lundi 20 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2301090 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCATS LE STRAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 26 février et 15 mars 2023, M. B C, représenté par Me Le Strat, demande au juge des référés :
1°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision du préfet d'Ille-et-Vilaine du 7 février 2023 portant refus de renouvellement de son récépissé de demande de titre de séjour ;
2°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine, à titre principal, de lui délivrer le récépissé sollicité et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa demande ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à verser à son avocate contre sa renonciation à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.
Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :
- la condition tenant à l'urgence est satisfaite, dès lors que la décision en litige porte une atteinte grave et immédiate à sa situation administrative et professionnelle ; il ne peut plus justifier de la régularité de son séjour, alors que le statut de réfugié lui a été reconnu par décision de la Cour nationale du droit d'asile du 3 novembre 2011 ; il ne peut plus poursuivre son activité professionnelle et il va perdre le bénéfice de son allocation adulte handicapé, alors qu'il est père de sept enfants, dont cinq mineurs ;
- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige, dès lors que :
* elle est entachée d'incompétence ;
* elle méconnaît les dispositions de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; son dossier de demande de renouvellement de sa carte de réfugié a été enregistré et un récépissé lui a précédemment été délivré, ce qui établit que son dossier était complet ; la délivrance d'un récépissé est donc de droit ;
* elle est entachée d'erreur de droit et méconnaît les dispositions des articles R. 431-10 et R. 431-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : la présentation d'un passeport en cours de validité ne fait pas partie des pièces devant être produites à l'appui d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour ; au demeurant, il ne pouvait aucunement être en possession d'un passeport en cours de validité, puisque cela serait revenu à réclamer la protection de son pays, alors même qu'il a le statut et la qualité de réfugié ;
* sa demande de renouvellement de sa carte de résident est toujours en cours d'instruction, ainsi que cela ressort du courrier du 10 février 2023 ;
* la circonstance que le statut de réfugié lui ait été retiré ne permet pas de légalement refuser le renouvellement d'un récépissé de demande de titre de séjour ; le préfet est tenu de lui délivrer un récépissé, le temps de l'instruction de sa demande ;
* le renouvellement d'une carte de résident est de droit, sans qu'ait d'incidence la circonstance que le statut de réfugié lui ait été retiré par l'OFPRA ; au demeurant, la décision de l'OFPRA du 22 décembre 2022 n'est pas définitive, de sorte qu'il est toujours titulaire du statut de réfugié ; il a déposé une demande d'aide juridictionnelle devant la CNDA ; seule une décision définitive de retrait du statut de réfugié permet de retirer une carte de résident, outre qu'un tel retrait ne peut intervenir lorsque l'étranger réside régulièrement en France depuis cinq ans.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mars 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- M. C a perdu son statut de réfugié par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 22 décembre 2022, notifiée le 13 janvier 2023, de sorte qu'il ne peut prétendre au renouvellement de sa carte de résident ni à la délivrance d'un récépissé à ce titre ;
- l'une de ses filles ayant obtenu la nationalité française, il peut toutefois solliciter la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français et doit déposer un dossier en ce sens, de manière dématérialisée, sur le site dédié.
Vu :
- la requête au fond n° 2301062, enregistrée le 23 février 2023 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Thielen, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 16 mars 2023 :
- le rapport de Mme A,
- les observations de Me Semino, substituant Me Le Strat, représentant M. C, qui conclut aux mêmes fins que les écritures, par les mêmes moyens qu'il développe ;
- les explications de M. C.
Le préfet d'Ille-et-Vilaine n'était pas présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant géorgien né le 26 avril 1978, est entré en France le 29 novembre 2005 et y réside régulièrement sous couvert d'une carte de résident délivrée le 27 août 2012 et valable jusqu'au 26 août 2022, la qualité de réfugié lui ayant été reconnue par décision de la Cour nationale du droit d'asile du 3 novembre 2011. L'intéressé a sollicité le renouvellement de sa carte de résident le 7 avril 2022 et s'est vu remettre un récépissé de demande de renouvellement de son titre de séjour, valable du 6 avril au 7 novembre 2022, renouvelé jusqu'au 6 février 2023. Il a sollicité le renouvellement de son récépissé, refusé à l'issue d'un rendez-vous en préfecture le 7 février 2023, un courrier du service instructeur daté du 10 février 2023 lui demandant par ailleurs la transmission d'un passeport en cours de validité. M. C a saisi le tribunal d'un recours en annulation contre la décision de refus de renouvellement de son récépissé et, dans l'attente du jugement au fond, demande au juge des référés d'en suspendre l'exécution.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président () ".
3. M. C justifie avoir déposé une demande d'aide juridictionnelle. Il y a par suite lieu, en application des dispositions précitées, de prononcer son admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions aux fins de suspension :
4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne l'urgence :
5. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.
