mercredi 31 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2301274 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | OSSETE OKOYA GILLES CARSON |
Vu la procédure suivante :
Par ordonnance n° 2300476 du 7 mars 2023, la présidente de la première chambre du tribunal administratif de Châlons-en-Champagne a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée M. A B.
Par cette requête, enregistrée le 1er mars 2023, M. A B, représenté par Me Ossete Okoya, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 3 février 2023 par lequel le préfet de la Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Marne de réexaminer sa situation sans délai ;
3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- il n'a pas été informé de la convocation à la commission du titre de séjour et n'a donc pas pu être entendu et faire valoir ses droits devant cette commission, laquelle n'a ainsi pu se prononcer compétemment ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur d'appréciation quant à son intégration professionnelle ;
- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
- il méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et porte une atteinte disproportionnée à l'intérêt supérieur de ses enfants ;
- l'interdiction de retour sur le territoire français est disproportionnée au regard de sa situation personnelle et de sa vie privée et familiale ;
- elle est entachée d'erreur de droit dès lors que le préfet s'est cru en situation de compétence liée pour appliquer les dispositions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par ordonnance du 10 mars 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 3 mai 2023.
Des pièces, présentées par le préfet de la Marne, ont été enregistrées le 11 mai 2023, soit postérieurement à la clôture de l'instruction.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Tourre a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, ressortissant congolais né en 1978, est, selon ses déclarations, entré en France le 25 septembre 2011. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Le recours formé contre cette décision a été rejeté par la Cour nationale du droit d'asile. M. B a fait l'objet de décisions de refus de titre de séjour et de mesures d'éloignement en 2014, 2016 et 2018. Il s'est toutefois maintenu de manière irrégulière en France. À la suite de sa demande de titre de séjour du 2 août 2019, le requérant a obtenu une carte de séjour temporaire du fait de sa vie commune avec Mme C, titulaire d'une carte de résident, et de leur enfant, E. Peu de temps après l'obtention de ce titre de séjour, son ancienne compagne a indiqué à la préfecture que M. B avait quitté le domicile conjugal. Depuis 2020, l'intéressé a été maintenu sous récépissé dans l'attente de fournir des preuves d'entretien de ses enfants. Par un arrêté du 3 février 2023, le préfet de la Marne a refusé de l'admettre exceptionnellement au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a déterminé le pays à destination duquel il sera, le cas échéant, renvoyé et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de six mois. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de cet arrêté.
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14 () ". Aux termes de l'article L. 432-15 du même code : " L'étranger est convoqué par écrit au moins quinze jours avant la date de la réunion de la commission qui doit avoir lieu dans les trois mois qui suivent sa saisine ; il peut être assisté d'un conseil ou de toute personne de son choix et être entendu avec l'assistance d'un interprète. Il peut demander le bénéfice de l'aide juridictionnelle dans les conditions prévues par la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique () ".
