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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2301248

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2301248

lundi 3 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2301248
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS MARTIN AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés les 6, 20 et 22 mars 2023, M. C et Mme E G, représentés par Me Aveline Boquet, demandent au juge des référés, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de l'arrêté du maire de la commune de Langueux du 9 août 2022 portant délivrance du permis de construire n° PC 022 106 22 Q0025 au bénéfice de M. et Mme F pour la démolition d'anciens bâtiments et la construction de cinq logements à usage locatif sur un terrain situé 11 rue Mansart, ensemble l'arrêté du maire de la commune de Langueux du 17 mars 2023 portant délivrance du permis de construire modificatif n° PC 022 106 22 Q0025 M1 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Langueux la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent, dans le dernier état de leurs écritures, que :

- ils justifient de leur intérêt à agir à l'encontre de l'arrêté en litige, qui autorise un projet sur le terrain immédiatement contigu à leur propriété ; la construction projetée, qui développe des volumes importants, sera édifiée à moins d'un mètre de leur maison d'habitation ;

- leur requête au fond a été enregistrée dans les délais de recours contentieux ;

- la condition tenant à l'urgence est présumée et satisfaite, les travaux ayant commencé, sans être achevés ;

- il existe un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté en litige, dès lors que :

* il est entaché d'incompétence ;

* le dossier de demande est entaché d'incomplétude, d'insuffisances et d'incohérences, qui ont fait obstacle à l'appréciation de la conformité du projet aux règles applicables, notamment les articles UB 3, UB 12 et UB 13 du règlement du plan local d'urbanisme ; en particulier :

* le dossier de demande de permis de construire comprend deux plans de masse de l'état futur du terrain dont chacun représente des modalités de stationnement et de desserte du terrain d'assiette de l'opération de construction projetée différentes ;

* le plan de masse et la notice architecturale prévoient que les accès existants, rue Mansart pour le point d'entrée et rue Claude Nougaro pour le point de sortie, desserviront la maison existante et les logements créés, alors même que d'autres pièces du dossier de demande révèlent que ces accès ne pourront être conservés, du fait de l'implantation des places de stationnement ; le document graphique d'insertion semble montrer que la construction nouvelle se situe pour partie sur l'accès existant ; la notice ne donne aucune information quant aux aménagements du terrain, notamment la modification des accès et les stationnements projetés ;

* la notice architecturale précise que l'enduit sera blanc cassé, mais le document graphique comporte la projection d'un bâtiment en enduit blanc, interdit par le règlement du plan local d'urbanisme ;

* les documents graphiques et la notice joints au dossier de demande ne satisfont pas aux exigences des articles R. 431-8 et R. 431-9 du code de l'urbanisme ; les deux plans de masse versés au dossier, outre leurs contradictions, ne sont pas cotés dans les trois dimensions, ne font pas apparaître les travaux extérieurs aux constructions, ainsi que les plantations maintenues, supprimées ou créées et n'indiquent pas davantage les modalités selon lesquelles les bâtiments ou ouvrages seront raccordés aux réseaux (publics ou équipements privés prévus, pour l'eau et l'assainissement) ; le plan de masse n'est pas légendé, et ne permet pas à lui seul d'appréhender le traitement des espaces libres, s'agissant notamment des plantations ;

* le document graphique ne permet pas de situer le projet dans son environnement bâti ; aucun document du dossier ne fait mention de leur maison d'habitation, implantée en limite séparative du terrain d'assiette du projet ;

* le projet méconnaît les dispositions de l'article UB 3 du règlement du plan local d'urbanisme ainsi que les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme ; aucune des deux options de desserte résultant des deux plans de masse produits ne satisfait aux exigences de ces dispositions ; les accès existants étant supprimés, la commune de Langueux ne peut utilement faire valoir que ces dispositions ne s'appliqueraient pas ;

* le projet méconnaît les dispositions de l'article UB 10 du règlement du plan local d'urbanisme : le document photographique d'insertion joint au projet architectural du dossier de demande de permis de construire fait apparaître une différence de hauteur considérable, bien supérieure à 1 mètre, entre la maison existante et l'opération de construction autorisée ; ces dispositions visent à garantir la cohérence urbaine, de sorte que toutes les constructions immédiatement voisines doivent être prises en considération, et non seulement la leur, effectivement plus proche ;

