mardi 2 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2300842 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | BERTHAUT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 15 février et 30 mars 2023, M. E D, représenté par Me Berthaut, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 13 février 2023 par lequel le préfet du Finistère lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français, a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière et la décision d'interdiction de retour sur le territoire français ;
2°) d'enjoindre au préfet du Finistère de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de huit jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir ou, à titre subsidiaire, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
M. D soutient que :
- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision fixant le pays de renvoi est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnait les articles L. 612-2 et -3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'interdiction de retour méconnait les articles L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 13 mars et 4 avril 2023, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.
M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 mars 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- et les observations de Me Berthaut, représentant M. D.
Considérant ce qui suit :
1. M. D, ressortissant géorgien, est entré en France le 1er septembre 2018 sous couvert de son passeport. Sa demande d'asile a été définitivement rejetée par la Cour nationale du droit d'asile le 13 février 2020. Etant originaire d'un pays d'origine sûre, il avait fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 15 janvier 2020. Sa demande de réexamen de sa demande d'asile a été rejetée le 15 février 2022. Il a fait l'objet d'une nouvelle obligation de quitter le territoire français le 31 janvier 2022 à la suite de son interpellation pour vol à l'étalage. De nouveau interpellé pour des faits de vol en réunion et transport d'armes, le préfet du Finistère, par arrêté du 13 février 2023, l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction de retour d'une durée de deux ans.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Par un arrêté du 27 janvier 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Finistère a donné délégation à Mme A B, chef du service de l'immigration et de l'intégration et signataire de l'arrêté attaqué, pour signer notamment les décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus de départ volontaire et interdiction de retour. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire dont serait entaché l'arrêté contesté manque en fait et doit ainsi être écarté.
3. L'arrêté vise les dispositions des articles L. 611-1 à L. 613-8 et L. 721-3 à -5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet a fait application et mentionne la situation administrative et personnelle de l'intéressé, notamment les précédentes obligations de quitter le territoire français dont il a fait l'objet, son maintien en situation irrégulière et la menace qu'il représente pour l'ordre public. Il comporte ainsi les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation doit donc être écarté.
4. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
5. Il ressort des pièces du dossier que M. D est célibataire, selon ses propres déclarations, et sans charge de famille en France. Il n'établit ni l'ancienneté ni la solidité de la relation qu'il indique avoir avec une ressortissante ukrainienne bénéficiant d'une protection temporaire en France, en se bornant à se produire une attestation, postérieure à la décision attaquée, de cette personne qui le décrit comme un ami de la famille qui l'aide pendant la durée de son séjour et des attestations de proches mentionnant qu'il va chercher les enfants à l'école. Il n'apporte par ailleurs aucun élément au soutien de ses allégations quant à un projet d'officialiser cette relation. Il n'établit pas ne plus avoir d'attaches dans son pays d'origine où réside sa famille avec laquelle il conserve des relations selon ses déclarations. Dans ces conditions, le préfet n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
6. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que M. D a été interpellé en janvier 2022 pour vol à l'étalage, puis le 13 février 2023 pour vol en réunion et transport d'arme, faits sur lesquels il n'apporte aucune explication. En se bornant à indiquer qu'il n'a pas fait l'objet d'une condamnation pénale, il n'établit pas que le préfet du Finistère aurait commis une erreur d'appréciation en considérant qu'il représente une menace pour l'ordre public. Dans ces conditions et pour les mêmes motifs que ceux retenus au point 5, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences de la décision sur sa situation personnelle doit être écarté.
7. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de ce que la décision du 13 février 2023 par laquelle le préfet du Finistère a fixé le pays de destination doit être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.
8. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
9. Il ressort des pièces du dossier que le préfet a mentionné que M. D n'apportait aucun élément permettant de considérer qu'il serait exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne. Contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet ne s'est donc pas borné à constater le rejet de la demande d'asile mais a bien examiné la situation de M. D. Le moyen tiré de ce qu'il n'aurait pas exercé sa compétence doit être écarté.
10. Par ailleurs, M. D n'apporte aucun élément susceptible de venir au soutien de ses allégations concernant les tentatives d'extorsion dont il se dit victime dans son pays et les craintes qu'il encourrait personnellement en cas de retour en Géorgie. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
11. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il () ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale () ".
12. Il ressort des pièces du dossier que M. D, ainsi qu'il a été dit au point 6, représente une menace pour l'ordre public. Il ressort également des pièces du dossier que l'intéressé a déclaré ne pas avoir de domicile mais vivre chez divers amis qui l'hébergent et qu'il ne justifie donc pas d'une résidence effective. Enfin, M. D ne conteste ne pas avoir exécuté les précédentes mesures d'éloignement prises à son encontre. Il pouvait donc, quand bien même il disposerait de son passeport, faire l'objet d'un refus de délai de départ volontaire. Le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 612-2 et -3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit donc être écarté.
13. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. ".
14. En se bornant à produire une attestation, peu circonstanciée et de faible valeur probante, de la personne qu'il présente comme sa compagne et mentionnant seulement une relation amicale, ainsi que des attestations mentionnant l'aide qu'il apporte à cette personne, M. D qui s'est déclaré célibataire et sans attaches familiales en France, n'établit pas l'existence de la relation qu'il allègue. Dans ces conditions, en n'estimant pas que cette vie familiale alléguée puisse être regardée comme une circonstance humanitaire, le préfet du Finistère n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation au regard de la vie privée et familiale de l'intéressé. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
15. Il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 13 février 2023 par lequel le préfet du Finistère lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
16. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. D n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par l'intéressé doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. D demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E D et au préfet du Finistère.
Délibéré après l'audience du 11 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Gosselin, président,
Mme Pottier, première conseillère,
Mme Le Berre, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 mai 2023.
Le président-rapporteur,
signé
O. C
L'assesseur le plus ancien,
signé
F. Pottier La greffière,
signé
E. Douillard
La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026