vendredi 24 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2300888 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Eloignement urgent |
| Avocat requérant | MARAL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 février 2023, M. B A, représenté par Me Maral, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 15 février 2023 par lequel le préfet du Finistère lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit, et lui a interdit de tout retour sur le territoire national pour une durée de trois ans ;
3°) d'annuler l'arrêté du 15 février 2023 par lequel le préfet du Finistère l'a assigné à résidence dans la commune de Quimper pour une durée de quarante-cinq jours ;
4°) d'enjoindre au préfet du Finistère de lui restituer tous documents le concernant ;
5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au profit de son conseil au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai :
- a été signée par une autorité incompétente ;
- est insuffisamment motivée en droit ;
- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- méconnaît les dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
La décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
- est illégale, par voie d'exception de la légalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;
- a été signée par une autorité incompétente ;
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle ;
La décision fixant le pays de renvoi :
- est illégale, par voie d'exception de la légalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;
- a été signée par une autorité incompétente ;
La décision lui faisant interdiction de retour sur le territoire national :
- est illégale, par voie d'exception de la légalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;
- a été signée par une autorité incompétente ;
- est insuffisamment motivée ;
- est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de leurs conséquences sur sa situation personnelle ;
La décision d'assignation à résidence :
- est illégale, par voie d'exception de la légalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français ;
- a été signée par une autorité incompétente.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 février 2023, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- la convention internationale des droits de l'enfant,
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code des relations entre le public et l'administration,
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991,
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Grondin, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. C,
- les observations de Me Pérès, substituant Me Maral, représentant M. A qui abandonne l'ensemble des moyens tirés de l'incompétence de l'auteur des décisions litigieuses, et soutient en outre qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public ;
- et les explications de M. A.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant albanais né le 27 février 1989, est entré une première fois en France le 4 mai 2012 selon ses déclarations. Sa demande d'admission au séjour au titre de l'asile a été rejetée par une décision de l'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) du 13 juin 2017. Le 14 novembre 2018, il a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français exécutée le 9 mai 2019. M. A a par la suite rejoint le territoire national une seconde fois le 10 juin suivant. Le 14 janvier 2021, il a fait l'objet d'un refus de titre de séjour et d'une nouvelle obligation de quitter le territoire français. Par la présente requête, il demande au tribunal d'annuler les arrêtés du 15 février 2023 par lesquels le préfet du Finistère lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit, et lui a interdit de tout retour sur le territoire national pour une durée de trois ans, d'une part, et l'a assigné à résidence dans la commune de Quimper pour une durée de quarante-cinq jours, d'autre part.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".
3. M. A justifiant avoir présenté une demande d'aide juridictionnelle le 17 février 2023 sur laquelle il n'a pas encore été statué, il y a lieu, de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions d'annulation :
En ce qui concerne la décision d'obligation de quitter le territoire français :
4. En premier lieu, l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français vise les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la convention de Schengen du 19 juin 1990 et notamment son article 96, l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, ainsi que les articles L. 611-1 à L. 613-8, L. 614-1, L. 711-1, L. 711-2, L. 721-3 à L. 721-5, L. 722-3, L. 722-7 et R. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet a fait application et qui constituent la base légale des décisions qu'il contient. Par ailleurs, cet arrêté précise en quoi la situation de M. A justifie qu'il fasse l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, sans délai de départ volontaire, en quoi il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale, et en quoi il peut faire l'objet d'une interdiction de retour sur le territoire national. Enfin, et contrairement à ce que le requérant allègue, l'arrêté litigieux fait expressément état de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant avant de conclure que " la décision prise () n'est pas de nature à compromettre l'intérêt supérieur des enfants " de l'intéressé. Dans ces conditions, les considérations de droit et de fait sont suffisamment développées pour permettre au requérant de saisir les motifs de l'arrêté et au juge d'exercer son contrôle en toute connaissance de cause. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation doit être écarté.
5. En second lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Finistère, qui n'avait pas à mentionner tous les éléments de la vie privée et familiale de M. A mais seulement ceux sur lesquels il s'est fondé pour prendre la décision litigieuse, aurait entaché l'obligation de quitter le territoire français d'un défaut d'examen particulier de la situation personnelle du requérant.
6. En troisième lieu, M. A soutient que la décision litigieuse est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas justifié qu'il a été entendu préalablement à l'édiction de l'arrêté attaqué, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. A a été entendu par les services du commissariat de police de Quimper lors d'une audition qui s'est tenue le 14 février 2023, soit avant l'édiction de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français. À cette occasion, il a pu faire valoir tous les éléments utiles quant à sa situation et celle de sa famille, et a également pu soumettre à l'administration tous éléments relatifs à sa situation, susceptibles d'influer sur le sens de la décision attaquée, notamment son état de santé. Le procès-verbal de l'audition ne démontre pas que le requérant ait été privé de la possibilité d'informer le préfet de toute information jugée utile. Suite à cette audition, il n'a pas porté de nouvelles informations le concernant à la connaissance du préfet. Par suite, ce moyen doit être écarté.