* le projet méconnaît les dispositions de l'article UB 11 du règlement du plan local d'urbanisme : la construction ne s'intègre pas harmonieusement avec l'environnement bâti, ni du fait de sa hauteur, ni du fait des matériaux extérieurs choisis ; les prescriptions de ces dispositions relatives aux clôtures ne sont pas respectées : la notice est muette sur cet aménagement mais le document graphique matérialise un grillage ou un treillis métallique, interdits ;

* le projet méconnaît également les dispositions de l'article UB 12 du règlement du plan local d'urbanisme, ne prévoyant que sept places de stationnement, contre les neuf que cette règle prescrit ; en outre, il ne prévoit pas la création d'un espace de stationnement sécurisé réservé aux vélos, conformément à ce qu'exigent ces mêmes dispositions, renvoyant à celles de l'article R. 111-14-4 du code de la construction et de l'habitation ; ces dernières dispositions sont utilement invocables, dès lors que le règlement du plan local d'urbanisme y renvoie expressément ; la circonstance qu'elles aient été abrogées est indifférente, la règle restant applicable ; une photographie du terrain d'assiette confirme que les stationnements ne pourront pas être réalisés conformément au dossier de demande ;

* le projet méconnaît les dispositions de l'article UB 13 du règlement du plan local d'urbanisme, qui imposent de privilégier les espèces d'essences locales : aucun élément du dossier ne précise ni ne permet de connaître l'essence des plantations projetées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 mars 2023, la commune de Langueux, représentée par la SELARL Martin avocats, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de M. et Mme G de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que M. et Mme G ne soulèvent aucun moyen propre à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté en litige :

- il est signé par l'adjoint au maire, bénéficiant à ce titre d'une délégation de signature régulière et publiée ; en A état de cause, un permis de construire modificatif a été délivré par arrêté du 17 mars 2023, signé par le maire ;

- le dossier de demande de permis de construire était suffisamment précis pour mettre en mesure le service instructeur d'apprécier la conformité du projet aux règles d'urbanisme applicables ; le dossier ne comporte pas de documents contradictoires ni incohérents entre eux ; le pétitionnaire a modifié son projet en cours d'instruction, et substitué aux plans déposés le 29 juin 2022 de nouveaux plans, le 15 juillet 2022 ; c'est au regard de ces seules dernières pièces que le dossier de demande a été instruit ; si la notice architecturale ne comporte pas de précisions sur les abords du terrain d'assiette du projet, le dossier comporte un plan de situation comportant une photographie aérienne, un extrait cadastral matérialisant l'emprise des constructions existant alentour et des photographies permettant d'appréhender les caractéristiques des abords, de sorte que le service instructeur a disposé des éléments d'information suffisants s'agissant des caractéristiques du bâti environnant ; il a également disposé d'éléments suffisamment précis pour apprécier le traitement du projet et son insertion dans son environnement ; les photographies renseignent sur la végétation existante et le plan de masse renseigne sur le traitement des espaces libres et des plantations ; le plan de masse n'est pas coté en trois dimensions, mais d'autres éléments du dossier renseignent sur la hauteur des constructions projetées ; la notice et le plan de masse précisent les modalités de raccordement aux réseaux ; le dossier comporte les documents photographiques requis, sans que puisse avoir d'incidence la circonstance que la vue ne soit que partielle ;

- le projet respecte les dispositions des articles UB 3 du règlement du plan local d'urbanisme et R. 111-2 du code de l'urbanisme : le terrain d'assiette du projet dispose d'un accès sur la voie publique, et la sortie projetée, sur une voie rectiligne et présentant une parfaite visibilité, à plus de 20 m de l'intersection la plus proche, ne présente aucune dangerosité, outre que le trafic existant sur cette rue est limité à 30 km/h ; les dispositions du règlement du plan local d'urbanisme qui imposent un regroupement des entrées et sorties deux par deux au minimum sous la forme d'une petite placette privative aménagée et entretenue par les propriétaires, d'une largeur minimum de 6 m, ne sont applicables qu'aux seuls terrains ne disposant pas d'un accès préexistant sur la voie publique ; le moyen pris en sa seconde branche est ainsi inopérant, et n'est en A état de cause pas fondé, dès lors que le projet ne comporte qu'une seule entrée et sortie ;

