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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2301286

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2301286

lundi 3 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2301286
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantBLANCHOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 mars 2023, M. D A C A, représenté par Me Blanchot, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 3 février 2023 par laquelle le préfet du Finistère a rejeté sa demande de délivrance d'un titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet du Finistère de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente du jugement au fond, une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, dans un délai de quarante-huit heures suivant la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite : la décision en litige emporte des conséquences graves et immédiates sur sa situation dès lors qu'il est titulaire d'un contrat de travail à durée indéterminée depuis le 14 décembre 2022 et que son récépissé expire le 11 mars 2023, qu'en l'absence de titre de séjour, il ne peut pas bénéficier d'un logement social pour accueillir plus facilement son enfant, qu'il est susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement ;

- sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse :

- elle est insuffisamment motivée en ne prenant pas en considération l'ensemble des éléments relatifs à sa situation personnelle et la motivation révèle un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle a été prise à la suite d'une procédure irrégulière en l'absence de saisine de la commission du titre de séjour alors qu'il peut prétendre de plein droit à la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français ;

- elle méconnaît l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : il est père d'un enfant français et les incohérences relevées sur sa date de naissance entre son permis de conduire et son passeport s'expliquent par le fait que son permis de conduire comporte une erreur mais que c'est le seul document qui lui a permis de reconnaître son enfant ; depuis la reconnaissance de son enfant, le procureur de la République a modifié le 2 mars 2023 l'acte de naissance ; il contribue à l'entretien et à l'éducation de son fils ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les articles 3-1 et 7-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant en ayant pour conséquence de le séparer de son fils.

Par un mémoire en défense, enregistré le 21 mars 2023, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie : M. A C A n'a pas exécuté l'obligation de quitter le territoire français édictée à son encontre par arrêté du 14 avril 2021, il n'a jamais obtenu de titre de séjour et est juridiquement sans emploi à la date du 11 mars 2023 ;

- sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse :

- la décision litigieuse est suffisamment motivée en droit et en fait et la situation particulière du requérant a été examinée ;

- la commission du titre de séjour n'avait pas à être saisie car la demande de titre de séjour a été rejetée pour irrecevabilité ;

- elle ne méconnaît pas l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : M. A C A ne remplit pas les conditions pour pouvoir bénéficier d'un titre de séjour sur le fondement de ces dispositions dès lors qu'il a fourni des documents incohérents sur sa date de naissance à la date où il a statué ;

- elle ne méconnaît pas l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni les articles 3-1 et 7-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : le requérant n'a pas exécuté l'obligation de quitter le territoire dont il a fait l'objet et le refus de délivrance de titre de séjour n'a pas pour objet, ni pour effet, de le séparer de son enfant.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- la requête au fond n° 2301285.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Plumerault, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 29 mars 2023 :

- le rapport de Mme B,

- les observations de Me Blanchot, représentant M. A C A, qui reprend les mêmes termes que les écritures qu'elle développe, insiste sur le fait que le requérant ne peut plus travailler, son récépissé ayant expiré le 11 mars 2023, souligne que M. A C A a pu faire rectifier l'acte de naissance de son enfant avec sa bonne date de naissance et qu'il était père d'un enfant français à la date de la décision en litige, indique qu'il entend modifier ses conclusions à fin d'injonction en ne demandant que le réexamen de sa situation.

Le préfet du Finistère n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C A, ressortissant congolais, est, selon ses déclarations, entré en France irrégulièrement le 29 novembre 2017. Il a fait l'objet, le 10 janvier 2018, d'une décision de transfert aux autorités espagnoles. Il a ensuite déposé une nouvelle demande d'asile en France qui a été rejetée par décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 8 septembre 2020, confirmée par décision de la Cour nationale du droit d'asile du 16 février 2021. Il a fait l'objet, le 14 avril 2021, d'une obligation de quitter le territoire français. Devenu père d'un enfant français né le 7 février 2021 qu'il a reconnu le 28 juin 2021, il a sollicité, le 12 septembre 2022, un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 243-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et s'est vu remettre un récépissé l'autorisant à travailler valable jusqu'au 11 mars 2023. Par décision du 3 février 2023, le préfet du Finistère a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité. M. A C A demande la suspension de l'exécution de cette décision.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. M. A C A justifiant avoir déposé, le 8 mars 2023, une demande d'aide juridictionnelle, il y a lieu, par suite, de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

4. L'article L. 521-1 du code de justice administrative dispose que : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision ".

En ce qui concerne l'urgence :

5. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera, en principe, constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

6. Il résulte de l'instruction que M. A C A ayant été autorisé à travailler par le récépissé qui lui a été délivré le 12 septembre 2022, a effectué, dès le mois d'octobre 2022 des missions d'interim et a conclu un contrat de travail à durée indéterminée et à temps complet le 14 décembre 2022 en tant que plongeur dans un restaurant. La décision attaquée qui fait obstacle à ce qu'il puisse exercer une activité professionnelle et contribuer à l'entretien de son enfant, préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à sa situation pour que la condition d'urgence posée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative précité puisse être regardée comme remplie.

En ce qui concerne les moyens propres à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision :

7. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

8. Il est constant que l'acte de naissance du fils de M. A C A du 2 mars 2023 tel qu'il a été rectifié par décision du procureur de la République de Brest mentionne que le requérant est né le 1er octobre 1980, date qui correspond à celle mentionnée sur son passeport et sur la copie intégrale de son acte de naissance. Si cet acte de naissance est postérieur à la décision attaquée, il est susceptible d'être pris en compte dans la mesure où il révèle une situation de fait existant à la date de cette décision. Par suite, en l'état de l'instruction, les moyens tirés d'un défaut d'examen de la situation personnelle du requérant et de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et droit d'asile, sont de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

9. L'exécution de la présente ordonnance implique qu'il soit enjoint au préfet du Finistère de procéder à un nouvel examen de la demande de titre de séjour de M. A C A, dans un délai qu'il y a lieu de fixer à un mois à compter de la notification de la présente ordonnance. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

10. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions de M. A C A présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : M. A C A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'exécution de la décision du 3 février 2023 par laquelle le préfet du Finistère a rejeté la demande de délivrance d'un titre de séjour à A Wa A est suspendue.

Article 3 : Il est enjoint au préfet du Finistère de procéder à un nouvel examen de la demande de titre de séjour de M. A C A dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D A C A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie de la présente ordonnance sera adressée au préfet du Finistère.

Fait à Rennes, le 3 avril 2023.

Le juge des référés,

signé

F. B La greffière,

signé

P. Lecompte

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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