3. Il ressort des termes du procès-verbal de séance de la commission du titre de séjour, qui s'est réunie le 27 avril 2022, que M. B a été convoqué dans les délais prescrits par les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que la convocation a été envoyée par lettre recommandée à la dernière adresse déclarée auprès de l'administration, avenue Léon Blum à Reims. En se bornant à indiquer qu'il avait entre-temps élu domicile à Châteaubourg (Ille-et-Vilaine), qu'il n'a pas été informé par les services d'accueil du foyer Ozanam du courrier en temps utile pour se présenter à la commission du titre de séjour et qu'il a pris attache avec l'assistante sociale de ce foyer laquelle aurait sollicité un autre rendez-vous auprès des services de la préfecture, M. B n'établit pas avoir informé en temps utile les services de la préfecture de la Marne de son changement d'adresse ni avoir fait suivre son courrier. Par suite, les moyens tirés de ce qu'il n'a pu être entendu et faire valoir ses droits devant la commission du titre de séjour et que l'arrêté attaqué a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière doivent être écartés.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
5. Il ressort des pièces du dossier que M. B est né en 1978 et déclare être entré en France le 25 septembre 2011. L'intéressé se prévaut d'abord de la présence en France de trois de ses enfants, nés et vivant sur le territoire français, sa fille, D B, née en 2012, qui vit avec sa mère à Evry, son fils, E B, né en 2018, qui vit avec sa mère à Haguenau, et son fils, F B, né le 12 janvier 2023 de sa nouvelle compagne, ressortissante congolaise, qui bénéficie d'une carte de résident valable jusqu'en 2028. Les sept ordres de virement antérieurs à l'arrêté attaqué datant de 2020, 2021 et 2022 et adressés soit à la mère de sa fille, soit à la mère de son fils E B ne permettent toutefois pas de démontrer la réalité et l'intensité des liens de M. B avec ces deux enfants. Par ailleurs, les différents documents produits ne sont pas suffisants pour démontrer l'existence d'une communauté de vie antérieure à janvier 2023 avec la mère F B ainsi qu'une contribution effective de M. B à l'entretien et à l'éducation de cet enfant. Le requérant fait également valoir qu'il a plusieurs fois sollicité des titres de séjour et se prévaut de la réalisation de formations professionnelles et de son intégration par le travail. Il justifie effectivement avoir validé différentes formations professionnelles de juin à septembre 2021 et travaillé en qualité d'ouvrier manutentionnaire en mai 2022 et d'août à septembre 2022. Toutefois, ces éléments ne justifient pas à eux seuls que M. B aurait noué en France des liens d'une intensité particulière, alors qu'ainsi qu'il a été dit, il ne justifie pas de la réalité et de l'intensité de ses liens avec ses enfants résidant en France. Enfin, si M. B déclare, sans en justifier, avoir un frère sur le territoire français, il ne produit aucun élément de nature à établir qu'il est dépourvu de toute attache familiale ou personnelle en République du Congo, où demeurent, selon ses déclarations, deux de ses enfants, ses parents et son autre frère et où il a vécu pendant plus de trente-trois ans. Dans ces conditions, le préfet n'a pas, en refusant de délivrer un titre de séjour à M. B, porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts poursuivis, et méconnu, par suite, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le préfet ait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle.
6. En troisième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, les tribunaux des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
7. Il ne ressort pas des pièces du dossier, en particulier compte-tenu de leur âge et des éléments exposés au point 5, que le préfet de la Marne a omis d'accorder une considération primordiale à l'intérêt supérieur des enfants mineurs de M. B et a, par suite, méconnu le paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".
9. Si M. B soutient que le préfet de la Marne s'est estimé en situation de compétence liée en appliquant les dispositions de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ressort des termes mêmes de l'arrêté attaqué que le préfet a prononcé à l'encontre de l'intéressé une interdiction de retour sur le fondement des dispositions de l'article L. 612-8 du même code. M. B n'est, dès lors, pas fondé à invoquer une erreur de droit à ce titre.
10. En cinquième lieu, eu égard aux circonstances qu'il n'a pas exécuté plusieurs précédentes mesures d'éloignement prononcées à son encontre et qu'il s'est maintenu irrégulièrement en France, à sa situation personnelle et familiale ainsi qu'elle a été exposée au point 5 du présent jugement, dès lors que ses parents, son frère et deux de ses enfants résident en République du Congo, pays où il a vécu l'essentiel de sa vie, le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation en prononçant à l'encontre de M. B une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois, nonobstant la durée de présence en France de celui-ci et l'absence de menace à l'ordre public qu'il représente.
11. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 3 février 2023 par lequel le préfet de la Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de six mois. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction, de même que celles relatives aux frais liés au litige, doivent également être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Marne.
Délibéré après l'audience du 17 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Etienvre, président,
M. Albouy, premier conseiller,
Mme Tourre, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mai 2023.
La rapporteure,
signé
L. TourreLe président,
signé
F. Etienvre
La greffière,
signé
S. Guillou
La République mande et ordonne au préfet de la Marne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026