mercredi 17 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2300708 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | BUORS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 8 février 2023, M. A B, représenté par Me Franck Buors, avocat, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 27 janvier 2023 par lequel le préfet du Finistère refuse le renouvellement de son titre de séjour, l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixe le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet du Finistère de le munir d'une autorisation provisoire de séjour et de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État le paiement d'une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté préfectoral contesté a été signé par une autorité dont il n'est pas établi qu'elle disposait d'une délégation de signature ;
- l'arrêté contesté est insuffisamment motivé et ne comporte pas un examen de sa situation personnelle ;
- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, compte tenu de la durée de sa présence sur le territoire français et de son insertion professionnelle ;
- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile puisqu'il justifie avoir signé le 3 août 2020 un contrat à durée indéterminée avec un restaurateur et qu'il exerce un métier en tension.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mars 2023, le préfet du Finistère conclut, d'une part, à ce que le tribunal constate qu'il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions présentées par M. B à fin d'annulation de l'arrêté du 27 janvier 2023 et d'autre part, au rejet des conclusions présentées au titre des frais de l'instance.
Il fait valoir qu'après réexamen de la situation de M. B, il a décidé, le
16 mars 2023, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " et lui a remis un récépissé dans l'attente de l'édition de ce titre de séjour.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant sénégalais né le 21 janvier 1971 à Dakar (Sénégal), est entré en France, selon ses déclarations, le 4 février 2015. Après avoir séjourné irrégulièrement sur le territoire français pendant cinq ans, il a bénéficié, compte tenu du PACS contracté avec une ressortissante française, d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " valable du 3 avril 2020 au 2 avril 2021, renouvelé le 5 juillet 2021 pour une durée d'un an. Le
16 août 2022, M. B a sollicité le renouvellement de ses droits au séjour, en demandant la délivrance d'un titre de séjour en qualité de salarié. Il demande l'annulation de l'arrêté du
27 janvier 2023 par lequel le préfet du Finistère refuse le renouvellement de son titre de séjour, l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixe le pays de destination.
Sur l'exception de non-lieu à statuer :
2. Un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai du recours contentieux, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté, ce qui conduit à ce qu'il n'y ait pas lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du recours dont il était saisi. Il en va ainsi, quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution. Dans le cas où l'administration se borne à procéder à l'abrogation de l'acte attaqué, cette circonstance prive d'objet le recours formé à son encontre, à la double condition que cet acte n'ait reçu aucune exécution pendant la période où il était en vigueur et que la décision procédant à son abrogation soit devenue définitive.
3. En l'espèce, le préfet du Finistère fait valoir qu'après réexamen de la situation de
M. B, il a décidé, le 16 mars 2023, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " et lui a remis un récépissé dans l'attente de l'édition de ce titre. Cette décision a implicitement mais nécessairement abrogé les décisions du 27 janvier 2023 par lesquelles il a obligé l'intéressé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office à l'expiration de ce délai. A la date du présent jugement, ces décisions n'ayant pas été exécutées et leur abrogation étant devenue définitive, les conclusions de M. B tendant à leur annulation ont perdu leur objet et il n'y a plus lieu d'y statuer. En revanche, il ressort des pièces du dossier que la décision portant refus de renouvellement du titre de séjour du requérant a reçu, avant son abrogation, un commencement d'exécution pendant la période où elle était en vigueur. Par suite, et contrairement à ce que soutient le préfet du Finistère, les conclusions tendant à l'annulation de cette décision portant refus de titre de séjour ont conservé leur objet et il y a lieu d'y statuer.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. En premier lieu, M. Christophe Marx, secrétaire général de la préfecture du Finistère, a reçu, par arrêté préfectoral du 26 juillet 2022, régulièrement publié, délégation de signature du préfet du Finistère pour signer, en toutes matières, tous les actes relevant des attributions du préfet, à l'exception de certains d'entre eux au nombre desquels ne figurent pas la décision attaquée. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit donc être écarté.
