jeudi 25 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2301091 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | SIDOBRE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 24 février 2023 et le 19 avril 2023, M. A B, représenté par Me Laurent Sidobre, avocat, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler l'arrêté du 24 janvier 2023 par lequel le préfet du Morbihan lui refuse la délivrance d'un titre de séjour, l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixe le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet du Morbihan de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État le paiement au profit de son conseil ainsi que de
lui-même d'une somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;
4°) de condamner l'État aux entiers dépens.
Il soutient que :
- s'agissant de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :
- elle est insuffisamment motivée et ne comporte pas un examen de sa situation personnelle ;
- le préfet a méconnu les dispositions des articles L. 424-3-2 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans la mesure où il vit depuis plusieurs années en couple avec un compatriote malgache qui a le statut de réfugié en France et qu'il justifie de l'ancienneté et de l'intensité de sa vie privée et familiale sur le territoire français ;
- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et a commis une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de sa décision pour sa situation ;
- le procès-verbal d'audition, produit par le préfet du Morbihan, doit être écarté des débats, en ce qu'il reproduit des affirmations qui ne sont pas les siennes, mais celles de la personne appréhendée et interrogée qui a usurpé son identité et a, d'ailleurs, fait l'objet d'un rappel à la loi pour ce motif ;
- s'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- elle comporte une motivation très succincte, mais surtout erronée et incomplète ;
- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et a commis une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences d'une exceptionnelle gravité de sa décision pour sa situation ;
- s'agissant de la décision fixant le pays de destination :
- elle est insuffisamment motivée ;
- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en s'abstenant d'examiner sérieusement les peines et traitements auxquels il serait exposé en cas de retour dans son pays d'origine, dans lequel l'homosexualité n'est pas acceptée, notamment pour des motifs religieux ;
- s'agissant de la décision lui imposant des mesures de surveillance :
- elle est insuffisamment motivée ;
- les décisions refusant de lui délivrer un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français étant illégales, la décision lui imposant de se présenter au commissariat se trouve en conséquence privée de base légale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 mars 2023, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 28 février 2023, fixant la contribution de l'Etat à 25 %.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Thalabard,
- et les observations de Me Sidobre, représentant M. B, présent à l'audience accompagné de M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant malgache né le 14 juin 1995 à Antananarivo (Madagascar), déclare être entré régulièrement en France le 28 août 2017, muni d'un passeport revêtu d'un visa de long séjour délivré en qualité d'étudiant valable du 18 août 2017 au
18 août 2018. A l'expiration de ce visa, un titre de séjour portant la mention étudiant lui a été délivré, pour la période du 19 août 2018 au 18 août 2019. Le 8 juin 2020, le préfet du Morbihan a cependant refusé de renouveler son titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français.
M. B s'est maintenu sur le territoire français et a sollicité, le 7 décembre 2022, son admission au séjour sur le fondement des dispositions du 2° de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par la présente requête, il demande l'annulation de l'arrêté du 24 janvier 2023 par lequel le préfet du Morbihan lui refuse la délivrance d'un titre de séjour, l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixe le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".