- le projet respecte les dispositions de l'article UB 10 du règlement du plan local d'urbanisme ; il présente une différence de hauteur avec la maison d'habitation des requérants, qui lui est immédiatement voisine, inférieure à 1 m ;

- le site environnant ne présente aucun intérêt ni homogénéité architecturale, et le projet n'y porte pas atteinte ; l'enduit du projet est blanc cassé, et non blanc ;

- le projet crée sept places de stationnement, conformément à ce que les dispositions du règlement du plan local d'urbanisme exigent ; il n'emporte pas suppression d'une place de stationnement affectée à la maison d'habitation existante ; les dispositions évoquées de l'article R. 111-14-4 du code de la construction et de l'habitation ne sont pas applicables, eu égard à l'indépendance des législations, outre qu'elles ont été abrogées.

M. et Mme F, régulièrement informés de la requête et de l'audience publique, n'ont pas produit d'observations écrites en défense.

Vu :

- la requête au fond n° 2301247, enregistrée le 6 mars 2023 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Thielen, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 23 mars 2023 :

- le rapport de Mme H ;

- les observations de Me Aveline-Boquet, représentant M. et Mme G, qui conclut aux mêmes fins que ses écritures, par les mêmes moyens, et précise notamment que :

* le dossier de demande de permis de construire est entaché d'insuffisances et d'incohérences, même si l'on admet la substitution de pièces et que l'on ne prend en considération que les seules pièces prétendument transmises le 15 juillet 2022 ;

* en particulier, les accès restent incertains dans leur traitement et le plan de masse ne représente pas les places de stationnement ; les autres pièces du dossier et des photographies des lieux démontrent que ne pourront pas être créées les sept places indiquées ; les plantations supprimées et créées ne sont pas précisées ;

* le projet ne respecte pas les exigences de l'article UB 3 du règlement du plan local d'urbanisme, relatives au traitement des points d'accès et de sortie ;

* il ne respecte pas non plus celles de son article UB 10 : doivent être prises en considération les constructions principales voisines pour apprécier la hauteur de la construction projetée, ce qui implique de prendre en considération la maison existante sur la parcelle, et non seulement la résidence des époux G ;

* le projet ne respecte pas non plus les dispositions de son article UB 11 : la clôture créée est, si on se réfère aux photomontages produits, en grillage ou treillis métallique, ce qui est prohibé ; la notice architecturale n'infirme pas cette analyse, muette sur le traitement de cette clôture ;

* les dispositions de l'article UB 12 sont également méconnues, s'agissant des places de stationnement tant des véhicules automobiles, qui ne peuvent être réalisés en nombre suffisant, que des vélos ; le projet emporte suppression des stationnements existants ; les dispositions du code de la construction et de l'habitation s'appliquent, dès lors que le règlement y renvoie expressément ; les dispositions du code de la construction et de l'habitation prévoient que doit être créé un espace réservé au stationnement des vélos ;

- les observations de Me Donias, représentant la commune de Langueux, qui persiste dans ses conclusions écrites, par les mêmes arguments, et fait notamment valoir que :

* le dossier de demande de permis de construire est certes perfectible, mais il ne comportait aucune incohérence ou insuffisance telle que l'appréciation du service instructeur sur la conformité du projet aux règles applicables aurait été faussée voire rendue impossible ; les informations nécessaires sont effectivement disparates, mais toutes présentes ;

* le projet ne pose aucune difficulté en terme de sécurité des accès, eu égard à la configuration des lieux ; il comporte un point d'entrée et un point de sortie des véhicules ;

* la construction nouvelle présente une différence de hauteur de moins d'un mètre avec la construction existante la plus proche ; la cohérence architecturale est respectée ;

* les prescriptions de l'article UB 11 du règlement du plan local d'urbanisme, s'agissant des caractéristiques architecturales et de l'insertion du projet, des enduits et des clôtures, sont respectées ; la notice précise explicitement que l'enduit sera blanc cassé et si un autre enduit est apposé, blanc, il s'agira d'une question d'exécution du permis ; la notice est muette sur le traitement des clôtures et le photomontage ne permet pas d'établir que la clôture sera un grillage ou un treillis ;