6. Il résulte de l'instruction que le refus de renouvellement de son récépissé opposé par le préfet d'Ille-et-Vilaine à M. C a pour objet et effet de le placer dans une situation irrégulière, le temps de la finalisation de l'examen de sa demande de renouvellement de sa carte de résident, alors même que son dossier a été enregistré et mis à l'instruction et que l'intéressé réside habituellement en France depuis presque 18 ans et régulièrement depuis plus de 10 ans. La décision en litige fait également obstacle à ce qu'il poursuive son activité professionnelle, ainsi qu'au versement à son bénéfice de l'allocation adulte handicapé, alors même qu'il a sept enfants, dont cinq mineurs à sa charge. Dans ces circonstances, la condition tenant à l'urgence doit être regardée comme satisfaite, ce que ne conteste au demeurant pas le préfet d'Ille-et-Vilaine.
En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision :
7. Aux termes de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger admis à souscrire une demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour se voit remettre un récépissé qui autorise sa présence sur le territoire pour la durée qu'il précise. Ce document est revêtu de la signature de l'agent compétent ainsi que du timbre du service chargé, en vertu de l'article R. 431-20, de l'instruction de la demande. / () ".
8. Il résulte de ces dispositions qu'en dehors du cas d'une demande à caractère abusif ou dilatoire, l'étranger qui sollicite la délivrance ou le renouvellement d'une carte de séjour a le droit, s'il a été admis à déposer un dossier de demande et s'il a déposé un dossier complet, d'obtenir, dès cet instant, un récépissé de sa demande qui vaut autorisation provisoire de séjour, ainsi qu'autorisation de travail dans les cas listés aux termes de l'article R. 431-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Seuls l'incomplétude du dossier ou le caractère abusif ou dilatoire de la demande peuvent légalement justifier un refus d'enregistrement d'un dossier de demande de délivrance ou de renouvellement de titre de séjour. Le caractère abusif ou dilatoire de la demande doit s'apprécier compte tenu d'éléments circonstanciés. À cet égard, le simple fait que l'étranger ait précédemment fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français qu'il n'a pas exécutée ne suffit pas à le caractériser.
9. Il est en l'espèce constant que le dossier de demande de renouvellement de sa carte de résident déposé par M. C a été enregistré et est encore en cours d'instruction, deux récépissés lui ayant au demeurant précédemment été délivrés, valables du 6 avril au 7 novembre 2022, puis jusqu'au 6 février 2023.
10. Si l'intéressé a été rendu destinataire d'un document, en date du 10 février 2023, lui demandant de compléter son dossier de demande en transmettant son passeport en cours de validité, ce seul document, à supposer que cela soit son objet, ne peut en tout état de cause établir l'incomplétude de son dossier de demande de renouvellement de sa carte de résident, dès lors, d'une part, que le passeport ne fait pas partie des pièces susceptibles d'être exigées d'un ressortissant étranger à l'appui d'une demande de titre de séjour, l'identité, l'état civil et la nationalité pouvant être établis au moyen d'autres documents et, d'autre part et surtout, que la transmission d'un passeport en cours de validité ne peut légalement être exigée d'un ressortissant étranger qui s'est vu reconnaître la qualité de réfugié plus de dix ans auparavant.
11. Si, par ailleurs, le préfet d'Ille-et-Vilaine fait valoir dans ses écritures en défense que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a, par décision du 22 décembre 2022, notifiée le 13 janvier 2023, mis fin au statut de réfugié de M. C en application du 2° de l'article L. 511-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, cette seule circonstance, à supposer que le préfet entende l'opposer comme motif nouveau susceptible de fonder la décision en litige, ne fait pas légalement obstacle à ce que soit renouvelé le récépissé de demande de renouvellement de carte de résident de l'intéressé, dès lors d'une part, que la décision de l'OFPRA n'est pas définitive et a fait l'objet d'un recours devant la CNDA et, d'autre part et en tout état de cause, que sa demande de renouvellement de sa carte de résident reste en cours d'instruction tant que le préfet d'Ille-et-Vilaine n'a pas statué sur son dossier, ce qu'il n'a pas fait à la date de la présente ordonnance.
12. Dans ces circonstances, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 431-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige, portant refus de renouvellement d'un récépissé de demande de renouvellement d'une carte de résident.
13. Il résulte de tout ce qui précède que M. C est fondé à demander que l'exécution de la décision du préfet d'Ille-et-Vilaine du 7 février 2023 soit suspendue, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité par une formation collégiale du tribunal, en tant qu'elle porte refus de renouvellement du récépissé de demande de renouvellement de sa carte de résident.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
14. La présente ordonnance implique qu'il soit enjoint au préfet d'Ille-et-Vilaine de délivrer à M. C un récépissé de demande de renouvellement de sa carte de résident, dans un délai de huit jours à compter de sa notification.
Sur les frais liés au litige :
15. M. C ayant été admis provisoirement à l'aide juridictionnelle, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il n'y a toutefois pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État la somme que l'intéressé demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : M. C est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : L'exécution de la décision du préfet d'Ille-et-Vilaine du 7 février 2023 est suspendue, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité par une formation collégiale du tribunal, en tant qu'elle porte refus de renouvellement du récépissé de demande de renouvellement de la carte de résident de M. C.
Article 3 : Il est enjoint au préfet d'Ille-et-Vilaine de délivrer à M. C un récépissé de demande de renouvellement de sa carte de résident dans un délai de huit jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C, à Me Le Strat et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera transmise, pour information, au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Fait à Rennes, le 20 mars 2023.
Le juge des référés,
signé
O. ALa greffière d'audience,
signé
J. Jubault
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026