vendredi 10 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2300037 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | OQTF 6 sem |
| Avocat requérant | TUYAA BOUSTUGUE |
Vu les procédures suivantes :
I - Par une requête enregistrée le 4 janvier 2023 sous le n° 2300037, M. A E, représenté par Me Tuyaa Boustugue, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) à titre principal d'annuler ou à titre subsidiaire de suspendre l'arrêté du 15 décembre 2022 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prévu diverses mesures de contrôle ;
3°) d'annuler l'obligation de pointage à raison de deux fois par semaine à Redon ;
4°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui délivrer un titre de séjour dans les trois jours de la notification du jugement à intervenir ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation en lui délivrant, dans l'intervalle, une autorisation provisoire de séjour ;
5°) de mettre à la charge de l'État le versement à son avocat de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle n'a pas été précédée d'un examen suffisant de sa situation ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
- elle est entachée d'une erreur de droit ;
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur l'obligation de pointage : elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Sur la suspension de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français : cette décision doit être suspendue car il présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 janvier 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.
II - Par une requête enregistrée le 4 janvier 2023 sous le n° 2300038, Mme B D, représentée par Me Tuyaa Boustugue, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) à titre principal d'annuler ou à titre subsidiaire de suspendre l'arrêté du 15 décembre 2022 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prévu diverses mesures de contrôle ;
3°) d'annuler l'obligation de pointage à raison de deux fois par semaine à Redon ;
4°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui délivrer un titre de séjour dans les trois jours de la notification du jugement à intervenir ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation en lui délivrant, dans l'intervalle, une autorisation provisoire de séjour ;
5°) de mettre à la charge de l'État le versement à son avocat de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soulève les mêmes moyens que dans la requête précédente.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 janvier 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Tronel, président, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- les observations de Me Vaillant, substituant Me Tuyaa Boustugue, représentant M. E et Mme D. Me Vaillant expose les moyens soulevés dans les écritures et soulève celui tiré de ce qu'en n'accordant pas un délai de départ volontaire supérieur à 30 jours, à raison de la grossesse de Mme D, le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation.
Le préfet d'Ille-et-Vilaine n'était pas représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. E et Mme D vivent en concubinage et leurs requêtes présentent à juger des questions semblables. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un même jugement.
Sur les demandes d'aide juridictionnelle :
2. M. E et Mme D justifiant avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle pour les présentes procédures, il y a lieu de les admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions d'annulation :
En ce qui concerne les obligations de quitter le territoire français :
3. Contrairement à ce que soutiennent M. E et Mme D, il ressort des mentions des arrêtés attaqués que le préfet a pris en compte leur situation familiale dans leur pays d'origine avant de les obliger à quitter le territoire français. Les moyens tirés de ce que pour ce motif, les obligations de quitter le territoire français seraient insuffisamment motivées et qu'elles n'auraient pas été précédées d'un examen suffisant de la situation particulière des intéressés doivent être écartés.
4. Il ressort des pièces des dossiers que M. E et Mme D, de nationalité géorgienne, déclarant être entrés en France respectivement les 26 juin 2021 et 15 mai 2022, ne justifient d'aucune insertion particulière en France. La circonstance avancée par Mme D que sa relation avec M. E a entraîné une rupture des liens avec sa famille résidant en Géorgie ne fait pas obstacle à ce que leur relation de couple se poursuive dans ce pays. M. E n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident, selon ses propres écritures, ses parents. Par suite, en prenant les mesures d'éloignement contestées, le préfet n'a pas porté au droit des requérants au respect de leur vie privée et familiale, une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elles ont été prises. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par suit, être écarté.
En ce qui concerne les décisions fixant la Géorgie comme pays de destination :
5. Il appartient à l'autorité administrative chargée de prendre la décision fixant le pays de renvoi d'un étranger qui fait l'objet d'une mesure d'éloignement, sous le contrôle du juge, que les mesures qu'elle prend n'exposent pas l'étranger à des risques sérieux pour sa liberté ou son intégrité physique, non plus qu'à sa vie ou à des traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Si elle est en droit de prendre en considération, à cet effet, les décisions qu'ont prises, le cas échéant, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile saisis par l'étranger de demandes de titre de réfugié politique, l'examen par ces dernières instances, au regard des conditions mises à la reconnaissance du statut de réfugié par la convention de Genève du 28 juillet 1951 et le protocole signé à New York le 31 janvier 1967, des faits allégués par le demandeur d'un tel statut et des craintes qu'il énonce, d'une part et, d'autre part, l'appréciation portée sur eux en vue de l'application de ces conventions, ne lient pas l'autorité administrative et sont sans influence sur l'obligation qui est la sienne de vérifier, au vu du dossier dont elle dispose, que les mesures qu'elle prend ne méconnaissent pas les dispositions précitées.