5. En deuxième lieu, la décision par laquelle le préfet du Finistère a refusé de renouveler les droits au séjour de M. B, qui cite les textes applicables et fait état, contrairement à ce que soutient le requérant, d'éléments de faits propres à sa situation, notamment s'agissant de son insertion professionnelle et sociale, énonce de manière suffisamment précise les considérations de fait et de droit sur lesquelles son auteur a entendu se fonder. Dès lors, le moyen tiré d'un défaut de motivation doit être écarté.
6. En outre, il ne ressort ni des termes de la décision litigieuse ni des autres pièces du dossier que le préfet n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation de M. B au regard de son droit au séjour avant de prendre la décision contestée.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. () ". L'article L. 5221-2 du code du travail dispose que : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : / 1° Les documents et visas exigés par les conventions internationales et les règlements en vigueur ; / 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail. ".
8. Il ressort des pièces du dossier que si, au soutien de sa demande de changement de statut et de délivrance d'un titre de séjour en qualité de " salarié ", M. B a été en mesure de justifier qu'il bénéficiait d'un visa de régularisation et d'un contrat de travail à durée indéterminée signé depuis le 3 août 2020 avec le restaurant Le Chantier de Concarneau pour un emploi de plongeur, la demande d'autorisation de travail déposée le 16 juin 2020 était dépourvue de toute pièce justificative. En conséquence, les services de la plateforme interrégionale de main d'œuvre étrangère de Béthune ont décidé de clôturer le dossier. Dans le cadre de la présente instance,
M. B ne conteste pas le caractère incomplet de cette démarche. Il ne justifie donc pas avoir obtenu préalablement à sa demande de renouvellement de son titre de séjour, ainsi que le prévoient les dispositions précitées de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une autorisation de travail dans les conditions fixées par la réglementation du code du travail. Par suite, le requérant n'établit pas qu'à la date de la décision contestée, le préfet du Finistère a méconnu les dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
9. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Selon les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". Enfin, l'article R. 423-5 du même code précise : " Pour l'application de l'article
L. 423-23, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de la vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier : /1° La réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France ; / 2° La justification de ses attaches familiales dans son pays d'origine ; / 3° La justification de ses conditions d'existence en France ; / 4° La justification de son insertion dans la société française appréciée notamment au regard de sa connaissance des valeurs de la République. ".
10. M. B fait valoir qu'il réside en France depuis 2015 et qu'il a depuis manifesté une réelle volonté de s'insérer dans la société française, en vivant pendant plusieurs années avec une ressortissante française, en suivant des cours de langue française et en exerçant une activité professionnelle. Toutefois, les pièces qu'il produit, consistant notamment en quatre témoignages, sont insuffisantes pour permettre d'établir l'intensité et l'ancienneté de son insertion dans la société française, d'autant que l'insertion professionnelle dont le requérant se prévaut demeure récente. Le préfet du Finistère a également relevé que M. B, désormais célibataire en France, est le père de deux enfants restés au Sénégal. Ainsi, le requérant n'établit pas que la décision par laquelle le préfet du Finistère a refusé de renouveler son titre de séjour aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il n'est pas davantage établi que le préfet du Finistère aurait commis une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de sa décision sur la situation personnelle de M. B.
11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par M. B tendant à l'annulation de la décision du 27 janvier 2023 par laquelle le préfet du Finistère a refusé de renouveler ses droits au séjour doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 27 janvier 2023 refusant le renouvellement du titre de séjour de M. B, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par M. B ne peuvent dès lors être accueillies.
Sur les frais liés au litige :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que le requérant demande au titre des dépenses exposées et non comprises dans les dépens. Les conclusions présentées à ce titre par M. B doivent dès lors être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions présentées par M. B tendant à l'annulation des décisions du 27 janvier 2023 du préfet du Finistère l'obligeant à quitter le territoire français et fixant le pays de destination.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet du Finistère.
Délibéré après l'audience du 20 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Vergne, président,
Mme Thalabard, première conseillère,
M. Blanchard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2023.
La rapporteure,
signé
M. Thalabard
Le président
signé
G.-V. VergneLa greffière,
signé
I. Le Vaillant
La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026