3. S'il est constant que M. B ne justifiait pas, à la date à laquelle il a déposé auprès des services préfectoraux une demande de titre de séjour, être lié par mariage ou par une union civile avec son compagnon auquel la qualité de réfugié a été reconnue et ainsi entrer dans les prévisions des dispositions du 2° de l'article L. 424-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile permettant la délivrance d'un titre de séjour de plein droit, il ressort des pièces du dossier que la relation du couple est antérieure à la vie commune dont ils justifient au moins à compter du mois d'août 2022, compte tenu d'un bail locatif à leurs noms pour un appartement situé à Lorient. Selon le récit de vie qu'il a transmis à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides au soutien de sa demande d'asile, M. C, le compagnon du requérant, expose avoir été victime de violences et de harcèlement homophobe à Madagascar et avoir repris contact au cours de l'année 2020 avec M. B avec lequel il avait eu une relation amoureuse avant que celui-ci ne s'installe en France en 2017 pour y poursuivre ses études. Ce dernier aurait alors facilité ses démarches pour lui permettre de le rejoindre en France puis d'y obtenir la qualité de réfugié. Si les deux hommes n'ont pu trouver dès l'arrivée en France de M. C un logement commun, ils produisent une attestation d'hébergement d'un ami qui les a accueillis à compter du 1er novembre 2020 dans son appartement situé à Lorient. M. B justifie, par ailleurs, avoir conclu, à compter du 4 septembre 2021, un contrat à durée indéterminée avec le centre Leclerc d'Hennebont où il exerce en tant qu'employé commercial. Trois de ses collègues attestent, dans le cadre de la présente instance, de son implication au sein de l'entreprise et de sa disponibilité, notamment à l'égard de ses collègues et de la clientèle. Certains de ses proches attestent, par ailleurs, de la réaction de rejet de ses parents lorsqu'il les a informés de son orientation sexuelle et des difficultés d'acceptation sociale de sa relation de couple dans son pays d'origine. Le requérant fait, par ailleurs, valoir que son projet d'union civile avec M. C est retardé dans l'attente de la réponse de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides à la demande de délivrance d'un acte d'état civil à son compagnon. M. B développe, ainsi, des éléments suffisamment précis, assortis de pièces justificatives, permettant d'établir la réalité et l'intensité de ses attaches personnelles en France. Au regard de cette situation, le préfet du Morbihan ne pouvait se contenter de considérer que M. B n'étant pas dépourvu d'attaches familiales à l'étranger, compte tenu du fait qu'il a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de 22 ans, pour considérer que la décision par laquelle il refusait de lui délivrer un titre de séjour ne portait pas une atteinte disproportionnée à sa situation personnelle et à sa vie familiale. En outre, si le préfet du Morbihan entend se prévaloir des déclarations qui auraient été faites par l'intéressé, interrogé le 15 octobre 2020 dans le cadre d'une audition par les services de gendarmerie, M. B justifie avoir été victime d'une usurpation d'identité et avoir porté plainte contre la personne qui a été auditionnée sous son identité. Il est dès lors fondé à soutenir que le préfet ne pouvait fonder son appréciation de sa situation sur les mentions de ce procès-verbal d'audition, au demeurant ancien. Par suite, M. B, qui a suffisamment démontré que le centre de ses intérêts privés se situe désormais sur le territoire français, est fondé à soutenir que le préfet du Morbihan a méconnu les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en refusant de lui délivrer un titre de séjour.
4. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 24 janvier 2023 par laquelle le préfet du Morbihan a refusé de lui délivrer un titre de séjour. Les décisions du même jour obligeant M. B à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, désignant le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office et lui imposant des mesures de surveillance doivent également être annulées, par voie de conséquence.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
5. Par application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, il y a lieu, sous réserve d'un changement dans la situation de droit ou de fait de l'intéressé, d'enjoindre au préfet du Morbihan de délivrer à M. B un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans l'attente, de le munir d'une autorisation provisoire de séjour, lui permettant de travailler. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les dépens :
6. M. B ne justifie pas avoir exposé des dépens dans le cadre de la présente instance. Ainsi, ses conclusions tendant à ce que les dépens de l'instance soient mis à la charge du préfet du Morbihan sont dépourvues d'objet et ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
7. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle, la contribution de l'Etat ayant été fixée à 25 % par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Lorient du 28 février 2023. L'avocat de M. B peut dès lors se prévaloir des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi susvisée du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et, sous réserve que l'avocat du requérant renonce à percevoir la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat une somme de 300 euros à verser à Me Sidobre. En outre, dès lors que la décision du bureau d'aide juridictionnelle précitée laisse à la charge du requérant une partie des frais exposés pour l'instance et non compris dans les dépens, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. B d'une somme de 900 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : L'arrêté en date du 24 janvier 2023 du préfet du Morbihan concernant M. B est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet du Morbihan de délivrer à M. B un titre de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai de deux mois à compter du présent jugement et, dans l'attente, de le munir d'une autorisation provisoire de séjour, lui permettant de travailler.
Article 3 : L'Etat versera à Me Sidobre, avocat de M. B, la somme de 300 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que celui-ci renonce à la part contributive de l'Etat.
Article 4 : L'Etat versera à M. B la somme de 900 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête présentée par M. B est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Laurent Sidobre et au préfet du Morbihan.
Délibéré après l'audience du 11 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Vergne, président,
Mme Thalabard, première conseillère,
M. Blanchard, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mai 2023.
La rapporteure,
Signé
M. Thalabard
Le président,
Signé
G.-V. VergneLa greffière,
Signé
I. Le Vaillant
La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026