mercredi 25 janvier 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2300284 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Eloignement urgent |
| Avocat requérant | LE MEHAUTE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 19 janvier 2023, M. B A, représenté par Me Le Méhauté, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 17 janvier 2023 par lequel le préfet des Côtes-d'Armor l'oblige à quitter le territoire français sans délai, fixe le pays de destination et lui fait interdiction d'un retour en France pendant un an ;
2°) d'annuler l'arrêté du 17 janvier 2023 par lequel le préfet des Côtes-d'Armor l'a assigné à résidence ;
3°) d'enjoindre au préfet des Côtes-d'Armor de réexaminer sa situation au regard de la réalité de sa situation personnelle et professionnelle ;
4°) de mettre à la charge de l'État le paiement d'une somme de 1 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il vit en couple avec une ressortissante française et qu'il a l'intention de l'épouser ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation, dans la mesure où il justifie de son insertion en France où il exerce une activité professionnelle depuis plusieurs années ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 janvier 2023, le préfet des Côtes-d'Armor conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Thalabard, première conseillère, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les observations de Me Le Méhauté, représentant M. A, qui maintient les conclusions écrites de la requête, par les mêmes moyens, tout en précisant que M. A sollicite désormais le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire et que dans l'hypothèse, où cette aide lui serait accordée, il se désiste des conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Il fait valoir qu'arrivé en France en 2018, M. A justifie de vingt mois de salariat, qu'il vit avec une ressortissante française qu'il a l'intention d'épouser mais que ses démarches, à cet effet, n'ont pu aboutir, son passeport ayant été conservé par les services de gendarmerie, qu'il importe que les services préfectoraux puissent procéder à un réexamen de sa situation, en tenant compte de ses efforts d'insertion dans la société française et de la réalité de sa situation conjugale et qu'en tout état de cause, la décision lui interdisant un retour sur le territoire français pendant un an doit être annulée,
- les explications orales de M. A.
Le préfet des Côtes-d'Armor n'était ni présent, ni représenté.
Une note en délibéré, présentée pour M. A, a été enregistrée le 24 janvier 2023.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant tunisien né le 7 décembre 2000 à Ben Guerdane (Tunisie), est entré en France, selon ses déclarations, en 2019. Il se maintient depuis sur le territoire français sans avoir entrepris de démarches pour régulariser sa situation au regard de ses droits au séjour. Par arrêté du 21 juillet 2020, le préfet des Hauts-de-Seine lui a fait obligation de quitter le territoire français. Sans déférer à cette décision, l'intéressé s'est installé en Bretagne. Le 20 janvier 2022, le préfet des Côtes-d'Armor a notifié à M. A une décision l'obligeant à quitter le territoire français, laquelle était assortie d'une décision l'assignant à résidence. Le recours contentieux engagé par l'intéressé contre ces arrêtés du 20 janvier 2022 a été rejeté par jugement du tribunal administratif de Rennes du 31 janvier 2022. De nouveau, le 17 avril 2022, M. A a été assigné à résidence. L'intéressé ne s'est conformé à aucune des obligations résultant de ces arrêtés préfectoraux. Le 17 janvier 2023, M. A a été interpellé par les services de gendarmerie de Quintin pour des faits de conduite d'un véhicule sans assurance et fourniture d'identité imaginaire. À l'issue de sa garde à vue, le préfet des Côtes-d'Armor a, par arrêté du 17 janvier 2023, décidé d'obliger M. A à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et lui a fait interdiction d'un retour en France pendant une période d'un an. Par arrêté du même jour, le préfet des Côtes-d'Armor a assigné à résidence M. A. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de ces deux arrêtés préfectoraux.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. Bien qu'ayant sollicité oralement, au cours de l'audience, le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, M. A, déjà représenté par un avocat, ne justifie pas du dépôt d'une demande d'aide juridictionnelle auprès du bureau d'aide juridictionnelle compétent. Dans ces conditions, il n'y a pas lieu de prononcer, en application des dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article 61 du décret du 28 décembre 2022, l'admission provisoire de M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
