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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2300500

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2300500

jeudi 13 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2300500
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème Chambre
Avocat requérantDUBOS MARINE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires complémentaires, enregistrés les 27 janvier 2023,

15 mars 2023 et 23 mars 2023 au greffe du tribunal, Mme G C, représentée par

Me Dubos, doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du préfet du Finistère du 26 décembre 2022 lui refusant la délivrance du titre de séjour pour admission exceptionnelle avec la mention " vie privée et familiale ", assorti d'une obligation de quitter le territoire français sous trente jours et de se présenter une fois par semaine aux services de police nationale de Quimper ;

2°) d'enjoindre au préfet du Finistère de lui délivrer un titre de séjour du fait de l'admission exceptionnelle, ou, à défaut, de réexaminer sa demande de titre de séjour, le tout dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, son conseil renonçant à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Elle soutient que :

- le refus de titre de séjour a été pris par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'un vice de procédure en ce qu'il est insuffisamment motivé en fait et en droit, tiré d'un défaut d'examen particulier de la situation personnelle de l'intéressée ;

- il méconnait l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du

droit d'asile ;

- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de droit en ce que le préfet s'est fondé sur l'article L. 611-1 2° et 3° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'obligation de se présenter une fois par semaine aux services de la police nationale est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est disproportionnée et entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 mars 2023 au greffe du tribunal, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.

Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 mars 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapporteur public a été dispensé de prononcer ses conclusions en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. E.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C, de nationalité mauricienne, née en janvier 1994, est arrivée en France, pour raison touristique, le 14 février 2020, avec pour intention initiale de retourner dans son pays d'origine le 30 avril 2020, mais finalement elle est restée en France pour diverses raisons.

Mme C a sollicité auprès de la préfecture du Finistère la délivrance d'un titre de séjour au titre de l'admission exceptionnelle le 1er août 2022. Le 26 décembre 2022 le préfet du Finistère a pris à son encontre un arrêté du 26 décembre 2022 portant refus de titre de séjour, assorti d'une obligation de quitter le territoire français sous trente jours et de se présenter une fois par semaine aux services de police nationale de Quimper. C'est l'arrêté dont Mme C demande l'annulation.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Par une décision du 30 mars 2023, Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, ces conclusions sont devenues dans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fins d'annulation :

En ce qui concerne le refus de délivrance du titre de séjour :

3. En premier lieu, par un arrêté du 26 juillet 2022, dûment publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, sous le n°28-2022-060, le préfet du Finistère a donné délégation à M. F A, en sa qualité de secrétaire général de la préfecture du Finistère, pour signer tous les actes relevant des attributions du préfet, à l'exclusion des arrêtés de délégations de signature et des évaluations des directeurs et chefs de service de l'Etat. Par conséquent, le moyen tiré de l'incompétence de M. A pour signer la décision attaquée doit être écarté.

4. En deuxième lieu, la décision attaquée vise notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et alors même qu'elle ne fait pas état de la plainte que

Mme C a formée à l'encontre M. B, elle comporte un exposé détaillé des considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet du Finistère s'est fondé pour édicter la décision contestée. Ces éléments de motivation ainsi que l'ensemble des énonciations de l'arrêté, permettent en outre d'établir que le préfet du Finistère a procédé à un examen complet de la situation de Mme C. Les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée et du défaut d'examen complet de la situation de Mme C doivent donc être écartés.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

6. Mme C fait valoir qu'elle a porté plainte pour violence conjugale à l'encontre de M D B, qu'elle est venue en France pour faire du tourisme et qu'elle n'a pas pu rentrer chez elle à l'Ile Maurice en raison de la situation pandémique liée à la crise du Covid-19. Toutefois, il ressort des pièces du dossier qu'elle n'est ni mariée, ni pacsée avec M. B, qui l'a hébergée 10 mois, alors qu'elle ne disposait pas d'hébergement en France. En se bornant à se prévaloir d'une promesse d'embauche pour un emploi de garde d'enfants à domicile et d'employée de maison, établie le 15 février 2023, soit très postérieurement à la décision attaquée et d'un mail de confirmation d'embauche non daté et peu probant pour un emploi de " chef de partie " dans un restaurant à compter du 28 mars 2023, elle ne combat pas utilement les constatations faites par le préfet à la date d'édiction de la décision contestée, à savoir qu'elle ne justifiait pas de ressources propres, régulières et stables lui permettant de subvenir à ses besoins, si bien que ses conditions d'existence sur le territoire national sont très précaires. Elle ne justifie également d'aucun lien familial ou privé particulièrement intense sur le territoire national et n'établit pas être dépourvue d'attaches dans son pays d'origine où résident sa mère et son frère. En outre, elle est connue au fichier TAJ comme auteur, notamment, d'un vol simple, de dégradation ou détérioration volontaire du bien d'autrui causant un dommage léger et utilisation frauduleuse du numéro de carte bancaire. Dans ces conditions, le préfet du Finistère n'a pas entaché la décision attaquée d'erreur manifeste d'appréciation en considérant que ces circonstances ne constituent pas des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

7. Aux termes de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; ".

8. Eu égard à ce qui a été exposé au point 5, Mme C ne justifiant pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels, et n'ayant pu obtenir la délivrance d'un titre de séjour, conformément à l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'a pas méconnu les dispositions citées au point 7 en prenant à son encontre une obligation de quitter le territoire français sous trente jours en fixant le pays de destination celui dans lequel elle a la nationalité.

En ce qui concerne l'obligation de se présenter une fois par semaine aux services de la police nationale :

9. En premier lieu, Mme C n'établissant pas l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, elle n'est pas fondée à invoquer, par voie d'exception, l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision portant obligation de se présenter une fois par semaine aux services de la police nationale.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 721-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel un délai de départ volontaire a été accordé peut, dès la notification de la décision portant obligation de quitter le territoire français, être astreint à se présenter à l'autorité administrative ou aux services de police ou aux unités de gendarmerie pour y indiquer ses diligences dans la préparation de son départ. Cette décision est prise pour une durée qui ne peut se poursuivre au-delà de l'expiration du délai de départ volontaire. ".

11. Si Mme C soutient qu'elle ne présente aucun risque de fuite quant à la soustraction à la mesure d'éloignement, toutefois, cet élément ne fait pas obstacle au respect de l'obligation lui imposant de se présenter une fois par semaine aux services de police nationale de Quimper. En outre, la décision attaquée, qui rappelle que l'obligation de quitter le territoire qui lui est faite est assortie d'un délai de départ volontaire de 30 jours, ne prévoit aucunement d'excéder le délai ainsi accordé. Par suite, le moyen tiré de de l'erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet ne peut qu'être écarté.

12. En dernier lieu, par ces seules déclarations non circonstanciées, la requérante n'établit pas qu'elle serait dans l'impossibilité de se présenter une fois par semaine aux services de la police nationale de Quimper. Par suite, le moyen tiré du caractère disproportionné de cette obligation doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fins d'injonction :

14. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution et par suite, les conclusions de Mme C tendant à ce que soient adressées diverses injonctions au préfet du Finistère doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire présentée par Mme C.

Article 2 : La requête de Mme C est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme G C et au préfet du Finistère.

Délibéré après l'audience du 30 mars 2023 à laquelle siégeaient :

M. Descombes, président,

M. Moulinier, premier conseiller,

M. Bozzi, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 avril 2023.

Le président-rapporteur,

signé

G. E

L'assesseur le plus ancien,

signé

Y. Moulinier Le greffier,

Signé

J-M. Riaud

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente.

N°2300500

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