6. S'il précise, dans ses arrêtés, que les craintes exprimées par M. E et Mme D en cas de retour en Géorgie n'ont pas été retenues par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) dans le cadre de l'instruction de leur demande d'asile, le préfet indique également qu'il a apprécié au titre de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, les risques encourus par les requérants en cas de retour dans leur pays d'origine, en tenant compte de l'ensemble des éléments qui ont été portés à sa connaissance. Par suite, le moyen tiré de ce que les décisions fixant le pays de destination seraient entachées d'une erreur de droit au motif que le préfet se serait cru lié par les décisions prises par l'OFPRA doit être écarté.
7. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
8. M. E fait valoir qu'en juin 2018, après s'être endormi au volant, il a été victime d'un accident, que le propriétaire du véhicule accidenté lui réclame une somme d'argent et le menace faute de paiement de la totalité de la somme. Il fait en outre état de la corruption endémique en Géorgie. Mme D fait état des violences faites aux femmes en Géorgie et en particulier dans le cadre familial, violences d'autant plus accentuées au sein de la société mingrélienne à laquelle elle appartient et fait valoir qu'elle a été persécutée par ses oncles et ses frères en raison de la relation qu'elle entretient avec M. E. Les propos de M. E et de Mme D ne sont toutefois pas suffisamment circonstanciés pour tenir pour établies et actuelles les craintes qu'ils expriment en cas de retour en Géorgie. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet aurait méconnu l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en fixant comme pays de destination la Géorgie, doit être écarté.
En ce qui concerne le délai de départ volontaire :
9. Aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel ".
10. Le seul fait que la grossesse de Mme D doit être suivie, sans justifier de complications particulières, ne constitue pas une circonstance exceptionnelle au sens de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permettant d'allonger le délai de départ volontaire. Le moyen tiré de ce que le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en n'accordant pas un délai de départ volontaire de plus de trente jours doit, par suite, être écarté.
En ce qui concerne les décisions prévoyant diverses mesures de contrôle :
11. Aux termes de l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel un délai de départ volontaire a été accordé peut, dès la notification de la décision portant obligation de quitter le territoire français, être astreint à se présenter à l'autorité administrative ou aux services de police ou aux unités de gendarmerie pour y indiquer ses diligences dans la préparation de son départ. Cette décision est prise pour une durée qui ne peut se poursuivre au-delà de l'expiration du délai de départ volontaire ". Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que l'administration n'a pas commis d'erreur manifeste tant dans sa décision de recourir à cette mesure que dans le choix des modalités de celle-ci.
12. M. E et Mme D n'établissent pas en quoi la grossesse de Mme D ferait obstacle à ce qu'ils se présentent deux fois par semaine, en matinée, à la gendarmerie de Redon. Le moyen tiré de ce que le préfet d'Ille-et-Vilaine aurait entaché ses décisions d'une erreur manifeste d'appréciation, tant sur le principe que sur les modalités de ces mesures doit, par suite être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
14. Le présent jugement qui rejette les conclusions tendant à l'annulation des décisions attaquées, n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions à fin d'injonction présentées par les requérants.
Sur les conclusions aux fins de suspension :
15. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci. ". Selon l'article L. 752-11 de ce code il est fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile.
16. Pour les motifs précédemment exposés, M. E et Mme D ne présentent pas, en l'état des dossiers, d'éléments sérieux de nature à justifier leur maintien sur le territoire durant l'examen de leur recours par la Cour nationale du droit d'asile.
Sur les frais liés au litige :
17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans les présentes instances, le versement au conseil de M. E et Mme D de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : M. E et Mme D sont admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Les requêtes de M. E et de Mme D sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A E, à Mme B D et au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 février 2023.
Le magistrat désigné,
signé
N. CLa greffière,
signé
P. Lecompte
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Nos 2300037, 2300038
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026