4. Si M. A fait valoir qu'il réside en France depuis le début de l'année 2019 et qu'il s'efforce depuis de s'insérer dans la société française, il n'en justifie nullement par les pièces produites dans le cadre de la présente instance. Contrairement à ce qu'il soutient, la seule production de cinq bulletins de salaire pour la période du 1er septembre 2020 au 31 janvier 2021 pour une activité de livreur en région parisienne, lui procurant des revenus très modiques, d'un bulletin de paie pour quelques heures de travail en septembre 2022 en tant qu'employé d'une pizzéria de Saint-Brieuc ainsi que d'une attestation de déclaration préalable à l'embauche pour un contrat à durée déterminée pour la période du 1er novembre 2022 au 2 février 2023, sans qu'il ne soit établi que le contrat ait été effectivement signé, ne saurait permettre d'établir une réelle insertion professionnelle sur le territoire français. Il n'établit pas davantage la réalité de la relation de couple qu'il entretiendrait avec une ressortissante française, par la seule production d'un formulaire de demande de mariage, renseigné de manière incomplète, non signé et dont il est constant qu'il n'a pas été enregistré par un officier d'état civil. Au demeurant, cette relation, à la supposer avérée, est très récente. Enfin, M. A ne soutient pas avoir développé, sur le territoire français, des relations sociales ou des liens personnels d'une particulière intensité. Malgré deux arrêtés préfectoraux l'obligeant à quitter le territoire français qui lui ont été notifiés en 2020 puis en 2022, M. A s'est maintenu sur le territoire sans entreprendre de démarches pour régulariser sa situation et sans respecter la décision d'assignation à résidence notifiée en dernier lieu en avril 2022. Il ressort, en outre, des pièces du dossier que ses liens familiaux dans son pays d'origine, avec ses parents notamment, ne sont pas rompus. Dans ces conditions, eu égard aux conditions et à la durée du séjour en France du requérant, l'arrêté par lequel le préfet a obligé M. A à quitter le territoire français sans délai, a fixé un pays de destination et lui a interdit un retour en France pendant une période d'un an n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Par suite, le préfet des Côtes-d'Armor n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'a pas davantage commis une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de son arrêté sur la situation personnelle de M. A.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". L'article L. 612-10 de ce code précise que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
6. Il résulte de ces dispositions que lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ volontaire, il doit assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précité. Or, en l'espèce, M. A ne conteste pas la proportionnalité de la mesure d'interdiction de retour en France décidée par le préfet des Côtes-d'Armor. Il ne fait pas davantage état de circonstance humanitaire susceptible de faire obstacle à cette décision. Par suite, M. A ne saurait utilement demander, à titre accessoire, l'annulation de la décision par laquelle le préfet des Côtes-d'Armor lui a fait interdiction d'un retour en France pendant un an.
7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. A à fin d'annulation de l'arrêté du 17 janvier 2023 par lequel le préfet des Côtes-d'Armor l'oblige à quitter le territoire français sans délai, fixe le pays de destination et lui fait interdiction de retour en France pendant une période d'un an doivent être rejetées.
8. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté préfectoral du même jour assignant M. A à résidence, lequel n'est contesté par aucun moyen propre, ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation des arrêtés préfectoraux contestés, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction présentées par M. A ne peuvent dès lors être accueillies.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que le requérant demande au titre des dépenses exposées et non comprises dans les dépens. Les conclusions présentées à ce titre par M. A doivent dès lors être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : M. A n'est pas admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : La requête de M. A est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet des Côtes-d'Armor.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 janvier 2023.
La magistrate désignée,
signé
M. C
La greffière,
signé
P. LecompteLa République mande et ordonne au préfet des Côtes-d'Armor en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026