* les dispositions de l'article UB 12 du règlement du plan local d'urbanisme sont respectées : sept places de stationnement sont créées, ainsi que l'exigent ces dispositions ; la suppression des places de stationnement qu'impliquait la réalisation de la construction existante a déjà eu lieu, et reste donc sans incidence sur la légalité de l'arrêté en litige, qui n'a pas pour objet, ni effet, de supprimer des places existantes ou un emplacement affecté précédemment au stationnement ; les dispositions du code de la construction et de l'habitation ne sont pas utilement invocables, eu égard au principe d'indépendance des législations ; en A état de cause, les dispositions en cause ne sauraient s'appliquer au projet, qui ne comporte pas de parking d'accès sécurisé ;

* la notice est muette s'agissant du traitement des espaces libres mais le plan de masse et les photographies permettent d'appréhender la végétation existante, supprimée et créée ; les dispositions du règlement du plan local d'urbanisme prévoient que doivent être privilégiées les essences locales, sans prescription ; la circonstance que la notice ne précise pas l'essence des arbres plantés reste donc sans incidence.

M. et Mme F n'étaient ni présents, ni représentés.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par arrêté du 9 août 2022, le maire de la commune de Langueux a délivré à M. et Mme F un permis de construire n° PC 022 106 22 Q0025, pour la démolition d'anciens bâtiments annexes et la construction de cinq logements à usage locatif, développant une surface de plancher globale de 227,53 m2, sur un terrain situé 11 rue Mansart. Un permis de construire modificatif a été délivré le 17 mars 2023.

2. M. et Mme G ont saisi le tribunal d'un recours en annulation contre ces deux arrêtés et, dans l'attente du jugement au fond, demande au juge des référés d'en suspendre l'exécution.

Sur les conclusions aux fins de suspension :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

En ce qui concerne l'urgence :

4. D'une part, l'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 600-3 du code de l'urbanisme : " Un recours dirigé contre une décision de non-opposition à déclaration préalable () ne peut être assorti d'une requête en référé suspension que jusqu'à l'expiration du délai fixé pour la cristallisation des moyens soulevés devant le juge saisi en premier ressort. / La condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative est présumée satisfaite () ".

6. Le recours dirigé contre les deux arrêtés en litige ayant été assorti d'une requête en référé suspension déposée avant l'expiration du délai fixé pour la cristallisation des moyens soulevés devant le tribunal, la condition d'urgence est présumée satisfaite et n'est au demeurant pas contestée par les défendeurs à l'instance.

En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision :

7. Lorsqu'un permis de construire a été délivré en méconnaissance des dispositions législatives ou réglementaires relatives à l'utilisation du sol ou sans que soient respectées des formes ou formalités préalables à la délivrance des permis de construire, l'illégalité qui en résulte peut être régularisée par la délivrance d'un permis modificatif dès lors que celui-ci assure le respect des règles de fond applicables au projet en cause, répond aux exigences de forme ou a été précédé de l'exécution régulière de la ou des formalités qui avaient été omises. Il peut, de même, être régularisé par un permis modificatif si la règle relative à l'utilisation du sol qui était méconnue par le permis initial a été entre-temps modifiée. Les vices ainsi régularisés ne peuvent plus être utilement invoqués à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre le permis initial.

8. Il résulte en l'espèce de l'instruction qu'un permis de construire modificatif a été délivré au bénéfice des époux F, signé par le maire de la commune de Langueux le 17 mars 2023. Si M. et Mme G en demandent également la suspension de l'exécution, ils ne développent aucun moyen de nature à en contester la légalité propre. Dans ces circonstances, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté du 9 août 2022 portant délivrance du permis de construire initial n'apparaît plus de nature, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à sa légalité.

9. En revanche, aux termes de l'article L. 431-8 du code de l'urbanisme : " Le projet architectural comprend une notice précisant : / 1° L'état initial du terrain et de ses abords indiquant, s'il y a lieu, les constructions, la végétation et les éléments paysagers existants ; / 2° Les partis retenus pour assurer l'insertion du projet dans son environnement et la prise en compte des paysages, faisant apparaître, en fonction des caractéristiques du projet : / a) L'aménagement du terrain, en indiquant ce qui est modifié ou supprimé ; / () / c) Le traitement des constructions, clôtures, végétations ou aménagements situés en limite de terrain ; / () / e) Le traitement des espaces libres, notamment les plantations à conserver ou à créer ; / f) L'organisation et l'aménagement des accès au terrain, aux constructions et aux aires de stationnement ". Aux termes de son article R. 431-9 : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. Ce plan de masse fait apparaître les travaux extérieurs aux constructions, les plantations maintenues, supprimées ou créées et, le cas échéant, les constructions existantes dont le maintien est prévu. / () ".

