mercredi 1 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2300847 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | DOUARD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 février 2023, Mme B A, représentée par Me Douard, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner la suspension, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de l'exécution de l'avis défavorable du 2 novembre 2022 du ministre de la justice sur sa demande de détachement auprès de la commune de Rennes en qualité de policière municipale ainsi que de la décision implicite portant rejet de son recours gracieux ;
2°) d'enjoindre au ministre de la justice de réexaminer sa situation dans un délai de quinze jours à compter de l'ordonnance à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition d'urgence est satisfaite : la décision préjudice de manière grave et immédiate à sa situation, le détachement sollicité devant lui permettre d'améliorer son cadre de vie familial, en particulier en baissant ses besoins en assistante maternelle, de percevoir une rémunération supérieure, d'avoir des perspectives d'évolution professionnelle inexistantes dans son poste actuel ; l'opportunité d'un détachement au sein de la police municipale de Rennes prendra fin le 15 avril 2023 ;
- sur les moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions en litige :
- la décision du 2 novembre est entachée d'incompétence ;
- le motif de refus n'est pas justifié : aucune nécessité de service ne justifie que sa demande de détachement soit rejetée dès lors que plusieurs demandes de renfort ont été adressées à l'ensemble du personnel surveillant du centre pénitentiaire de Rennes de telle sorte que ce dernier ne saurait être en sous-effectif ; cette possibilité de détachement est une garantie fondamentale de la carrière d'un fonctionnaire.
Par un mémoire, enregistré le 24 février 2023, le garde des sceaux, ministre de la justice conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie : elle ne saurait résulter de la circonstance selon laquelle la décision en litige empêcherait Mme A d'améliorer son organisation quant à la gestion des frais de garde d'enfants ou d'obtenir une meilleure rémunération ; la seule perte d'une opportunité professionnelle n'est pas davantage de nature à préjudicier de façon grave et immédiate à la situation de la requérante ; en outre, Mme A, en contestant tardivement la décision dont elle demande la suspension de l'exécution, s'est placée elle-même dans la situation d'urgence qu'elle invoque ; enfin, la requérante a refusé un poste hors région après la réussite du concours en 2022 de premier surveillant ;
- sur le doute sérieux quant à la légalité des décisions litigieuses :
- le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait ;
- la décision n'est entachée d'aucune erreur manifeste d'appréciation : il existe un sous-effectif au sein de l'établissement pénitentiaire pour femmes de Rennes où est affectée Mme A.
Vu :
- la requête au fond n° 2300830 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Plumerault, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 28 février 2023 :
- le rapport de Mme C ;
- les observations de Me Douard, représentant Mme A, qui reprend les mêmes termes que les écritures qu'il développe, insiste sur l'urgence dès lors que la période exceptionnelle de recrutement de policiers municipaux par la ville de Rennes doit s'achever au mois d'avril 2023, que Mme A ne peut être regardée comme ayant créé la situation d'urgence qu'elle invoque dès lors qu'elle n'a fait qu'exercer son droit à un recours gracieux, souligne que la requérante est en état de souffrance psychologique depuis qu'elle s'est vue refuser son détachement et qu'il n'existe aucune urgence à ne pas suspendre la décision en litige, insiste au regard du doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige sur le fait que le ministère de la justice ne justifie pas de l'existence d'un sous-effectif au centre pénitentiaire de femmes de Rennes où Mme A exerce ses fonctions ;
- les explications de Mme A, qui indique qu'elle exerce ses fonctions de surveillante pénitentiaire depuis dix ans, qu'elle a d'abord été affectée au centre pénitentiaire du Havre puis depuis 2017 à celui pour femmes de Rennes, que de précédentes demandes de détachement par ses collègues ont été acceptées, que d'ailleurs la directrice du centre pénitentiaire n'était pas défavorable à sa demande de détachement, qu'il s'agit de sa première demande de détachement, qu'elle a été contrainte de refuser une promotion au grade de première surveillante sur la région parisienne alors qu'elle avait préparé et réussi le concours pour pouvoir continuer à être présente et s'occuper de ses deux enfants en bas âge.
Le garde des sceaux, ministre de la justice n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A exerce les fonctions de surveillante de centre pénitentiaire depuis 2013. Affectée depuis 2017 au centre pénitentiaire pour femmes de Rennes, elle a souhaité être recrutée par la commune de Rennes afin d'y exercer les fonctions de gardien brigadier au sein des effectifs de la police municipale. A cette fin, elle a sollicité, par courrier du 20 octobre 2022, son détachement professionnel pour une durée de cinq ans et la commune a sollicité du ministre de la justice qu'il prononce le détachement de cet agent. Par courrier du 2 novembre 2022, le sous-directeur des ressources humaines et des relations sociales du ministère de la justice a informé la maire de Rennes qu'il émettait un avis défavorable au détachement de Mme A en raison des nécessités de service et de sous-effectifs en personnels de surveillance de la structure concernée. Le 3 novembre 2022, Mme A a formé un recours hiérarchique reçu le 8 novembre suivant, qui a été implicitement rejeté. Mme A demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de prononcer la suspension de l'exécution de la décision du 2 novembre 2022 ainsi que de la décision implicite portant rejet de son recours gracieux.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne l'urgence :
3. La condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte-tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.
