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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2301060

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2301060

mardi 7 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2301060
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement urgent
Avocat requérantGOURLAOUEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 février 2023, M. C A, représenté par Me Gourlaouen, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 15 février 2023 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office ;

3°) d'annuler l'arrêté du 22 février 2023 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a assigné à résidence ;

4°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de réexaminer sa situation dans un délai de trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son avocate sur le fondement de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen suffisant de sa situation ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- il méconnait l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnait l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- il méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision d'assignation à résidence est illégale par suite de l'illégalité de la décision fixant le pays de renvoi.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 février 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Gosselin, président premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Le greffe du tribunal a informé M. A, par téléphone, au numéro communiqué par son conseil, des date et heure de l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- les observations de Me Gourlaouen, représentant M. A, qui reprend ses écritures en indiquant qu'il encourt des risques en cas de retour dans son pays ou en Italie.

Le préfet d'Ille-et-Vilaine n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A justifiant avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

2. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté vise les articles L. 611-12, et L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont le préfet a fait application et mentionne l'interdiction judiciaire du territoire d'une durée de dix ans dont il fait l'objet et l'absence d'élément permettant d'établir qu'il serait exposé à des risques contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays. L'arrêté comporte ainsi les éléments de droit et de fait qui le fondent. Il est donc suffisamment motivé.

3. Cette motivation et l'ensemble des considérants de l'arrêté permettent de vérifier que le préfet, qui a pris en compte la situation de l'intéressé au regard de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dans son ensemble, a procédé à un examen suffisant de la situation de M. A, notamment de sa situation familiale.

4. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A est admissible en Italie, pays dans lequel il résidait depuis sa sortie de prison et s'il fait état de la menace que représente un de ses oncles pour sa fille, il ne l'établit pas en l'absence de tout élément probant et ne démontre pas plus qu'il ne pourrait bénéficier de l'assistance des autorités publiques dans ce pays européen. Dans ces conditions et même si l'intéressé ne pourrait être reconduit au Mali, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

6. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales aux termes desquelles : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Dans son principe, la reconduite à la frontière de M. A est la conséquence nécessaire de l'interdiction du territoire français prononcée par le juge pénal, qui emporte de plein droit cette mesure, que le préfet était ainsi tenu de prononcer alors même que l'intéressé envisageait de présenter une demande de relèvement de cette interdiction. Dans ces conditions, l'arrêté préfectoral ne porte pas lui-même atteinte au droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale, les effets attachés à la mesure d'éloignement litigieuse découlant en réalité du prononcé par le juge pénal de la peine d'interdiction du territoire. Au demeurant, si M. A est en couple avec une compatriote titulaire d'une carte de résident et père d'une enfant bénéficiant du statut de réfugié, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a été condamné en septembre 2016 à une peine d'emprisonnement de deux ans pour aide à l'entrée et au séjour irrégulier d'étrangers en France justifiant ainsi l'ingérence par l'autorité publique dans le droit de M. A au respect de sa vie privée et familiale rendue nécessaire à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit donc, en tout état de cause, être écarté. Pour les mêmes motifs, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet d'Ille-et-Vilaine ait commis une erreur manifeste d'appréciation.

8. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

9. La présente décision ne fait pas obstacle à ce que M. A s'installe en Italie avec sa famille et il n'établit pas l'existence du risque qu'il allègue encourir en cas de retour dans son pays. L'arrêté n'a ni pour objet ni pour effet de le séparer de son enfant qui résidait avec lui à Gènes antérieurement à son entrée en France en 2020. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit également être écarté.

10. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que doit être écarté le moyen invoqué par M. A tiré de ce que la décision d'assignation à résidence devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision fixant le pays de destination.

11. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des arrêtés du 15 février 2023 portant fixation du pays de renvoi et du 22 février 2023 portant assignation à résidence.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

12. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais du litige :

13. Ces dispositions font obstacle à l'octroi d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens à la partie perdante. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions de la requête présentées par M. A sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. A est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mars 2023.

Le magistrat désigné,

signé

O. BLa greffière d'audience,

signé

A. Gauthier

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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