10. La régularité de la procédure d'instruction d'un permis de construire requiert la production par le pétitionnaire de l'ensemble des documents exigés par le code de l'urbanisme. Pour autant, la circonstance que le dossier de demande ne les comporterait pas tous ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

11. Si le dossier de demande de permis de construire déposé par les époux F comporte une notice architecturale muette s'agissant du traitement des espaces libres, notamment des plantations à conserver et créer, et si les éléments d'information requis ne sont pas renseignés sur le plan de masse, non légendé, même analysé en comparaison avec les photographies du terrain existant, cette incomplétude n'apparaît pas, en l'état de l'instruction, avoir pu être de nature à fausser l'appréciation du pouvoir instructeur sur la conformité du projet aux dispositions de l'article UB 13 du règlement du plan local d'urbanisme, qui ne prescrivent pas la plantation d'espèces végétales particulières, pas davantage qu'une surface minimale végétalisée à respecter ou un nombre d'arbres minimum à planter en fonction de la superficie de la parcelle.

12. En revanche, la notice architecturale se borne à indiquer que la parcelle comporte deux accès, respectivement sur la rue Mansart et la rue Nougaro, qui seront préservés et serviront de points d'accès et de sortie pour la construction existante et les constructions projetées. Si le plan de masse, déposé en mairie le 15 juillet 2022, matérialise ces accès, il résulte de sa lecture, combinée à celle des photographies et photomontages joints au dossier de demande que l'accès servant de point de sortie ne peut être projeté comme étant préservé à l'identique, n'étant pas implanté au même point du terrain que celui existant. Par ailleurs, la notice architecturale est muette quant à l'organisation et l'aménagement des aires de stationnement. Si le plan de masse matérialise, à cet égard, sept places de stationnement, réparties de part et d'autres de la voie de circulation interne au terrain et menant jusqu'au point de sortie du terrain, le long de la construction existante pour trois d'entre elles et le long de la voie publique pour quatre d'entre elles, ce seul plan de masse, dès lors qu'il n'est pas coté, n'a pas mis en mesure le service instructeur de s'assurer de la faisabilité des stationnements en cause ni, par suite, de s'assurer de la conformité du projet aux dispositions de l'article UB 12 du règlement du plan local d'urbanisme, aucune pièce du dossier de demande n'établissant que la voie interne de circulation présente une largeur suffisante en tous points de sa longueur, pour permettre à un véhicule de circuler en sécurité, lorsque deux automobiles sont stationnées de part et d'autre. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'insuffisance du dossier de demande de permis de construire, s'agissant des stationnements, apparaît de nature, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la l'égalité des arrêtés en litige.

13. Par ailleurs, aux termes de l'article UB 10 du règlement du plan local d'urbanisme : " Il sera tenu compte des hauteurs des constructions voisines afin de garantir la cohérence urbaine ; une différence de hauteur de 1,00 mètre maximum sera admise par rapport aux constructions principales immédiatement voisines ".

14. Il résulte de l'instruction que la construction projetée présente une différence de hauteur supérieure à un mètre avec la construction existante sur la parcelle d'assiette du projet, laquelle doit également être prise en considération pour l'application de ces dispositions, nonobstant la circonstance que sa façade principale soit située sur la rue Mansart et non sur la rue Claude Nougaro, et qu'elle se situe légèrement plus loin du projet que la maison d'habitation des requérants. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article UB 10 du règlement du plan local d'urbanisme apparaît par suite également de nature, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité des arrêtés en litige.

