jeudi 25 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2301032 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | VERVENNE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 23 février 2023 et le 18 avril 2023, M. A D C, représenté par Me Hannes Vervenne, avocat, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 24 octobre 2022 par lequel le préfet du Finistère lui refuse la délivrance d'un titre de séjour, l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixe le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet du Finistère, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou " salarié " ou " travailleur temporaire ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation privée et familiale et, dans l'attente, de lui délivrer, dans un délai de trois jours, un récépissé valant autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'État le paiement au profit de son conseil d'une somme de 2 000 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- s'agissant de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
- elle a été signée par une autorité dont il n'est pas établi qu'elle disposait d'une délégation de signature ;
- le préfet a commis une erreur de droit dans l'application des dispositions de l'article
L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi qu'une erreur manifeste d'appréciation, dès lors qu'il a été placé auprès des services de l'aide sociale à l'enfance avant l'âge de seize ans, qu'il souhaite exercer une activité professionnelle en France et qu'il justifie du caractère réel et sérieux du suivi de la formation dans laquelle il est inscrit ;
- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les conséquences excessives de sa décision sur sa vie privée et familiale, le centre de ses intérêts personnels et familiaux se situant désormais en France ;
- s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- la décision refusant de lui délivrer un titre de séjour étant illégale, la décision portant obligation de quitter le territoire français se trouve en conséquence privée de base légale ;
- cette décision est insuffisamment motivée, notamment au regard des risques encourus au titre de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et ne comporte pas un examen de sa situation personnelle ;
- s'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- la décision l'obligeant à quitter le territoire français étant illégale, la décision fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office se trouve en conséquence privée de base légale ;
- cette décision est insuffisamment motivée, le préfet s'étant abstenu d'examiner sa situation au regard des dispositions de l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 avril 2023, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. C n'est fondé.
M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 janvier 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n°2020-1717 du 28 décembre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Thalabard,
- et les observations de Me Peres, substituant Me Vervenne, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. A D C, ressortissant égyptien né le 22 août 2004 à Gharbeya (Egypte), est entré en France, selon ses déclarations, en novembre 2019, alors qu'il était âgé de quinze ans. Par un jugement en assistance éducative du 21 août 2020, le tribunal pour enfant B a confié l'adolescent aux services de l'aide sociale à l'enfance. Le
21 juin 2022, M. C a sollicité son admission au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la présente requête, il demande l'annulation de l'arrêté du 24 octobre 2022 par lequel le préfet du Finistère lui refuse la délivrance d'un titre de séjour, l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixe le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance ou à un tiers digne de confiance au plus tard le jour de ses seize ans se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Cette carte est délivrée sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de la formation qui lui a été prescrite, de la nature des liens de l'étranger avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil ou du tiers digne de confiance sur son insertion dans la société française. ".
3. Lorsqu'il examine une demande de titre de séjour de plein droit portant la mention " vie privée et familiale ", présentée sur le fondement de ces dispositions, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public et qu'il a été confié, depuis qu'il a atteint au plus l'âge de seize ans, au service de l'aide sociale à l'enfance. Si ces conditions sont remplies, il ne peut alors refuser la délivrance du titre qu'en raison de la situation de l'intéressé, appréciée de façon globale au regard du caractère réel et sérieux du suivi de sa formation, de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Le juge de l'excès de pouvoir exerce sur cette appréciation un entier contrôle.
4. Il ressort des pièces du dossier que M. C est arrivé en France en novembre 2019, après avoir quitté l'Egypte par avion à destination de l'Allemagne, muni d'un passeport revêtu d'un visa de court séjour, valable du 28 octobre au 26 novembre 2019, délivré par les autorités allemandes. Il a été confié à compter du 30 mars 2020 aux services de l'aide sociale à l'enfance du département du Finistère, par une ordonnance de placement provisoire du Procureur de la République du tribunal judiciaire B, alors qu'il était âgé de 15 ans et 7 mois. Ce placement auprès des services de l'aide sociale à l'enfance a été confirmé par un jugement en assistance éducative du juge des enfants de ce même tribunal du 21 août 2020.
5. Si le préfet du Finistère a constaté, après vérification des empreintes digitales de
M. C, que l'intéressé était enregistré dans la base de données Visabio, sous la même identité, pour avoir sollicité et obtenu un visa de court séjour auprès des autorités allemandes, il ne saurait toutefois déduire des conditions dans lesquelles le requérant est entré en France, par l'intermédiaire d'un passeur qui l'attendait à son arrivée en Allemagne, que le jeune homme aurait bénéficié d'une prise en charge de l'aide sociale à l'enfance sur la base de déclarations frauduleuses. Les conditions de son entrée sur le territoire français sont expressément exposées dans le bilan de minorité, rédigé par le responsable de service éducatif du département du Finistère et joint à sa demande de titre de séjour. Dès lors, il ne saurait être contesté, sans ajouter une condition aux dispositions précitées de l'article L. 423-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que M. C est arrivé en tant que mineur âgé de quinze ans sur le territoire français, où il s'est trouvé isolé. La circonstance que la demande de visa déposée auprès des autorités allemandes nécessitait l'accord d'une personne disposant de l'autorité parentale sur M. C est, à cet égard, sans incidence.
