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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2300742

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2300742

jeudi 11 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2300742
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantDJAMAL ABDOU NASSUR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 février 2023, M. E A, représenté par

Me Abdou Nassur, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 janvier 2023 par lequel le préfet du Morbihan a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a prononcé une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet du Morbihan de lui délivrer un titre de séjour à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer sans délai un récépissé l'autorisant à travailler dans l'attente du réexamen de sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision portant refus de séjour est entachée d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise au terme d'une procédure irrégulière dès lors que la commission du titre de séjour n'a pas été saisie ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des articles L. 423-23 et

L. 453-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que la communauté de vie avec son épouse n'a jamais été interrompue depuis leur mariage et qu'il a contribué à l'éducation et à l'entretien de son enfant ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les articles 3-1 et 9 de la convention internationale des droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 février 2023, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. E A, ressortissant comorien entré irrégulièrement en France, a sollicité son admission au séjour le 18 novembre 2013. Il s'est vu délivrer à La Réunion une carte de séjour temporaire au titre des liens personnels et familiaux en France, valable du

23 octobre 2015 au 22 octobre 2016, puis une carte de même nature valable du 21 avril 2017 au 20 avril 2018. Il a sollicité en 2022 la délivrance d'une carte de séjour temporaire sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du 13 janvier 2023, le préfet du Morbihan a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a prononcé une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté du 29 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du 31 août 2022, le préfet du Morbihan a donné délégation de signature à Mme D B, cheffe du bureau des étrangers et de la nationalité et signataire de la décision attaquée, aux fins de signer, notamment, les décisions relatives au séjour et à l'éloignement. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure de la décision litigieuse doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué précise les considérations de droit et de fait au vu desquelles il a été pris et il répond ainsi suffisamment aux exigences de motivation énoncées par les dispositions des articles L. 211-1 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Cette motivation révèle en outre que, contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet a procédé à un examen particulier de sa situation en l'état des éléments d'information dont il est établi qu'il disposait. Les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen sérieux doivent, par suite, être écartés.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". L'article L. 435-1 du même code prévoit : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

5. Il ressort des pièces du dossier que, pour retenir que M. A n'entre pas dans les prévisions des articles L. 423-23 et L. 435-1 précités, l'arrêté attaqué relève que le requérant est présent en France depuis moins d'un an à la date de son édiction et que la communauté de vie avec son épouse, étrangère en situation régulière avec laquelle il est marié depuis 2014, a été interrompue à plusieurs reprises. Si, sur ce point, M. A, qui indique qu'il contribue à l'entretien de son enfant, produit neuf attestations d'envoi de fonds datées de 2018 à 2021, ces seules pièces n'établissent pas une communauté de vie effective du requérant avec son épouse et son enfant durant cette période. Dès lors que les autres pièces produites par M. A relatives à la communauté conjugale datent de 2022, c'est à bon droit que l'administration a retenu que l'effectivité des liens entre le requérant et son épouse n'était pas établie entre la date du mariage et l'année 2022. Si le requérant soutient avoir connu " une séparation temporaire " avec son épouse, il n'apporte aucune précision quant aux dates de cette séparation.

6. Par ailleurs, si le requérant soutient être père d'un enfant français, il ressort des pièces du dossier que son enfant a la nationalité comorienne. Dans ces conditions, et alors que le requérant ne conteste pas avoir conservé des liens dans son pays d'origine, les liens personnels et familiaux de M. A en France ne présentent pas un caractère d'intensité, d'ancienneté et de stabilité de nature à le faire entrer dans les prévisions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. De même, la situation personnelle et familiale de

M. A ne caractérise pas des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels au regard de l'article L. 435-1 du même code. Par suite, le moyen tiré de l'erreur d'appréciation au regard de ces deux articles doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 432-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans chaque département est instituée une commission du titre de séjour qui est saisie pour avis par l'autorité administrative : / 1° Lorsqu'elle envisage de refuser de délivrer ou de renouveler la carte de séjour temporaire prévue aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-13, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21, L. 423-22, L. 423-23, L. 425-9 ou L. 426-5 à un étranger qui en remplit effectivement les conditions de délivrance ; (). ". Il résulte de ces dispositions que le préfet n'est tenu de saisir la commission du titre de séjour que du cas des seuls étrangers qui remplissent effectivement les conditions prévues aux articles visés par ces dispositions auxquels il envisage néanmoins de refuser le titre de séjour sollicité, et non de celui de tous les étrangers qui s'en prévalent.

8. Il résulte de motifs retenus au point 5 que M. A ne remplit pas les conditions pour obtenir un titre de séjour au titre des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le préfet du Morbihan n'était pas tenu de soumettre son cas à la commission du titre de séjour avant de rejeter sa demande. Le moyen soulevé à cet égard doit être écarté.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, il résulte des motifs retenus aux points précédents que le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale en conséquence de l'illégalité de la décision portant refus de séjour doit être écarté.

10. En deuxième lieu, si le requérant soutient que son enfant, scolarisé en France, est de nationalité française, il ressort des pièces du dossier que ce dernier est de nationalité comorienne. M. A ne fait état d'aucun obstacle à ce que cet enfant poursuive sa scolarité aux Comores, alors que le titre de séjour de sa mère, elle-même de nationalité comorienne, expire le 20 avril 2023 et qu'il n'est pas soutenu que le renouvellement de ce titre aurait été demandé. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée méconnaît son droit à une vie privée et familiale normale en ce qu'elle le sépare de son enfant et met fin à la scolarisation de celui-ci en France. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux retenus au point précédent, les moyens tirés de ce que la décision attaquée méconnaît les articles 3-1 et 9 de la convention internationale des droits de l'enfant en ce qu'elle met fin à la scolarisation de l'enfant de

M. A en France doivent être écartés.

12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A et au préfet du Morbihan.

Délibéré après l'audience du 20 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Vergne, président,

Mme Thalabard, première conseillère,

M. Blanchard, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mai 2023.

Le rapporteur,

signé

A. C

Le président,

signé

G.-V. Vergne

La greffière,

signé

I. Le Vaillant

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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