effet d'éloigner M. A vers l'Afghanistan mais seulement de prononcer son transfert aux autorités autrichiennes chargées de l'examen de sa demande de protection internationale. Ainsi, le moyen tiré de ce que la décision de transfert a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A tendant à l'annulation des arrêtés du 26 décembre 2022 par lesquels le préfet d'Ille-et-Vilaine a, d'une part, décidé de son transfert aux autorités autrichiennes et, d'autre part, prononcé son assignation à résidence doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
10. Ces dispositions font obstacle à l'octroi d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens à la partie perdante. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions de la requête présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 janvier 2023.
Le magistrat désigné,
signé
C. BLa greffière d'audience,
signé
P. Cardenas
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026