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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2301294

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2301294

mardi 18 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2301294
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationOQTF 6 sem
Avocat requérantSALIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 8 mars 2023, Mme E D, représentée par Me Salin, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 février 2023 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a abrogé son attestation de demande d'asile et lui fait obligation de quitter dans un délai de trente jours le territoire français à destination de la Géorgie ;

2°) à titre subsidiaire, de suspendre l'exécution de cet arrêté dans l'attente de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ;

3°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer une attestation de demande d'asile dans cette attente;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son avocat de la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- les décisions portant abrogation de l'attestation de demande d'asile et obligation de quitter le territoire français sont entachées d'incompétence ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation sur les conséquences de la mesure sur la situation personnelle de Mme D et méconnaissent les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision fixant le pays de renvoi méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 513-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle justifie d'éléments nouveaux permettant la suspension de l'exécution de l'arrêté attaqué jusqu'à l'examen de sa situation par la Cour nationale du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 mars 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir que les moyens soulevés par Mme D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les observations de Me Salin représentant Mme D, et celles de Mme D, assistée d'une interprète.

Le préfet d'Ille-et-Vilaine n'était pas représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle provisoire :

1. Mme D justifiant avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Mme D, née le 16 août 1959, ressortissante de Géorgie, pays d'origine sûr ainsi qu'il résulte de la décision du conseil d'administration de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) adoptée le 9 octobre 2015 dans les conditions prévues par l'article L. 722-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable, est entrée en France le 27 février 2022. Elle y a sollicité, le 23 mars suivant, le bénéfice du statut de réfugiée. Par décision du 21 octobre 2022, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté cette demande. Alors que l'intéressée avait sollicité l'aide juridictionnelle pour contester cette décision devant la Cour nationale du droit d'asile (CNDA), et déposé un recours devant cette même cour le 24 janvier 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine a, par un arrêté du 13 février 2023 pris sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, décidé de l'obliger à quitter le territoire français dans les trente jours, a fixé la Géorgie comme pays de destination d'une mesure d'éloignement forcé, et a abrogé tout titre de séjour en possession de l'intéressée. C'est l'arrêté attaqué.

En ce qui concerne les décisions portant abrogation de l'attestation de demande d'asile, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de destination :

3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté du 19 octobre 2022, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet d'Ille-et-Vilaine a donné délégation à Mme B A, directrice des étrangers en France, aux fins de signer les décisions relatives à l'éloignement des étrangers. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français : () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ". Aux termes de l'article R. 611-1 du même code : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ".

5. En l'espèce, alors que Mme D n'a pas fait de demande en vue d'obtenir un titre de séjour en qualité d'étrangère malade, elle se borne à faire état d'une pathologie ancienne, et produit des échographies de contrôle et des ordonnances dont le contenu ne permet d'établir ni la gravité de son état de santé, ni que le défaut de prise en charge en France pourrait avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité, ni enfin qu'elle ne pourrait pas bénéficier d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions citées au point précédent doit être écarté.

6. En troisième lieu, si Mme D, entrée en France depuis moins d'un an à la date de l'arrêté attaqué, se prévaut comme seules attaches familiales en France de la présence d'un de ses fils et de ses petits-enfants, ce fils, qui était également demandeur d'asile et qui actuellement incarcéré, a lui-même perdu le droit de se maintenir sur le territoire après le rejet de sa demande par l'OFPRA et le rejet de son recours devant la CNDA et elle-même n'établit l'existence d'une vie familiale réelle. Par suite, et pour les motifs déjà évoqués s'agissant de son état de santé, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation dont seraient entachées les décisions attaquées quant à leurs conséquences sur la situation personnelle de la requérante ne peut qu'être écarté.

7. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

8. Il ressort des pièces du dossier que Mme D s'en tient aux déclarations effectuées lors de sa demande d'asile sur les violences conjugales dont elle serait l'objet, et ne produit aucun nouvel élément de nature à établir la réalité des risques qu'elle encourrait en cas de retour en Géorgie. Elle ne démontre donc pas se trouver dans le cas où elle serait fondée à se prévaloir des stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

9. Il résulte de ce qui précède que Mme D n'est pas fondée à demander l'annulation des décisions abrogeant son attestation de demande d'asile, lui faisant obligation de quitter le territoire français et désignant la Géorgie comme pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

10. Le présent jugement de rejet n'implique aucune mesure d'exécution et par suite, les conclusions de Mme D tendant à ce que soient adressées diverses injonctions au préfet d'Ille-et-Vilaine doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à la suspension de l'exécution de l'arrêté attaqué :

11. Aux termes de l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vigueur à la date du présent jugement : " L'étranger dont le droit au maintien sur le territoire a pris fin en application des b ou d du 1° de l'article L. 542-2 et qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions prévues à la présente section, demander au tribunal administratif la suspension de l'exécution de cette décision jusqu'à l'expiration du délai de recours devant la Cour nationale du droit d'asile ou, si celle-ci est saisie, soit jusqu'à la date de la lecture en audience publique de la décision de la cour, soit, s'il est statué par ordonnance, jusqu'à la date de la notification de celle-ci ". Aux termes de l'article L. 752-6 du même code : " Lorsque le juge n'a pas encore statué sur le recours en annulation formé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français en application de l'article L. 614-1, l'étranger peut demander au juge déjà saisi de suspendre l'exécution de cette décision ". Aux termes de l'article L. 752-11 de ce code : " Le président du tribunal administratif ou le magistrat désigné, saisi en application des articles L. 752-6 ou L. 752-7, fait droit à la demande de l'étranger lorsque celui-ci présente des éléments sérieux de nature à justifier, au titre de sa demande d'asile, son maintien sur le territoire durant l'examen de son recours par la Cour nationale du droit d'asile ".

12. Mme D ne fournit pas d'éléments suffisamment sérieux permettant de justifier que soit suspendue, dans les conditions prévues à l'article L. 752-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'exécution de l'arrêté du 13 février 2023, et de toutes mesures prises en application de cet arrêté, jusqu'à ce que la Cour nationale du droit d'asile ait statué sur le recours formé contre la décision de refus opposée par l'OFPRA.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui ne peut être regardé comme partie perdante à l'instance, le versement au conseil de Mme D de quelque somme que ce soit au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : Mme D est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de Mme D est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E D et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 avril 2023.

Le président,

signé

E. CLa greffière,

signé

P. Lecompte

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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