mardi 28 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2301034 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Eloignement urgent |
| Avocat requérant | GAIDOT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 23 février 2023 M. B C représenté par Me Gaidot, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 21 février 2023 par lequel le préfet du Morbihan l'oblige à quitter le territoire français sans délai et lui fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;
3°) d'annuler l'arrêté du 21 février 2023 par lequel le préfet du Morbihan l'assigne à résidence, l'astreint à se présenter une fois par jour au commissariat de Vannes et lui fait interdiction de sortir de la commune de Lorient sans autorisation sauf dans les cas qu'il prévoit ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son avocate sur le fondement de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français sans délai :
- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'arrêté attaqué ;
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- il n'a pas été précédé d'un examen complet de sa situation ;
- cet arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
- il bénéficie de circonstances humanitaires faisant obstacle au prononcé de cette mesure ;
En ce qui concerne l'assignation à résidence :
- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'arrêté attaqué ;
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- il est entaché d'un défaut d'examen complet de sa situation ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 février 2023, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.
Le préfet fait valoir que les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur des arrêtés attaqués manquent en fait et que les autres moyens ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Allex, première conseillère, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les observations de Me Gaidot, représentant M. C qui développe les moyens de sa requête ;
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
Sur l'aide juridictionnelle :
1. M. C justifiant avoir introduit une demande devant le bureau de l'aide juridictionnelle, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :
2. Il ressort des pièces du dossier que, par arrêté du 29 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Morbihan a donné délégation à Mme E D, attachée d'administration, cheffe du bureau des étrangers et de la nationalité à l'effet de signer les décisions attaquées. Les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées doivent donc être écartés.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français sans délai :
3. En premier lieu l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il décrit la situation administrative de M. C et les principaux éléments de sa situation personnelle. Il mentionne la situation professionnelle de M. C, la circonstance qu'il est célibataire et sans enfant et indique qu'il n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Il mentionne par ailleurs qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à la situation personnelle et familiale de M. C, que celui-ci n'apporte pas la preuve effective d'un éventuel danger pour sa vie en cas de retour dans son pays d'origine et que l'arrêté ne contrevient pas aux articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. La circonstance que le préfet d'Ille-et-Vilaine ait reproduit les déclarations de M. C sur sa situation professionnelle sans préciser que la réalité de cette situation était établie par la production de ses bulletins de salaire, celle qu'il n'ait pas fait état de la présence en France du frère et de la nièce du requérant et celle, pour regrettable qu'elle soit, que le considérant 11 de l'arrêté mentionne par erreur le nom d'un tiers, ne sont pas de nature à démontrer une insuffisance de motivation de cet arrêté. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Morbihan n'aurait pas procédé à un examen suffisamment complet de la situation de M. C avant l'édiction des décisions attaquées. Par suite, les moyens tirés d'une insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué et d'un défaut d'examen de la situation du requérant doivent être écartés.
4. En second lieu, il ressort des pièces du dossier que M. C est entré irrégulièrement en France en octobre 2020 soit à une date récente. Si l'intéressé démontre être employé depuis novembre 2021 dans un salon de coiffure en qualité de coiffeur barbier dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée, il n'est toutefois détenteur d'aucune autorisation de travail et a fait l'objet d'une audition par les services de police le 8 février 2023 dans le cadre d'une procédure diligentée pour emploi d'un étranger sans titre et aide au séjour irrégulier. Bien que M. C soit depuis son arrivée en France hébergé par son frère titulaire d'une carte de résident, il n'est pas établi qu'il serait dépourvu de toute attache familiale ou personnelle en Tunisie où il a vécu jusqu'à l'âge de 40 ans. Dans ces conditions, en prenant à son encontre une mesure d'obligation de quitter le territoire français sans délai, le préfet du Morbihan n'a pas porté au droit de M. C au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cet arrêté a été pris, et n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'est pas davantage établi que le préfet du Morbihan aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de son arrêté sur la situation personnelle de l'intéressé.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
5. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". L'article L. 612-10 du même code prévoit : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
6. Contrairement à ce que soutient M. C, les éléments de sa situation personnelle tels que décrits au point 4 ne permettent pas de caractériser des circonstances humanitaires au sens des dispositions précitées de l'article L. 612-6.
En ce qui concerne l'assignation à résidence :
7. Aux termes de l'article L. 730-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, dans les conditions prévues au présent titre, assigner à résidence l'étranger faisant l'objet d'une décision d'éloignement sans délai de départ volontaire ou pour laquelle le délai de départ volontaire imparti a expiré et qui ne peut quitter immédiatement le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 731-1 du même code : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ".
8. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il mentionne l'obligation de quitter le territoire français sans délai dont M. C fait l'objet, indique qu'il présente des garanties propres à prévenir le risque qu'il se soustraie à cette obligation, que son éloignement demeure une perspective raisonnable et qu'il a été procédé à un examen approfondi de sa situation au vu de ses déclarations et des éléments produits. Si le requérant soutient sans plus de précision, que le préfet du Morbihan n'a pas pris en compte son état de santé, il ne justifie pas avoir porté à sa connaissance des informations particulières sur ce point. Dans ces conditions, les moyens tirés d'une insuffisante motivation de l'arrêté attaqué et d'un défaut d'examen complet par le préfet du Morbihan de la situation de M. C doivent être écartés.
9. En deuxième lieu, M. C ne produit aucun élément au soutien de ses allégations selon lesquelles la mesure d'assignation à résidence dont il fait l'objet, qui n'a ni pour objet ni pour effet de l'éloigner du territoire français, et l'obligation de se présenter tous les jours à 17 heures sauf le week-end et les jours fériés au commissariat de police de Vannes dont elle est assortie, seraient de nature à porter à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels ces mesures ont été prises. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc être écarté. Il n'est pas davantage établi que le préfet du Morbihan aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de l'arrêté attaqué sur la situation personnelle de M. C.
10. En dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté comme non assorti des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.
11. Il résulte de tout ce qui précède, que la requête de M. C doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D É C I D E :
Article 1er : M. C est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. C est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet du Morbihan.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 février 2023.
La magistrate désignée,
signé
A. A La greffière d'audience,
signé
J. Jubault
La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026