mercredi 15 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2301175 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Eloignement urgent |
| Avocat requérant | LE BIHAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 2 mars 2023, M. B F représenté par Me Le Bihan, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 20 février 2023 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé de son transfert aux autorités bulgares pour l'examen de sa demande d'asile ;
2°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine d'enregistrer sa demande d'asile et de lui délivrer une attestation de demandeur d'asile dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros à verser à son avocate sur le fondement de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'arrêté attaqué ;
- l'arrêté attaqué méconnaît l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- cet arrêté méconnaît l'article 5 de ce règlement ;
- cet arrêté méconnaît l'article 7 du même règlement ainsi que l'article 2 du règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la Commission du 20 janvier 2014 ;
- il méconnaît l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 ainsi que l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- il méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 mars 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Le préfet fait valoir que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué manque en fait et que les autres moyens ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement européen (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les observations de Me Le Bihan, représentant M. F qui développe les moyens de ses écritures et soulève un moyen tiré de la méconnaissance par l'arrêté attaqué de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Elle indique que les empreintes de M. F ont été prises de force lors de son arrivée en Bulgarie, pays dans lequel il n'a pas formulé de demande d'asile. Il n'a pas non plus renoncé à une telle demande. Il ne disposera pas d'une protection effective en Bulgarie, pays qui a été condamné par la cour européenne des droits de l'homme pour ses conditions d'accueil des demandeurs d'asile et qui a renvoyé des ressortissants afghans en septembre 2021. M. F dispose d'un dossier très sérieux sur les risques qu'il encourt en cas de retour dans son pays d'origine compte tenu de l'aide apportée par les membres de sa famille au commandant E et à l'armée française dans la lutte contre les talibans ;
- les explications de M. F, assisté d'un interprète en pachto, qui indique que deux membres de sa famille ont été tués par les talibans, qu'il a été victime de violences physiques en Bulgarie pour la prise de ses empreintes, qu'il n'a ni souhaité faire une demande d'asile dans ce pays, ni y renoncer.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. F ressortissant afghan né en 2000, est entré irrégulièrement sur le territoire français le 1er novembre 2022. Il a présenté une demande d'asile le 14 décembre 2022. Les vérifications entreprises sur le fichier " Eurodac " ayant permis d'établir qu'il a sollicité préalablement l'asile en Bulgarie, les autorités de ce pays ont été saisies d'une demande de prise en charge sur le fondement du b) du 1 de l'article 18 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Ces autorités ont fait connaître leur accord le 6 janvier 2023 sur le fondement du c) du 1 de l'article 18 de ce règlement. Par l'arrêté attaqué du 20 février 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé du transfert de M. F aux autorités bulgares.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. M. F justifiant avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, par un arrêté du 19 octobre 2022 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture d'Ille-et-Vilaine, du même jour, le préfet de ce département a donné à M. C D, chef de l'unité régionale Dublin, signataire de l'arrêté contesté, délégation afin de signer le type d'acte attaqué. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte doit donc être écarté.
4. En deuxième lieu, en vertu de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application de ces règlements doit se voir remettre, dès le moment où sa demande de protection internationale est introduite une information complète sur ses droits, par écrit et dans une langue qu'il comprend. Cette information doit comprendre l'ensemble des éléments prévus à l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Eu égard à la nature desdites informations, la remise par l'autorité administrative des brochures prévues par lesdites dispositions constitue pour le demandeur d'asile une garantie.
5. Il ressort des pièces du dossier que, le 14 décembre 2022, lors de sa présentation au guichet unique des demandeurs d'asile à la préfecture d'Ille-et-Vilaine, M. F s'est vu remettre en pachto, langue qu'il a déclaré comprendre, la brochure A intitulée " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande ' " ainsi que la brochure B intitulée " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' "), lesquelles comportent l'ensemble des informations requises par l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de cet article doit être écarté.
