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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2206524

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2206524

mercredi 25 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2206524
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationOQTF 6 sem
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS LE STRAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 décembre 2022, Mme B A, représentée par Me Le Strat, demande au tribunal

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 5 septembre 2022 par lequel le préfet des Côtes d'Armor lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixé notamment le pays dont il a la nationalité comme pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

3°) d'enjoindre au préfet des Côtes d'Armor de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de huit jours suivant la notification du jugement à intervenir ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation en lui délivrant, dans l'intervalle, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son avocate de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours est insuffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen suffisant de sa situation, faute d'avoir mentionné la présence régulière des parents, frères et sœurs de Mme A, sur le territoire national depuis le 26 septembre 2022 ;

- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentale ;

- la décision fixant le pays de renvoi méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

La requête a été communiquée le 27 décembre 2022 au préfet des Côtes d'Armor qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Descombes, président, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les observations de Me Semino, substituant Me Le Strat, représentant Mme A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens ;

- et celles de Mme A, assistée d'une interprète.

Le préfet des Côtes d'Armor n'était pas représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante turque née en 2000, est entrée en France en septembre 2020. Elle a présenté une demande d'asile le 23 décembre 2020, qui a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 8 février 2021. L'intéressée a formé contre cette décision un recours devant la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) qui a été rejeté par une décision du 12 octobre 2022. Le préfet des Côtes d'Armor a alors, par arrêté du 5 septembre 2022, décidé de l'obliger à quitter le territoire français dans les trente jours et a fixé la Turquie comme pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office. Mme A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur la demande d'aide juridictionnelle :

2. Mme A justifiant avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle pour la présente procédure, il y a lieu de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, Mme A soutient que l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé. Toutefois l'arrêté comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le support, notamment s'agissant de la situation personnelle et familiale de Mme A, le préfet n'étant pas tenu de reprendre l'ensemble des éléments de la situation personnelle de Mme A, mais seulement ceux sur lesquels il s'est fondé pour prendre l'arrêté du 6 décembre 2022 contesté. À défaut d'obligation pour le préfet de mentionner de manière exhaustive l'ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle de Mme A, l'absence de mention de la présence régulière mais très récente de ses parents, de ses frères et sœurs sur le territoire national, ne saurait constituer une insuffisance de motivation et ne révèle pas non plus qu'il aurait été procédé à un examen incomplet ou insuffisant de sa situation. Les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen complet de la situation de Mme A doivent être écartés.

4. En second lieu aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Si Mme A fait valoir que ses parents, frères et sœurs, ressortissants turcs, sont hébergés à Saint-Agathon (22) et qu'ayant sollicités le bénéfice de l'asile, ils sont titulaires d'une attestation de demande d'asile, il est toutefois constant que l'entrée sur le territoire national de Mme A est très récente et que sa famille est arrivée après elle en 2022, si bien que sa séparation d'avec elle n'a pas porté jusque-là une atteinte au respect de sa vie privée et familiale, alors que ses parents, frères et sœurs n'ont pas, à ce stade, dès lors qu'ils sont en attente de l'examen de leur demande d'asile, forcément vocation à demeurer sur le territoire national. Il en est de même au regard de la situation médicale de sa mère dès lors qu'il n'est pas établi que sa présence à ses côtés lui serait indispensable. Enfin, si elle fait valoir qu'elle a suivi une formation professionnelle elle ne justifie toutefois d'aucune intégration professionnelle particulière. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que les liens personnels et familiaux de l'intéressée en France soient tels que le refus de séjour qui lui est opposé porterait atteinte à sa vie privée et familiale. Dans ces conditions, en l'obligeant à quitter le territoire national, le préfet des Côtes d'Armor n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni commis d'erreur manifeste d'appréciation.

6. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français prise à son encontre.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

7. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

8. D'une part, il ne résulte pas des pièces du dossier qu'en fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement décidée à l'égard de la requérante, le préfet se serait, s'agissant de l'appréciation de la réalité des risques allégués par ce dernier, estimé lié par les décisions de l'OFPRA et de la CNDA qui ont rejeté sa demande d'asile ou aurait insuffisamment apprécié sa situation personnelle au regard des seules dispositions et stipulations citées ci-dessus.

9. D'autre part, si Mme A soutient qu'elle risque d'être exposée à de mauvais traitements en cas de retour dans son pays d'origine en raison de son engagement politique au sein du L.O.B ainsi que de celui de ses parents dans un parti pro-kurde, sans pouvoir se prévaloir de la protection des autorités, elle ne produit aucun élément permettant d'établir la réalité de ses allégations et ne démontre donc pas qu'elle se trouve dans le cas où il serait fondé à se prévaloir des dispositions et stipulations citées au point 7.

10. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination.

11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme A doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Le présent jugement de rejet n'implique aucune mesure d'exécution et par suite, les conclusions de Mme A tendant à ce que soient adressées diverses injonctions au préfet des Côtes d'Armor doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. L'État n'étant pas la partie perdante dans l'instance, les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : Mme A est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de Mme A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet des Côtes d'Armor.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 janvier 2023.

Le magistrat désigné,

signé

G. CLa greffière d'audience,

signé

A. Gauthier

La République mande et ordonne au préfet des Côtes d'Armor en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente.

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