4. Il résulte de l'instruction que la demande de détachement de Mme A doit lui permettre de mieux concilier ses exigences familiales et celles de sa vie professionnelle en lui offrant notamment des perspectives d'évolution professionnelle sans éloignement géographique de sa famille, étant mère de deux jeunes enfants. Si ces circonstances sont insuffisantes à elles-seules pour justifier d'une situation d'urgence, il est toutefois constant que le refus en litige fait perdre à Mme A la possibilité d'être recrutée par la ville de Rennes, laquelle a entrepris une campagne de recrutement exceptionnel pour renforcer les effectifs de sa police municipale, qui doit s'achever au mois d'avril 2023. Par ailleurs, Mme A justifie, par les pièces qu'elle produit, que le refus de détachement est à l'origine de troubles dépressifs, qui ne lui permettent pas dans l'immédiat de reprendre ses fonctions au sein du centre pénitentiaire pour femmes de Rennes. Dans ces conditions, Mme A doit être regardée comme justifiant que les décisions contestées portent une atteinte suffisamment grave et immédiate à sa situation personnelle pour caractériser une urgence rendant nécessaire le prononcé d'une mesure en référé sans attendre le jugement au fond.
En ce qui concerne les moyens propres à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions :
5. Aux termes de l'article L. 511-1 du code général de la fonction publique : " Tout fonctionnaire est placé, dans les conditions fixées aux chapitres II à V, dans l'une des positions suivantes : / 1° Activité ; / 2° Détachement () ". Aux termes du premier alinéa de l'article L. 511-3 du même code : " Hormis les cas où le détachement et la mise en disponibilité sont de droit, une administration ne peut s'opposer à la demande de l'un de ses fonctionnaires tendant, avec l'accord du service, de l'administration ou de l'organisme public ou privé d'accueil, à être placé dans l'une des positions mentionnées à l'article L. 511-1 ou à être intégré directement dans une autre administration qu'en raison des nécessités du service ou, le cas échéant, d'un avis rendu par la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique. Elle peut exiger de lui qu'il respecte un délai maximal de préavis de trois mois. Son silence gardé pendant deux mois à compter de la réception de la demande du fonctionnaire vaut acceptation de cette demande. ". Aux termes de l'article L. 511-4 du même code : " L'accès des fonctionnaires de l'Etat, des fonctionnaires territoriaux et des fonctionnaires hospitaliers aux deux autres fonctions publiques, ainsi que leur mobilité au sein de chacune de ces trois fonctions publiques, constituent des garanties fondamentales de leur carrière. Cet accès et cette mobilité peuvent s'exercer par la voie : / () 2° Du détachement, suivi ou non d'intégration ".
6. Le refus de détachement opposé à Mme A est fondé sur la " nécessité de service ", tenant à l'impératif de garantir la continuité du service public pénitentiaire dans des conditions de sécurité adaptées, dans un contexte de sous-effectif en personnel de surveillance de la structure où est affectée Mme A. Le ministre de la justice indique que le taux de couverture au sein du centre pénitentiaire de Rennes et de 95 % hors effectifs des spécialistes avec un taux d'absentéisme de 10 % début 2023. Toutefois, par les seuls éléments produits, il ne justifie pas des difficultés éventuelles de sous-effectif rencontrées au centre pénitentiaire pour femmes de Rennes qu'il allègue, et encore moins que ces difficultés feraient obstacle au détachement sollicité par la requérante, alors qu'il ressort des pièces du dossier et des explications orales apportées à l'audience, que la direction du centre pénitentiaire ne s'oppose pas à cette demande de détachement et que des appels à volontariat, contemporains de la demande de détachement de Mme A, ont été relayés les 20 octobre 2022 et 31 octobre 2022 auprès du personnel de ce même centre pénitentiaire pour aller renforcer les effectifs de la maison d'arrêt de Vannes et de l'établissement pour mineurs d'Orvault pour des périodes de plusieurs mois entre novembre 2022 et avril 2023. Par suite, dès lors que la nécessité de service invoquée pour refuser le détachement n'est pas établie, le moyen tiré de ce que les décisions en litige sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation, est propre, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à leur légalité.
7. Il résulte de tout ce qui précède que les conditions d'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative sont réunies. Il y a lieu, par suite, de suspendre l'exécution de la décision du 2 novembre 2022 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice a donné un avis défavorable à la demande de détachement de Mme A auprès de la commune de Rennes en qualité de policière municipale ainsi que de la décision portant rejet de son recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8.L 'exécution de la présente ordonnance implique nécessairement qu'il soit enjoint au garde des sceaux, ministre de la justice, de réexaminer la demande de détachement de Mme A et d'y statuer, en tenant compte des motifs de la présente ordonnance, dans un délai qu'il y a lieu de fixer à quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Sur les frais liés au litige :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à Mme A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision du 2 novembre 2022 par laquelle le garde des sceaux, ministre de la justice a donné un avis défavorable à la demande de détachement de Mme A auprès de la commune de Rennes en qualité de policière municipale ainsi que celle de la décision portant rejet du recours gracieux de Mme A est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au garde des sceaux, ministre de la justice, de réexaminer la demande de détachement de Mme A et d'y statuer dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : L'État versera à Mme A la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme B A et au garde des sceaux, ministre de la justice.
Fait à Rennes, le 1er mars 2023.
Le juge des référés,
signé
F. C La greffière d'audience,
signé
J. Jubault
La République mande et ordonne au garde des sceaux, ministre de la justice en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026