6. En troisième lieu, en vertu de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013, le demandeur d'asile doit bénéficier d'un entretien individuel avant que ne soit prise la décision de transfert. Cet entretien doit être mené dans une langue qu'il comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend, par une personne qualifiée en vertu du droit national, dans le respect de la confidentialité. Il ressort des pièces du dossier que l'entretien individuel prévu par cet article a été réalisé le 14 décembre 2022 en langue pachto, que M. F a déclaré comprendre, avec l'aide d'un interprète, par un agent de la préfecture d'Ille-et-Vilaine. Il ressort du compte-rendu de cet entretien que le requérant a été informé que sa demande d'asile était traitée conformément au règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil et qu'il a déclaré avoir compris la procédure engagée à son encontre. Par suite le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 doit être écarté.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 7 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Les critères de détermination de l'État membre responsable s'appliquent dans l'ordre dans lequel ils sont présentés dans le présent chapitre. / 2. La détermination de l'État membre responsable en application des critères énoncés dans le présent chapitre se fait sur la base de la situation qui existait au moment où le demandeur a introduit sa demande de protection internationale pour la première fois auprès d'un État membre. () ". L'article 2 du règlement d'exécution n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014 précise qu'"une requête aux fins de reprise en charge est présentée à l'aide du formulaire type dont le modèle figure à l'annexe III, exposant la nature et les motifs des requêtes et les dispositions du règlement (UE) n°604/2013 du Parlement européen et du Conseil sur lesquelles elle se fonde "
8. Le préfet d'Ille-et-Vilaine produit à l'instance le formulaire de la requête qu'il a adressée aux autorités bulgares ainsi que son accusé de réception du 23 décembre 2022. Cette requête expose le fondement textuel de la demande de reprise en charge de M. F, soit l'article 18.1 b) du règlement (UE) n° 604/2013 et comporte des éléments sur sa situation personnelle. Le préfet d'Ille-et-Vilaine produit également l'accord donné le 6 janvier 2023 par les autorités bulgares pour la reprise en charge de M. F sur le fondement du 18.1 c) du règlement précité. Par suite, les moyens tirés de ce que la décision attaquée méconnaîtrait les dispositions des articles 7 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et 2 du règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 du 30 janvier 2014 doivent être écartés.
9. En cinquième lieu, aux termes des articles 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Aux termes du 2 de l'article 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entrainent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable ". Aux termes de l'article 17 du même règlement : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. () ". Il résulte de ces dispositions que la faculté laissée à chaque État membre de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant d'un pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés par le règlement européen (UE) n° 604/2013, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.
10. Par ailleurs, eu égard au niveau de protection des libertés et des droits fondamentaux dans les États membres de l'Union européenne, lorsque la demande de protection internationale a été introduite dans un État autre que la France, que cet État a accepté de prendre ou de reprendre en charge le demandeur et en l'absence de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, les craintes dont le demandeur fait état quant au défaut de protection dans cet État membre doivent en principe être présumées non fondées, sauf à ce que l'intéressé apporte, par tout moyen, la preuve contraire.
11. Le requérant soutient que sa remise aux autorités bulgares l'expose à un risque de renvoi vers l'Afghanistan, où il serait exposé au risque de traitements inhumains ou dégradants au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. Toutefois, l'arrêté attaqué a pour seul objet de renvoyer l'intéressé en Bulgarie et non dans son pays d'origine. La Bulgarie, État membre de l'Union européenne, est partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New-York, qu'à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. La circonstance que ce pays a accepté la reprise en charge de M. F sur le fondement du c) du 1 de l'article 18 du règlement (UE) n° 604/2013, correspondant au cas où un étranger a renoncé à sa demande d'asile n'empêche pas cet État de statuer sur la demande d'asile présentée par M. F auprès des autorités françaises. Par ailleurs si le requérant soutient que lors de son arrivée en Bulgarie, il a été retenu durant 18 jours dans un commissariat de police puis dans un centre de rétention où il a été victime de violences physiques pour la prise de ses empreintes avant d'être renvoyé en Serbie, il n'apporte aucun élément probant au soutien de ces déclarations. En se bornant à produire un rapport établi par Amnesty International en 2021, il n'établit pas qu'il existerait à la date de l'arrêté attaqué des raisons sérieuses de croire à l'existence de défaillances systémiques en Bulgarie dans la procédure de traitement des demandes d'asile ou que les autorités bulgares ne traiteront pas sa demande d'asile dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile, Enfin, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que les autorités bulgares n'évalueront pas, avant de procéder à un éventuel éloignement de M. F les risques auxquels il serait exposé en cas de retour en Afghanistan, compte tenu des éléments qu'il lui appartiendra de produire à ces autorités. Par suite, les moyens tirés de ce que le préfet aurait entaché sa décision d'erreur manifeste d'appréciation et d'une méconnaissance de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne en s'abstenant de faire application des dispositions dérogatoires dites " clauses discrétionnaires " mentionnées à l'article 17 précité du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé et de ce qu'il aurait méconnu les articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doivent être écartés.
12. Il résulte de tout ce qui précède, que la requête de M. F doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : M. F est admis à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. F est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B F et au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 mars 2023.
La magistrate désignée,
signé
A. A La greffière,
signé
P. Lecompte
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026