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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2300712

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2300712

jeudi 11 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2300712
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantBLANCHOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 8 février 2023, M. C B, représenté par Me Blanchot, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 décembre 2022 par lequel le préfet du Finistère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a prononcé une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ou, à titre subsidiaire, d'annuler les décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination ou, à titre infiniment subsidiaire, d'annuler la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet du Finistère de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer dans cette attente une autorisation provisoire de séjour autorisant le travail dans un délai d'une semaine à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 34 et 37 de la loi du

10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision portant refus de séjour est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît l'article R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'est pas établi que le médecin ayant établi le rapport médical ne siégeait pas au sein du collège de médecins, que le caractère collégial de la délibération de ce collège n'est pas établi et que la preuve du caractère lisible des signatures apposées sur l'avis n'est pas apportée ;

- le rapport médical est irrégulier dès lors qu'il n'a pas été examiné par le médecin l'ayant établi ;

- la décision portant refus de séjour est entachée d'une erreur de droit en ce que le préfet s'est cru lié par l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux ;

- elle méconnaît l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que le traitement approprié à sa pathologie n'est pas disponible au Nigéria ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît le 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision fixant le pays de destination est entachée de défaut d'examen sérieux ;

- elle méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 mars 2023, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

Par décision du 23 février 2023, le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale a été accordé à M. B.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A ;

- et les observations de Me Douard, substituant Me Blanchot, représentant

M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. C B, de nationalité nigériane, déclare être entré en France le

28 avril 2021. Il a déposé le 8 février 2022 une demande de titre de séjour en qualité d'étranger malade. Par arrêté du 8 décembre 2022, le préfet du Finistère a refusé de lui délivrer ce titre, a prononcé une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. ".

3. La partie qui justifie de l'avis d'un collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié et effectivement accessible dans le pays de renvoi.

4. Il ressort des pièces du dossier que le collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a retenu que l'état de santé du requérant nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais que, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il peut y bénéficier effectivement d'un traitement approprié.

5. M. B, affecté d'un diabète de type 2 compliqué de néphropathie diabétique de stade 3 et de neuropathie diabétique, produit un rapport de l'agence européenne de l'asile relatif à la disponibilité des soins au Nigéria. Ce rapport fait état des carences du système de santé nigérian dans la prise en charge des personnes souffrant de diabètes de la même nature que celui du requérant et relève, en particulier, qu'il existe des services spécialisés dans les hôpitaux universitaires offrant des consultations avec des diabétologues ou des endocrinologues mais que ces établissements souffrent d'un manque d'effectif critique ne permettant pas une réelle prise en charge des patients. Le requérant indique par ailleurs que les médicaments qui lui sont prescrits, ainsi que certains tests nécessaires au suivi de sa pathologie, sont indisponibles au Nigéria. Il résulte à cet égard du rapport de l'agence européenne de l'asile que l'insuline et les tests de type HbA1c, nécessaires au traitement de M. B, ne sont généralement pas disponibles dans ce pays, tandis que la liste des médicaments essentiels publiée par les autorités nigérianes ne comprend pas certains des médicaments prescrits au requérant. Enfin, ce dernier produit une attestation de la néphrologue du centre hospitalier universitaire de Brest assurant son suivi, aux termes de laquelle : " Les traitements reçus et permettant de stabiliser sa fonction rénale sont indisponibles au Nigéria ". Dans ces conditions, et alors que le préfet, dans ses écritures en défense, se borne à se référer à l'avis du collège des médecins de l'OFII et à soutenir inexactement que le requérant ne fournit aucun élément circonstancié de nature à reverser la charge de la preuve lui incombant compte tenu du sens de cet avis, l'existence d'un traitement approprié et effectivement accessible pour M. B dans son pays d'origine n'est pas établie. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être accueilli.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision du 8 décembre 2022 par laquelle le préfet du Finistère a refusé de délivrer à M. B un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être rejeté. Il y a lieu, par voie de conséquence, d'annuler les décisions portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, fixant le pays de destination et prononçant une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

7. Eu égard aux motifs pour lesquels il prononce l'annulation de l'arrêté en litige, le présent jugement implique nécessairement la délivrance au requérant d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ". Il y a lieu, par suite, en application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, d'enjoindre au préfet du Finistère de délivrer à M. B une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai de deux mois suivant la date de notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. M. B ayant été admis à l'aide juridictionnelle, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante, le versement de la somme de 1 200 euros à Me Blanchot en application des dispositions combinées des articles

L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que

Me Blanchot renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.

D É C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 8 décembre 2022 par lequel le préfet du Finistère a refusé de délivrer à

M. B un titre de séjour, a prononcé une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Finistère de délivrer à M. B une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Etat versera, en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, une somme de 1 200 euros à Me Blanchot, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet du Finistère.

Copie en sera adressée au bureau d'aide juridictionnelle.

Délibéré après l'audience du 20 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Vergne, président,

Mme Thalabard, première conseillère,

M. Blanchard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mai 2023.

Le rapporteur,

signé

A. A

Le président,

signé

G.-V. VergneLa greffière,

signé

I. Le Vaillant

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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