vendredi 10 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2300091 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | OQTF 6 sem |
| Avocat requérant | TUYAA BOUSTUGUE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 9 et 19 janvier 2023, Mme C B, représentée par Me Tuyaa Boustugue, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 30 décembre 2022 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
3°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui délivrer un titre de séjour dans les trois jours de la notification du jugement à intervenir ou, subsidiairement, de réexaminer sa situation en lui délivrant, dans l'intervalle, une autorisation provisoire de séjour ;
4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son avocat de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
Sur l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle n'a pas été précédée d'un examen suffisant de sa situation ;
- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
Sur la décision fixant le pays de renvoi :
- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 7 février 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Tronel, président, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les observations de Me Vaillant, substituant Me Tuyaa Boustugue, représentant Mme B ;
- et les explications de Mme B.
Le préfet d'Ille-et-Vilaine n'était pas représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'aide juridictionnelle :
1. Mme B justifiant avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle pour la présente procédure, il y a lieu de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions d'annulation :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
2. Contrairement à ce que soutient Mme B, il ressort des mentions de son arrêté du 30 décembre 2022 que le préfet d'Ille-et-Vilaine a tenu compte de ce que l'intéressée vivait seule avec son enfant. Si elle soutient que le préfet n'a pas pris en compte son appartenance à un réseau de traite des êtres humains, cette appartenance ne résulte ni, contrairement à ce que soutient l'intéressée, des motifs du jugement de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 14 novembre 2022, qui précisent au contraire que " si son recrutement dans le cadre d'un tel réseau n'a pas, en lui-même été remise en cause, au regard de la prolifération de ce phénomène (), les circonstances d'un tel recrutement et de son extraction n'ont pas pu être tenues pour établies ", ni des pièces versées au dossier. En outre, l'arrêté mentionne l'ensemble des motifs de droit et précise, au titre des considérations de fait, que la demande d'admission au séjour au titre de l'asile présentée pour l'enfant mineur de Mme B a été rejetée, que la requérante ne démontre pas que sa cellule familiale ne peut pas se reconstituer en Côte-d'Ivoire, qu'elle ne justifie pas d'une insertion particulière en France et être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine. Il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français est suffisamment motivée. Le moyen tiré de son insuffisante motivation doit, par suite, être écarté.
3. Pour les mêmes motifs que ceux précédemment exposés, le moyen tiré de ce que cette décision n'aurait pas été précédée d'un examen suffisant de la situation particulière de Mme B doit également être écarté.
4. Mme B ne produit aucun autre élément que son récit devant la CNDA, lequel ne suffit pas, en l'état, à établir qu'elle n'aurait plus de contact avec sa famille en Côte-d'Ivoire qu'elle aurait quitté pour ne pas subir une excision et où elle serait isolée et en situation de vulnérabilité. D'autre part, si elle indique être enceinte d'un homme de nationalité ivoirienne résidant en France, sans autre précision, il n'est pas établi que sa vie familiale ne peut pas se poursuivre hors de France. Compte tenu de ces éléments et eu égard à la brièveté du séjour en France de Mme B et de l'absence d'insertion particulière, en prenant la mesure d'éloignement contestée, le préfet n'a pas porté au droit de Mme B au respect de sa vie privée et familiale, une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par suite, être écarté.
5. Pour les mêmes motifs que ceux précédemment exposés, le préfet n'a pas manifestement mal apprécié les conséquences de la mesure d'éloignement sur la situation personnelle de Mme B. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit, en conséquence, être écarté.
6. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
7. Interrogée lors de l'audience publique sur le risque d'excision de sa fille en cas de retour en Côte-d'Ivoire, Mme B a identifié sa grande-tante comme la personne susceptible de l'effectuer, sans plus de précisions. Ni ses propos, trop laconiques et peu circonstanciés, ni les pièces produites ne permettent de caractériser l'existence d'un risque d'excision de sa fille en cas de retour en Côte-d'Ivoire. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit, par suite, être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant la Côte-d'Ivoire comme pays de destination :
8. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
9. Ainsi qu'il a été précédemment exposé, Mme B ne fournit aucune explication circonstanciée et ne produit aucun autre élément que son récit devant la CNDA, lequel ne suffit pas, en l'état, à établir qu'elle-même et sa fille seraient exposées à un risque d'excision en cas de retour en Côte-d'Ivoire.
En ce qui concerne la décision fixant un délai de départ volontaire :
10. Aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. / L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence et ne peut l'allonger qu'à titre exceptionnel ".
11. D'une part, il n'est pas établi que la maternité de Mme B nécessite un suivi impératif en France. D'autre part, l'intervention chirurgicale de sa fille est intervenue postérieurement à la décision contestée. Pour ces motifs, aucune de ces circonstances ne peuvent être retenues pour allonger, à titre exceptionnel, le délai de départ volontaire accordé à Mme B. Le moyen tiré de ce que le préfet d'Ille-et-Vilaine aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation, tant sur le principe que sur les modalités de cette mesure doit, par suite être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
13. Le présent jugement qui rejette les conclusions tendant à l'annulation des décisions attaquées, n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions à fin d'injonction présentées par Mme B.
Sur les frais liés au litige :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement au conseil de Mme B de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : Mme B est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de Mme B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 février 2023.
Le magistrat désigné,
signé
N. ALa greffière,
signé
P. Lecompte
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
No 2300091
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026