7. En quatrième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public () ".
8. M. A soutient qu'il ne pouvait faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français dès lors que son comportement ne constitue par une menace pour l'ordre publique. Toutefois, d'une part, il est constant que l'obligation de quitter le territoire français litigieuse a été prise sur le quadruple fondement du 2°, 3°, 4° et 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et le requérant ne conteste pas qu'il s'est maintenu sur le territoire national sans être titulaire d'un titre de séjour, qu'il s'est vu refuser la délivrance d'un renouvellement de titre de séjour et que la qualité de réfugié lui a été définitivement refusée après la confirmation du rejet de sa demande d'asile par la cour nationale du droit d'asile. D'autre part et en tout état de cause, il ressort des pièces du dossier qu'un jugement du tribunal judiciaire de Quimper du 18 mai 2021 l'a condamné à une peine de vingt-quatre mois d'emprisonnement pour des faits d'usage illicite de stupéfiants, transport non autorisé de stupéfiant, détention non autorisée de stupéfiants, offre ou cession non autorisée de stupéfiants et acquisition non autorisée de stupéfiants, et qu'il est en outre défavorablement connu des forces de police pour des faits de conduite de véhicule sous l'empire d'un état alcoolique, de conduite de véhicule sans permis, de conduite de véhicule à moteur malgré une suspension de son permis, et qu'il a encore été placé en garde à vue le 14 février 2023 pour des nouveaux faits de conduite de véhicule à moteur malgré une suspension de son permis, de conduite sous stupéfiants. Compte tenu de la gravité de ces faits et de la condamnation, de leur caractère récent et de leur réitération, le comportement de M. A doit être regardé comme étant constitutif de menaces pour l'ordre public, alors même qu'il aurait bénéficié d'une libération anticipée pour bonne conduite et qu'il s'est investi en détention pour préparer sa réinsertion. Par suite, ce moyen sera écarté.
9. En cinquième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".
10. M. A soutient que la décision litigieuse méconnaît ces stipulations et fait valoir qu'il vit en France depuis plus de dix ans et que sa femme, sa belle-mère et ses quatre enfants, tous nés en France en 2012, 2013, 2016 et 2020, y vivent également, qu'il est parfaitement intégré, parle français et manifeste une réelle volonté de passer sa vie en France, sa femme justifiant d'ailleurs être en cours de régularisation. Il ressort toutefois des pièces du dossier que M. A, qui ne dispose pas de son propre logement, est arrivé irrégulièrement en France le 4 mai 2012, que ses demandes d'asile successives ont été rejetées comme celles de son épouse, que la délivrance d'un titre de séjour pour raisons de santé ne lui donnait pas vocation à s'installer durablement sur le territoire et qu'il a déjà fait l'objet à deux reprises d'obligation de quitter le territoire français dont la légalité a été confirmée par deux jugement du tribunal administratif de Rennes. Par ailleurs, son épouse a également fait l'objet de mesures d'éloignement dont la légalité a été confirmée par le tribunal administratif de Rennes, alors que sa demande de titre de séjour lui ayant permis de bénéficier d'un récépissé de demande est postérieure à l'arrêté litigieux. En outre, M. A, qui n'est revenu que récemment et irrégulièrement sur le territoire, ne justifiait pas avant son éloignement d'une intégration particulière au sein de la société alors que par son comportement il avait troublé l'ordre public et n'exerçait pas d'activité professionnelle durable, ainsi que l'ont rappelé tant le préfet dans l'arrêté attaqué que les jugements précités. Enfin, il n'établit pas être dépourvu de toute attache dans son pays d'origine où il a vécu la majeure partie de sa vie et où résident ses parents. Au regard de l'ensemble de ces éléments, et alors que la situation du requérant et de sa famille n'a pas changé depuis son retour sur le territoire, le préfet du Finistère n'a pas, en décidant d'obliger M. A à quitter le territoire français, porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
11. En sixième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
12. Ainsi qu'il a été dit au point 8, M. A a vocation à poursuivre sa vie familiale en Albanie avec l'ensemble de sa famille dès lors que son épouse, avec laquelle il ne réside pas, n'est pas titulaire d'un titre de séjour l'autorisant à résider en France. L'arrêté attaqué n'a donc ni pour objet ni pour effet de séparer M. A de ses enfants qui ont vocation à suivre leurs parents. M. A ne fait état d'aucun obstacle suffisamment sérieux et fondé à ce que ses enfants soient scolarisés ou puissent poursuivre leurs activités périscolaires dans leur pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ne peut qu'être écarté, alors même que ses quatre enfants sont nés en France et y sont scolarisés.
