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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2300626

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2300626

jeudi 9 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2300626
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement urgent
Avocat requérantSALIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

B une requête, enregistrée le 3 février 2022, Mme C A, représentée B Me Salin, demande au tribunal :

1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 1er février 2023 B lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a ordonné son transfert aux autorités italiennes ;

3°) d'annuler l'arrêté du même jour B lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a prononcé son assignation à résidence ;

4°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de l'autoriser à solliciter l'asile en France et de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile en cette qualité dans un délai de trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, à réexaminer sa situation ;

5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au bénéfice de son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- l'arrêté de transfert méconnaît l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- il méconnaît l'article 9 du même règlement ;

- il méconnaît le 1 de l'article 17 et le 2 de l'article 3 du même règlement, ainsi que le droit constitutionnel d'asile.

B un mémoire en défense, enregistré le 7 février 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés B la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Blanchard, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Blanchard, magistrat désigné,

- les observations de Me Salin, représentant Mme A, qui a repris et développé les moyens de la requête, et les observations de cette dernière, assistée d'une interprète.

Le préfet d'Ille-et-Vilaine n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée B la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 61 du décret du 28 décembre 2020 portant application de cette loi : " () L'admission provisoire est accordée B le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme B l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ".

2. Mme A ayant déposé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été statué, il y a lieu de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle en application des dispositions précitées.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. Aux termes de l'article 2 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " Aux fins du présent règlement, on entend B : " membres de la famille ", dans la mesure où la famille existait déjà dans le pays d'origine, les membres suivants de la famille du demandeur présents sur le territoire des États membres : le conjoint du demandeur, ou son ou sa partenaire non marié(e) engagé(e) dans une relation stable, lorsque le droit ou la pratique de l'État membre concerné réserve aux couples non mariés un traitement comparable à celui réservé aux couples mariés, en vertu de sa législation relative aux ressortissants de pays tiers () ". L'article 9 du même règlement prévoit que : " Si un membre de la famille du demandeur, que la famille ait été ou non préalablement formée dans le pays d'origine, a été admis à résider en tant que bénéficiaire d'une protection internationale dans un État membre, cet État membre est responsable de l'examen de la demande de protection internationale, à condition que les intéressés en aient exprimé le souhait B écrit ". "

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme A a sollicité B courrier du 28 novembre 2022 le bénéfice de l'article 9 du règlement du 26 juin 2013 au motif que son concubin se trouve en France et y bénéficie de la qualité de réfugié. Elle produit à cet égard des justificatifs de versement d'importantes sommes d'argent B ce dernier en 2021 et 2022 en vue de la soutenir financièrement lorsqu'elle se trouvait en Turquie, ainsi que des photographies relatives à leur relation conjugale prises à différentes dates depuis son arrivée en France. Mme A verse également au dossier des pièces médicales indiquant qu'elle mène des démarches en vue de la conception d'un enfant et fait valoir qu'elle partage ce projet avec son concubin. Il apparaît en outre que, dès son entretien individuel consécutif à sa demande d'asile, réalisé le 7 septembre 2022, Mme A s'est prévalue de cette relation de concubinage. Dans ces conditions, la requérante doit être regardée comme établissant, à la date de la décision attaquée, l'existence d'une relation stable avec cette personne. Elle est dès lors fondée à soutenir qu'elle entre dans les prévisions de l'article 9 précité. La circonstance que le concubinage ne soit pas né dans le pays d'origine est sans incidence dès lors que l'article 9 du règlement du 26 juin 2013 prévoit, B exception à l'article 2 précité, pour l'État membre où une personne a été admise à résider en tant que bénéficiaire d'une protection internationale une obligation d'examiner la demande d'asile déposée B un demandeur membre de la famille de cette personne, alors même que les liens familiaux ne se sont pas noués dans le pays d'origine.

5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 1er février 2023 B lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a ordonné le transfert de Mme A aux autorités italiennes doit être annulé. Il y a lieu, B voie de conséquence, d'annuler l'arrêté du même jour B lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a prononcé son assignation à résidence.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

6. En égard aux motifs du présent jugement, il y a lieu d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine, ou à tout autre préfet territorialement compétent, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, d'enregistrer la demande d'asile de Mme A en procédure normale et de lui délivrer l'attestation de demande d'asile prévue B l'article R. 521-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'imprimé mentionné à l'article R. 531-3 du même code lui permettant de saisir l'Office français de protection des réfugiés et apatrides.

Sur les frais liés au litige :

7. Mme A a été admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle. B suite, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Salin, avocat de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État et sous réserve de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Salin de la somme de 1 000 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme A B le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à Mme A.

D É C I D E :

Article 1er : Mme A est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du 1er février 2023 B lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a ordonné le transfert de Mme A aux autorités italiennes et l'arrêté du même jour prononçant son assignation à résidence sont annulés.

Article 3 : Il est enjoint au préfet d'Ille-et-Vilaine, ou à tout autre préfet territorialement compétent, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, d'enregistrer la demande d'asile de Mme A en procédure normale et de lui délivrer l'attestation de demande d'asile afférente prévue B l'article R. 521-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'imprimé mentionné à l'article R. 531-3 du même code lui permettant de saisir l'Office français de protection des réfugiés et apatrides.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Salin renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, ce dernier versera à Me Salin, avocat de Mme A, une somme de 1 000 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme A B le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 000 euros sera versée à Mme A.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à Me Salin et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Rendu public B mise à disposition au greffe le 9 février 2023

Le magistrat désigné,

signé

A. BlanchardLa greffière d'audience,

signé

J. Jubault

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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