15. En outre, aux termes du point E de l'article UB 11 du règlement du plan local d'urbanisme, relatif aux clôtures : " En limite du domaine public. / Les clôtures assurent la cohérence du paysage urbain sur les voies et espaces publics. Elles seront donc traitées en harmonie avec les clôtures voisines, dans un souci de simplicité et de préservation des espaces domestiques. En secteur à dominante bâtie, les matériaux utilisés devront s'harmoniser avec ceux des façades. En secteur naturel, ils devront assurer la prédominance du végétal. / () / Sont strictement interdits / * les rajouts sur clôture d'éléments occultants de type coupe-vent plastique, brande, canisse, lames occultantes / * les grillages, simple torsion ou treillis métalliques, les plaques de béton préfabriqué, sauf en soubassement des grillages autorisés sur une hauteur maximum de 0,25 m. / * A autre matériau de clôture pourra faire l'objet d'une étude particulière par les services si le projet présente un intérêt architectural et une bonne insertion paysagère. / () / Par dérogation ou adaptation : / Pour les parcelles présentant plus d'une façade sur le domaine public, les clôtures autre[s] que celle[s] de façade d'accès principal, peuvent être constituées de grillage, doublés soit de lames occultantes soit d'une haie vive, soit d'un dispositif à claire voie, d'une hauteur totale de 1,50 m. / () ".

16. Si la notice est muette s'agissant du traitement de la clôture au droit de la rue Claude Nougaro, il ressort du photomontage joint au dossier de demande qu'est projetée l'implantation d'une clôture qui ne peut que s'analyser en un grillage ou un treillis métallique, ce qui est proscrit par les dispositions précitées, y compris par les dispositions dérogatoires applicables aux parcelles présentant plus d'une façade sur le domaine public, à les supposer applicables en l'espèce, le grillage projeté n'apparaissant doublé ni de lames occultantes, ni d'une haie vive, ni d'un dispositif à claire voie, d'une hauteur totale de 1,50 m. Le moyen tiré de la méconnaissance du point E des dispositions de l'article UB 11 du règlement du plan local d'urbanisme apparaît par suite également de nature, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité des arrêtés en litige.

17. Enfin, aux termes de l'article UB 11 du règlement du plan local d'urbanisme : " Dans la mesure du possible, le stationnement des véhicules correspondant aux besoins des constructions et/ou installations et de leur fréquentation doit être assuré en dehors des voies publiques et à proximité immédiate des constructions et/ou installations. / Il doit être prévu au moins : / * Pour les constructions nouvelles à usage d'habitation, une place par logement de moins de 50 m² de surface de plancher et deux places par logement d'une surface de plus de 50 m² de surface de plancher autres que les logements locatifs financés avec un prêt aidé par l'Etat. * / Dans le cas d'opérations groupées de plus de 3 logements, il sera prévu une place supplémentaire pour 3 logements sur des espaces communs pouvant être utilisés en parking. / () ".

18. S'il ne résulte pas de l'instruction, en l'état des pièces versées au dossier, que l'arrêté en litige emporterait suppression de la ou des places juridiquement affectées au stationnement, attachées à la construction existante, aucun élément du dossier ne permettant au demeurant de savoir le nombre de places de stationnement devant être créées et maintenues au titre de cette construction, de sorte qu'il n'est pas établi, en l'état, que devraient être créées huit ou neuf places de stationnement sur le terrain d'assiette du projet, il ne résulte pas non plus de cette instruction, eu égard à ce qui a été dit au point 12, que ledit terrain permet effectivement la création des sept places de stationnement, telles qu'elles sont matérialisées sur le plan de masse, ainsi que l'exigent les dispositions précitées de l'article UB 12 du règlement du plan local d'urbanisme. Le moyen tiré de leur méconnaissance apparaît par suite également de nature, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité des arrêtés en litige.

19. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens soulevés par M. et Mme G n'apparaît de nature, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité des arrêtés en litige.

20. Il résulte de A ce qui précède que M. et Mme G sont fondés à demander que l'exécution des arrêtés du maire de la commune de Langueux du 9 août 2022 et du 17 mars 2023 soit suspendue, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur leur légalité par une formation collégiale du tribunal.

Sur les frais liés au litige :

21. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de laisser à la charge de chaque partie les frais d'instance exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution des arrêtés du maire de la commune de Langueux des 9 août 2022 et 17 mars 2023 est suspendue, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur leur légalité par une formation collégiale du tribunal.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Les conclusions de la commune de Langueux présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C et Mme E G, à la commune de Langueux et à M. D et Mme B F.

Copie en sera adressée, en application de l'article R. 522-14 du code de justice administrative, au procureur de la République près du tribunal judiciaire de Saint-Brieuc.

Fait à Rennes, le 3 avril 2023.

Le juge des référés,

signé

O. H

La greffière,

signé

P. Lecompte

La République mande et ordonne au préfet des Côtes-d'Armor en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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