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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2206560

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2206560

mercredi 4 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2206560
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationEloignement urgent
Avocat requérantTHEBAULT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 décembre 2022 à 11 heures 31, M. D B, représenté par Me Thébault, demande au tribunal :

1°) d'annuler les arrêtés du 27 décembre 2022 par lesquels le préfet d'Ille-et-Vilaine a, d'une part, décidé de son transfert aux autorités autrichiennes et, d'autre part, prononcé son assignation à résidence ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser à son avocat sur le fondement de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que la décision attaquée ait été prise par une autorité habilitée ;

- elle méconnait les dispositions de l'article 21 du règlement (UE) du Parlement européen et du Conseil n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article 17 du règlement (UE) du Parlement européen et du Conseil n° 604/2013 du 26 juin 2013.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 janvier 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Dayon, conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les observations de Me Vaillant se substituant à Me Thébault, représentant M. B : elle abandonne les moyens tirés de l'incompétence du signataire de la décision attaquée et de la méconnaissance des dispositions de l'article 21 du règlement (UE) du Parlement européen et du Conseil n° 604/2013 du 26 juin 2013 ; elle rappelle que la préfecture a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en refusant d'instruire la demande d'asile de M. B en France compte tenu des nombreuses connaissances dont celui-ci se prévaut en France ; à ce titre, elle indique que celui-ci est hébergé par un cousin et produit lors de l'audience publique une attestation d'hébergement ainsi que des photocopies des titres de séjour des proches de M. B ;

- les explications de M. B, assisté d'une interprète en Pachtou : il explique qu'il a des cousins, des proches et des amis en France ; il craint d'être renvoyé en Afghanistan en cas de transfert aux autorités autrichiennes.

Le préfet d'Ille-et-Vilaine n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B demande au tribunal d'annuler les arrêtés du 27 décembre 2022 par lesquels le préfet d'Ille-et-Vilaine a, d'une part, décidé de son transfert aux autorités autrichiennes et, d'autre part, prononcé son assignation à résidence.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. () ". Aux termes de l'article 62 du décret du 19 décembre 1991 : " L'admission provisoire peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué ".

3. Dans les circonstances de l'espèce, dès lors qu'il n'est pas établi que M. B a présenté une demande d'aide juridictionnelle, il n'y a pas lieu de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

4. Aux termes du 2 de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'Etat membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet Etat membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entrainent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'Etat membre procédant à la détermination de l'Etat membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre Etat membre peut être désigné comme responsable ". Aux termes de l'article 17 du même règlement : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque Etat membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. / L'Etat membre qui décide d'examiner une demande de protection internationale en vertu du présent paragraphe devient l'Etat membre responsable et assume les obligations qui sont liées à cette responsabilité. () ".

5. Ces dispositions doivent être appliquées dans le respect des droits garantis par la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par ailleurs, eu égard au niveau de protection des libertés et des droits fondamentaux dans les États membres de l'Union européenne, lorsque la demande de protection internationale a été introduite dans un État autre que la France, que cet État a accepté de prendre ou de reprendre en charge le demandeur et en l'absence de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, les craintes dont le demandeur fait état quant au défaut de protection dans cet État membre doivent en principe être présumées non fondées, sauf à ce que l'intéressé apporte, par tout moyen, la preuve contraire. La seule circonstance qu'à la suite du rejet de sa demande de protection par cet État membre l'intéressé serait susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement ne saurait caractériser la méconnaissance par cet État de ses obligations.

6. D'une part, l'Autriche étant membre de l'Union européenne et partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New-York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il doit être présumé que le traitement réservé aux demandeurs d'asile dans cet État membre est conforme aux exigences de ces conventions. À cet égard, si M. B soutient qu'il n'a jamais souhaité demandé l'asile en Autriche et qu'il n'y a passé qu'une seule journée, il ressort des pièces du dossier, notamment de la fiche de consultation du fichier Eurodac que M. B a déposé une demande d'asile en Autriche le 21 octobre 2022. En outre, ces éléments ne sont pas de nature à établir que son transfert aux autorités autrichiennes ne permettrait pas un examen effectif de sa demande d'asile ou qu'il existerait des raisons sérieuses de croire que le dispositif d'asile autrichien serait affecté de " défaillances systémiques ", au sens du paragraphe 2 de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Par ailleurs, la circonstance invoquée au cours de l'audience que le transfert de M. B aux autorités autrichiennes va entrainer son retour en Afghanistan est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, qui n'a ni pour objet, ni pour effet de l'éloigner vers l'Afghanistan mais seulement de prononcer son transfert aux autorités autrichiennes pour l'examen de sa demande d'asile.

7. D'autre part, si M. B fait valoir que la décision de transfert est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation personnelle, il se borne à indiquer qu'il dispose d'amis vivant à Rennes et qui l'héberge, et produit à ce titre une attestation du service de premier accueil des demandeurs d'asile (SPADA) d'Ille-et-Vilaine ainsi qu'une attestation d'hébergement établie par M. C, titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle et bénéficiaire de la protection subsidiaire. Par suite, eu égard à la nature des circonstances invoquées par M. B, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet d'Ille-et-Vilaine aurait commis une erreur manifeste d'appréciation des faits de l'espèce en ne faisant pas application de la clause discrétionnaire prévue par les dispositions précitées du paragraphe 1 de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.

8. Il résulte de ce qui précède que, les conclusions de M. B tendant à l'annulation des arrêtés du 27 décembre 2022 par lesquels le préfet d'Ille-et-Vilaine a, d'une part, décidé de son transfert aux autorités autrichiennes et, d'autre part, prononcé son assignation à résidence doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Ces dispositions font obstacle à l'octroi d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens à la partie perdante. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions de la requête présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : M. B n'est pas admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 janvier 2023.

Le magistrat désigné,

signé

C. A

La greffière d'audience,

signé

P. Cardenas

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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