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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2301153

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2301153

lundi 6 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2301153
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement urgent
Avocat requérantHOLLEY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er mars 2023, M. G A, représenté par Me Holley, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 février 2023 par lequel le préfet du Finistère l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de renvoi et a édicté à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 février 2023 l'assignant à résidence ;

3°) d'enjoindre au préfet du Finistère de délivrer un titre de séjour provisoire, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- le préfet devra justifier que le signataire de la décision bénéficiait d'une délégation régulière ;

- cette décision est insuffisamment motivée et les griefs qui lui sont reprochés sont infondés ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation ;

- elle ne pouvait être fondée sur le motif erroné qu'il constitue une menace à l'ordre public ;

- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales car il entretient en France une liaison avec Mme D ;

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision sur sa situation personnelle, compte tenu de ses efforts d'intégration, et de l'ancienneté et de l'intensité des liens qu'il entretient sur le territoire national ;

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

- M. A ne fait état d'aucun moyen propre d'annulation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mars 2023, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Descombes, président, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. F,

- les observations de Me Holley, qui développe le contenu de ses écritures, et soutient en outre que les conditions de son audition par les services de police après son interpellation méconnaissant les droit de la défense, que l'arrêté d'assignation à résidence doit être annulé par voie de conséquence de l'annulation de l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français, et que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation,

- les explications de M. A, et de Mme D, sa compagne,

- les observations de M. C, représentant le préfet d'Ille-et-Vilaine.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant algérien né en janvier 1997, est entré en France de manière irrégulière en juillet 2020. Il a été placé en garde à vue le 27 février 2023 pour des faits de " conduite sous l'emprise de produits stupéfiants " et " exercice de l'activité de transporteur public routier de marchandise sans inscription au registre ". Le préfet du Finistère a alors pris à son encontre le 27 février 2023, d'une part, un arrêté l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays de destination et lui faisant interdiction de retour sur le territoire français pendant un an, et d'autre part, un arrêté l'assignant à résidence. Par la présente requête M. A demande l'annulation de ces deux arrêtés.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, par un arrêté du 12 octobre 2022 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Finistère a donné délégation de signature à Mme B E, cheffe du service de l'immigration et de l'intégration à la préfecture du Finistère, aux fins de signer toute décision relevant des matières de son service. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté contesté doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté attaqué, après avoir rappelé les textes applicables, se fonde sur les circonstances que M. A a été placé en garde à vue le 27 février 2023 pour des faits de " conduite sous l'emprise de produits stupéfiants " et " exercice de l'activité de transporteur public routier de marchandise sans inscription au registre ", qu'il déclare n'avoir entrepris aucune démarche auprès des autorités administratives pour régulariser sa situation, qu'il n'est pas en mesure de présenter un document d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il se déclare consommateur de cannabis et qu'il a été interpellé au volant d'un véhicule terrestre à moteur et qu'en ce sens il constitue une menace pour l'ordre public, que s'il déclare gagner 600 euros par mois, cette somme est insuffisante pour subvenir à ses besoins, qu'il ne démontre pas de l'ancienneté, de l'intensité et de la stabilité de ses liens avec une ressortissante française Mme D, dont il prétend être le compagnon, que s'il se déclare livreur, il ne justifie pas des circonstances dans lesquelles il a pu exercer cette activité sans autorisation préalable d'embauche, et qu'il déclare enfin que son " père et toute sa famille " (à l'exception de sa mère décédée) demeurent dans son pays d'origine, l'Algérie. Dans ces conditions, l'arrêté litigieux vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. A, dont les éléments sur lesquels le préfet s'est fondé pour l'obliger à quitter le territoire français, pour refuser de lui accorder un délai de départ volontaire et pour fixer le pays de renvoi, ainsi que pour arrêter, dans son principe et dans sa durée, une décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Dès lors, cet arrêté comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de chacune des décisions attaquées et permet ainsi au requérant d'en contester utilement le bien-fondé. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation ne peuvent qu'être écartés.

4. En troisième lieu, il ressort de la motivation de l'arrêté attaqué telle qu'exposée au point 4 que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de M. A. Par suite, le moyen tiré du défaut d'un tel examen ne peut qu'être écarté.

5. En quatrième lieu, les conditions dans lesquelles M. A a été interrogé par les services de police après son interpellation se rapportent à la procédure judiciaire dont il n'appartient pas au juge administratif de contrôler la régularité. Les moyens tirés de l'irrégularité de cette procédure, soulevés par le requérant à l'encontre de l'arrêté litigieux, ne peuvent, dès lors, qu'être rejetés.

6. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; ".

7. D'une part, il ne résulte pas des dispositions citées au point précédent que la caractérisation d'une menace pour l'ordre public au sens du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile soit soumise, comme le soutient M. A, à l'existence de condamnation pénale, ni que la présomption d'innocence ne s'oppose à cette caractérisation. En l'espèce, d'une part, M. A, qui reconnait et confirme à l'audience consommer occasionnellement du cannabis a été contrôlé positif au dépistage de stupéfiant alors qu'il conduisait un scooter, et d'autre part, il a admis également utiliser le compte d'un ami pour faire des livraison Uber Eat sans être régulièrement enregistré pour le faire.

8. D'autre part, et en tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que M. A, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, et qui s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité relève des dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, et pour ce seul motif, le préfet du Finistère pouvait prendre à son encontre l'arrêté contesté.

9. En sixième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Il ressort des pièces du dossier que si M. A, présent sur le territoire français depuis juillet 2020, se prévaut de son concubinage avec Mme D, il n'est toutefois pas contesté que cette dernière s'est déclarée célibataire à la Caisse d'allocations familiales, le 1er février 2023 et que le requérant a déclaré lui-même dans le procès-verbal de son audition du 27 février 2023 par les services de police du commissariat de police central de Brest, et le confirme à l'audience, être hébergé chez son frère et non chez sa compagne. Ainsi, hormis la présence de son frère en France, dès lors alors que sa vie commune avec Mme D n'est pas établie, les liens sur le territoire national dont il se prévaut ne sont pas d'une intensité et d'une stabilité telles que l'arrêté attaqué porterait à son droit au respect de sa vie familiale une atteinte excessive en méconnaissance des dispositions et stipulations citées au point précédent. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de ce que cet arrêté serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la situation personnelle du requérant doit être écarté.

11. En septième lieu, pour prononcer une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an à l'encontre de M. A, le préfet du Finistère a relevé que sa présence représente une menace pour l'ordre public, qu'il est entré irrégulièrement sur le territoire national et s'y est maintenu sans effectuer la moindre démarche pour régulariser sa situation, qu'il n'est en France que depuis 2020, et qu'il ne justifie pas de l'existence d'un lien affectif ancien, stable et intense sur le territoire français. Dans ces conditions, et compte tenu de ce qui a été exposé aux points précédents, le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation en fixant à un an la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français.

12. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté lui faisant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne l'arrêté d'assignation à résidence :

13. Dès lors résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté l'obligeant à quitter le territoire français sans délai et prononçant une interdiction de retour sur ce territoire, par voie de conséquence, ses conclusions dirigées contre l'arrêté portant assignation à résidence, au demeurant assorties d'aucun moyen propre, ne peuvent qu'être rejetées.

14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête présentée par M. A doit être rejetée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

15. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'appelle aucune mesure d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

16. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'il soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée à ce titre par M. A.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. G A et au préfet du Finistère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 mars 2023.

Le magistrat désigné,

signé

G. FLa greffière d'audience,

signé

J. Jubault

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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