En ce qui concerne la décision de refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :
13. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux point 4 à 12 que les moyens dirigés à l'encontre de la décision faisant obligation à M. A de quitter le territoire français ne sont pas fondés. Par suite, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de ce que la décision refusant un délai de départ volontaire est illégale, par voie d'exception de la légalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français.
14. En deuxième lieu, le moyen tiré de ce que la décision litigieuse serait insuffisamment motivée doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux invoqués au point 4.
15. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Finistère, qui n'avait pas à mentionner tous les éléments de la vie privée et familiale de M. A mais seulement ceux sur lesquels il s'est fondé pour prendre la décision litigieuse, aurait entaché l'obligation de quitter le territoire français d'un défaut d'examen particulier de la situation personnelle du requérant.
16. En quatrième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français () ; 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement () ".
17. Il ressort des pièces du dossier que la décision attaquée a été prise sur le fondement du 1° et du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que du 4° et du 5° de l'article L. 612-3 de ce code. Ainsi qu'il a été dit au point 8, le comportement de M. A doit être regardé comme étant constitutif de menaces pour l'ordre public. Il entre ainsi dans le champ d'application des dispositions du 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par ailleurs, il a déclaré lors de son audition du 14 février 2023 ne pas vouloir retourner dans son pays d'origine et rester en France pour ses enfants. Il existe donc un risque qu'il se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français. Dans ces conditions, alors même qu'il ne peut être regardé comme s'étant soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement dès lors qu'il a exécuté la première obligation de quitter le territoire français dont il a fait l'objet et qu'il ne pouvait exécuté la seconde au motif qu'il était incarcéré, le préfet aurait pris la même décision en se fondant uniquement sur le 1° et le 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et sur le 4° de l'article L. 612-3 de ce code. Par suite, il n'établit pas qu'il ne pouvait légalement pas faire l'objet d'un refus de délai de départ volontaire, ni que le préfet aurait entaché sa décision litigieuse d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :
18. Il résulte de ce qui a été dit aux point 4 à 12 que les moyens dirigés à l'encontre de la décision faisant obligation à M. A de quitter le territoire français ne sont pas fondés. Par suite, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de ce que la décision refusant un délai de départ volontaire est illégale, par voie d'exception de la légalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire national :
19. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".
20. Il ressort des pièces du dossier, que l'interdiction de retour sur le territoire national pour une durée de trois ans a été prise aux motifs que l'intéressé ne bénéficie pas d'un délai de départ volontaire et ne justifie pas de circonstances humanitaires. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et notamment d'attestations de ses enfants que M. A va les chercher régulièrement à la sortie de l'école et participe à hauteur de ses moyens à leur entretien. Dans ces conditions, il doit être regardé comme participant à leur éducation et à leur entretien et partant, comme justifiant de circonstances humanitaires de nature à entacher la décision d'interdiction de retour sur le territoire national d'erreur manifeste d'appréciation. Par suite, il y a lieu d'annuler cette décision sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête dirigés à son encontre.
En ce qui concerne la décision d'assignation à résidence :
21. Il résulte de ce qui a été dit aux point 4 à 12 que les moyens dirigés à l'encontre de la décision faisant obligation à M. A de quitter le territoire français ne sont pas fondés. Par suite, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de ce que la décision d'assignation à résidence est illégale, par voie d'exception de la légalité de la décision d'obligation de quitter le territoire français.
22. Il résulte de ce qui a été dit aux points 4 à 21 que M. A est uniquement fondé à solliciter l'annulation de l'arrêté du 15 février 2023 portant obligation de quitter le territoire français en tant qu'il lui fait interdiction de tout retour sur le territoire national pour une durée de trois ans. Par suite, il y a lieu de rejeter le surplus des conclusions d'annulation de la requête.
Sur les conclusions d'injonction :
23. Le présent jugement, qui rejette les conclusions d'annulation présentées par M. A à l'exception des conclusions dirigées à l'encontre de la décision d'interdiction de retour sur le territoire national, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite et en tout état de cause, il n'y a pas lieu d'enjoindre au préfet du Finistère de lui restituer tous documents le concernant.
Sur les frais liés à l'instance :
24. M. A ayant été admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle, son avocat peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Toutefois, il n'y pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros que M. A sollicite au profit de son conseil.
DÉCIDE :
Article 1er : L'arrêté du préfet du Finistère du 15 février 2023 portant obligation de quitter le territoire français est annulé en tant qu'il fait interdiction à M. A de retour sur le territoire français.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Maral et au préfet du Finistère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 février 2023.
Le magistrat désigné,
signé
T. CLa greffière d'audience,
signé
A. Gauthier
La République mande et ordonne au préfet du Finistère, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026