mardi 21 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2300417 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | OQTF 6 sem |
| Avocat requérant | LE BIHAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 janvier 2023, Mme A G, représentée par Me Le Bihan, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 4 janvier 2023 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours à destination de la Géorgie ;
2°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour, dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 800 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ou de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;
- il n'est pas établi qu'elle ne pouvait plus se maintenir sur le territoire français ni, par suite, que pouvait être décidée, à son encontre, une obligation de quitter le territoire français ;
- l'arrêté attaqué méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales eu égard aux problèmes de santé de son époux, atteint d'une grave maladie engageant son pronostic vital et sans possibilité de traitement approprié en Géorgie ;
- il méconnaît l'article 3 de la même convention en raison des risques qu'elle encourt en cas de retour en Géorgie.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 janvier 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Le préfet fait valoir que les moyens soulevés par Mme G ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. E,
- les observations de Me Le Bihan, représentant Mme G, et celles de Mme G, assistée d'une interprète en langue géorgienne.
Le préfet d'Ille-et-Vilaine n'était pas représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur l'aide juridictionnelle provisoire :
1. Mme G justifiant avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Mme G, née en 1982, ressortissante de Géorgie, est entrée en France le 8 septembre 2021 avec son époux, M. B F, et ils ont tous deux sollicité, le 29 septembre suivant, le bénéfice du statut de réfugiés. Leurs demandes ont été rejetées par des décisions de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) du 22 novembre 2021 et des ordonnances de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 14 février 2022. Les arrêtés du préfet d'Ille-et-Vilaine du 4 mars 2022 leur faisant obligation de quitter le territoire français ayant été annulés par jugement du 12 mai 2022, ce préfet a alors instruit la demande de titre de séjour présentée par M. F en tant qu'étranger malade. Par un arrêté du 4 janvier 2023, pris sur le fondement du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il a rejeté cette demande et a assorti ce rejet d'une obligation de quitter le territoire français. Par un second arrêté du même jour, pris sur le fondement du 4° du même article, il a également décidé d'obliger Mme G à quitter le territoire français et a fixé la Géorgie comme pays de destination d'une mesure d'éloignement forcé. C'est l'arrêté attaqué.
3. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. D C, directeur adjoint des étrangers à la préfecture d'Ille-et-Vilaine, en vertu d'une délégation qui lui a régulièrement été donnée par un arrêté du 19 octobre 2022, dûment publié au recueil des actes administratifs de la préfecture. Par suite, cet arrêté n'est pas entaché d'incompétence.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° () ". En vertu des dispositions des articles L. 541-1 et L. 541-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, un demandeur d'asile a le droit de se maintenir sur le territoire français jusqu'à la date de lecture, le cas échéant, de la décision de la CNDA, ou le cas échéant de l'ordonnance statuant sur cette demande.
5. Il résulte des productions du préfet à l'instance que l'ordonnance par laquelle la CNDA a rejeté le recours formé par Mme G contre le refus opposé par l'OFPRA à sa demande d'asile, a été notifiée à l'intéressée le 21 mars 2022. Par ailleurs, si, en exécution du jugement d'annulation de la précédente mesure d'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de l'intéressée, le préfet était tenu, pendant le réexamen de sa situation, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour en application des dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cette autorisation a nécessairement été abrogée par l'intervention de la décision attaquée, prise après réexamen de sa situation et de celle de son époux, lequel a également fait l'objet d'un refus de titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français. Mme G, qui ne bénéficiait plus du droit de se maintenir sur le territoire français au titre d'une demande d'asile et ne pouvait plus prétendre au bénéfice d'un titre de séjour, était au nombre des étrangers pouvant légalement faire l'objet d'une décision l'obligeant à quitter le territoire français sur le fondement des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de l'erreur de droit commise à cet égard doit donc être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
7. Alors qu'ainsi qu'il a été dit, M. F, époux de la requérante, a également fait l'objet, le 4 janvier 2023, d'un arrêté l'obligeant à quitter le territoire français, accompagnant le refus de lui délivrer un titre de séjour au regard de son état de santé, et qu'il n'est établi, à la date de l'audience publique ni qu'il aurait formé un recours contre ces décisions ni même déposé une demande d'aide juridictionnelle à cette fin, Mme G ne saurait valablement soutenir, en se prévalant d'un rapport de l'Organisation suisse d'aide aux réfugiés datant de 2020, que la situation de la Géorgie sanitaire ne permettrait pas à son époux de bénéficier du suivi pluridisciplinaire et des soins appropriés à son état de santé alors que le préfet d'Ille-et-Vilaine a pris sa décision au vu d'un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui, le 7 septembre 2022, a estimé qu'il était, à l'inverse, en possibilité de les obtenir dans son pays d'origine. Dans ces conditions, la décision par laquelle le préfet d'Ille-et-Vilaine a fait obligation à Mme G de quitter le territoire français, ne peut être regardée comme ayant, à cet égard, porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts poursuivis par cette mesure en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, elle n'est pas davantage entachée de l'erreur manifeste d'appréciation invoquée à l'audience, au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.
8. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. " Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
9. Mme G ne produit aucun élément permettant d'établir qu'elle serait, comme elle le soutient, personnellement et effectivement exposée à des risques de mauvais traitements en raison d'un conflit familial lié aux conditions de son mariage avec le parrain de son filleul. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que la décision attaquée méconnaîtrait les dispositions et stipulations visées au point 8 ci-dessus doit être écarté.
10. Il résulte de ce qui précède que Mme G n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté l'obligeant à quitter le territoire français et fixant la Géorgie comme pays de destination.
Sur la demande d'injonction et d'astreinte :
11. Le présent jugement de rejet n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par Mme G
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas partie perdante à l'instance, le versement au conseil de Mme G de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : Mme G est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de Mme G est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A G et au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mars 2023.
Le président,
signé
E. ELa greffière,
signé
P. Lecompte
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026