6. De même, le préfet ne pouvait tirer aucune conséquence du fait que la demande de titre de séjour aurait été effectuée le 21 juin 2022, alors que M. C était âgé de 17 ans et neuf mois, les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoyant seulement que la délivrance du titre de séjour intervient dans l'année qui suit le dix-huitième anniversaire de l'étranger ou encore du fait que le requérant n'aurait pas expressément indiqué dans sa demande souhaiter exercer une activité professionnelle, en évoquant la possibilité de poursuivre une formation qualifiante.
7. Il ressort, par ailleurs, des pièces du dossier et notamment de l'avis de la structure d'accueil à laquelle il a été confié, que M. C est un adolescent très respectueux et très honnête mais qui manque de confiance en lui et peine à s'affirmer. Surtout, alors qu'il ne maîtrisait pas la langue française à son arrivée sur le territoire, il n'a pu bénéficier d'aucun enseignement effectif pendant plus d'une année, n'ayant été scolarisé en classe de troisième qu'en février 2020, un mois avant le début de la crise sanitaire et le premier confinement qui en a résulté, et n'ayant pas été autorisé à une nouvelle scolarisation en classe de troisième à la rentrée scolaire de septembre 2020. Il a alors été contraint de choisir une orientation professionnelle et a attendu février 2021 pour obtenir une place au lycée de Pleyben pour une formation en vue de l'obtention du certificat d'aptitude professionnelle (CAP) de maçonnerie, formation choisie par défaut dans l'attente qu'une place se libère pour une formation en vue de l'obtention du CAP de Monteur des installations sanitaires dans le même établissement. Le requérant n'a pu rejoindre cette formation en CAP de Monteur des installations sanitaires qu'en octobre 2021, sans que celle-ci ne réponde totalement à ses attentes et alors qu'il conservait des lacunes importantes dans sa maîtrise de la langue française. Si ses résultats scolaires et les absences relevées au cours de cette première année effective de formation reflètent les difficultés rencontrées par le requérant, M. C a néanmoins été admis en deuxième année de cette formation au titre de l'année scolaire 2022-2023. Le responsable du service éducatif qui suit le jeune homme souligne, sans être contesté, que les périodes de stage liées à sa formation se sont bien passées, M. C s'étant montré ponctuel, sérieux et désireux d'apprendre. Il bénéficie, en outre, depuis sa majorité d'un contrat de jeune majeur lui permettant d'être accompagné dans ses démarches et sa formation par le département du Finistère. Ainsi, et eu égard au contexte très particulier dans lequel la formation de M. C a débuté, marqué en 2020 et 2021, par la crise sanitaire et une inscription dans une formation inadaptée, il ne pouvait se déduire des documents produits au soutien de la demande de titre de séjour du requérant un défaut de suivi sérieux de la formation dans laquelle il est inscrit.
8. Enfin, la seule circonstance que l'intéressé n'aurait pas établi être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine, ce qui ne ressort pas, au demeurant, des pièces du dossier, ne saurait constituer un motif de refus de sa demande de titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 422-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lesquelles ne prévoient pas de condition tenant à l'absence de tout lien avec la famille restée dans le pays d'origine.
9. Par suite, il résulte de ce qui précède que le préfet du Finistère a entaché la décision par laquelle il a refusé de délivrer un titre de séjour à M. C d'une erreur d'appréciation quant à l'appréciation globale de la situation de l'intéressé. M. C est, dès lors, fondé à demander l'annulation de cette décision. Les décisions du même jour obligeant M. C à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et désignant le pays de destination doivent également être annulées, par voie de conséquence.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. Par application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, il y a lieu, sous réserve d'un changement dans la situation de droit ou de fait de l'intéressé, d'enjoindre au préfet du Finistère de délivrer à M. C un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de le munir d'une autorisation provisoire de séjour, lui permettant de travailler.
Sur les frais liés au litige :
11. M. C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi susvisée du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et, sous réserve que l'avocat du requérant renonce à percevoir la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à
Me Vervenne.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 24 octobre 2022 du préfet du Finistère concernant M. C est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Finistère de délivrer à M. C un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter du présent jugement et de le munir, dans l'attente, d'une autorisation provisoire de séjour lui permettant de travailler.
Article 3 : L'Etat versera à Me Vervenne, avocat de M. C, la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celui-ci renonce à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, à Me Hannes Vervenne et au préfet du Finistère.
Délibéré après l'audience du 11 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Vergne, président,
Mme Thalabard, première conseillère,
M. Blanchard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mai 2023.
La rapporteure,
Signé
M. Thalabard
Le président,
Signé
G.-V. VergneLa greffière,
Signé
I. Le Vaillant
La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026