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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2206556

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2206556

vendredi 17 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2206556
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantMOTEL IRIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 27 décembre 2022, le président du tribunal administratif de Montreuil a transmis au tribunal administratif de Rennes, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête de M. B G enregistrée le 23 décembre 2022.

Par cette requête, M. G, représenté par Me Motel, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 21 décembre 2022 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de 24 mois ;

3°) de prononcer l'effacement de son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions attaquées ont été prises par une personne incompétente, à défaut pour le préfet de justifier d'un arrêté de délégation de signature ;

- elles sont entachées d'un vice de forme en l'absence, s'agissant de sa notification, des mentions de l'identité de l'interprète et de l'agent notificateur, de telle sorte qu'il ne peut être justifié de sa compétence ;

- elles méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle et méconnaissent les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et ainsi que les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas produit de mémoire.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- et les observations de Me Motel, représentant M. G.

Considérant ce qui suit :

1. M. G, ressortissant algérien né le 15 octobre 1991, est selon ses déclarations entré irrégulièrement en France début 2019. Sa demande d'asile a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides le 19 novembre 2019. Par un arrêté du 3 juillet 2021, le préfet du Finistère l'a obligé à quitter le territoire français. M. G n'ayant pas exécuté cette décision, le préfet de Seine-Saint-Denis, par un arrêté du 21 décembre 2022 dont le requérant demande l'annulation, l'a à nouveau obligé à quitter le territoire français, a fixé le pays de destination et l'a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de 24 mois.

Sur l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. M. G ayant déposé une demande d'aide juridictionnelle, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, par arrêtés n° 2022-0840 du 1er avril 2022 et n° 2022-3178 du 22 novembre 2022, régulièrement publiés au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation de signature à M. D C, en sa qualité de chef du bureau de l'éloignement, pour signer les décisions contestées, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme F E. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En deuxième lieu, les conditions de notification de l'arrêté attaqué sont sans incidence sur sa légalité. Par suite, le requérant ne peut utilement soutenir que cet arrêté ne mentionne pas l'identité de l'agent notificateur et de l'interprète présents pour sa notification, alors au demeurant qu'il est précisé sur les mentions de l'arrêté relatives à sa notification que l'interprète qui y a apposé sa signature est un interprète en langue arabe.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. M. G, entré en France en 2019, fait valoir que plusieurs membres de sa famille, à savoir sa mère, sa grand-mère maternelle, une tante, des oncles, un frère et une sœur, résident de manière régulière en France. Ces derniers vivent toutefois en région parisienne alors que le requérant réside à Brest et M. G n'allègue par ailleurs pas qu'il serait dépourvu d'attaches personnelles et familiales en Algérie. Il n'apporte aucun autre élément quant à d'éventuelles attaches en France et ne se prévaut d'aucune insertion particulière, notamment professionnelle. Dans ces conditions, la présence en France de plusieurs membres de sa famille ne saurait suffire, en elle-même, à établir que les décisions attaquées porteraient à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elles ont été prises. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, dès lors, être écarté.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié () ". L'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dispose que : " Nul ne peut être soumis à la torture, ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

8. M. G invoque la maladie chronique dont il souffre et pour lequel il bénéficie en France d'un suivi et d'un traitement médical et en kinésithérapie. Cependant il n'établit pas, par les pièces qu'il produit, que le défaut de prise en charge de cette maladie entraînerait des conséquences d'une exceptionnelle gravité et il n'apporte aucun élément de nature à démontrer qu'eu égard à l'offre de soins en Algérie, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié à son état de santé. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences des décisions attaquées sur sa vie personnelle doivent être écartés.

9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées dans leur ensemble.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions présentées par M. G à fin d'annulation des décisions attaquées, ne nécessite aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions de la requête à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que M. G demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : Il y a lieu d'admettre M. G au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : La requête de M. G est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B G et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Délibéré après l'audience du 3 mars 2023 à laquelle siégeaient :

M. Radureau, président,

M. Bozzi, premier conseiller,

Mme René, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mars 2023.

La rapporteure,

Signé

C. A

Le président,

Signé

C. Radureau

La greffière d'audience,

Signé

A. BruézièreLa République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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