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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2301339

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2301339

mardi 14 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2301339
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationEloignement urgent
Avocat requérantCIMADE

Texte intégral

Vu :

- l'ordonnance du 11 mars 2023 par laquelle le juge des libertés et de la détention a prolongé la rétention de M. B pour un délai maximum de vingt-huit jours ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive 2011/95/UE du parlement européen et du conseil du 13 décembre 2011 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration, notamment son article L. 211-2 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Allex, première conseillère, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les observations de Me Semino représentant M. B, qui reprend ses écritures en indiquant que :

- le courrier par lequel le préfet de l'Orne a informé M. B de ses droits à faire des observations lui a été notifié sans interprète. Il ne lui a pas été lu et il ne lui en a pas été remis une copie. Il ne l'a pas signé. La procédure contradictoire n'a donc pas été respectée, et ce d'autant que l'incertitude sur sa nationalité et le pays de renvoi ne lui a pas permis de faire valoir utilement ses observations, le délai de huit jours étant par ailleurs insuffisant ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'un défaut d'examen de la situation de M. B dès lors qu'il ne mentionne pas le pays de renvoi, ce qui n'a pas permis au préfet d'examiner la situation de M. B au regard de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'arrêté attaqué méconnaît l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne mentionne pas le pays de renvoi et est entaché d'une incertitude sur ce point, qui persiste dans les écritures du préfet ;

- l'absence de mention du pays de renvoi met le tribunal dans l'impossibilité d'examiner les risques encourus par M. B en cas d'éloignement ;

- en cas de renvoi en Georgie, M. B ne pourra pas se rendre dans sa région d'origine car les frontières avec cette région sont fermées, il ne pourra pas non plus aller en Russie car les frontières entre la Georgie et la Russie sont fermées ;

- les observations de M. B assisté d'un interprète en russe.

Le préfet de l'Orne n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. En premier lieu, il résulte d'un arrêté du 7 novembre 2022 publié au recueil des actes administratifs de novembre 2022, que Mme Marie Cornet, secrétaire générale de la préfecture de l'Orne et signataire de l'arrêté attaqué, bénéficie d'une délégation consentie par le préfet de l'Orne aux fins de signer, tous actes, arrêtés et décisions relevant des attributions de l'État dans le département, à l'exclusion de certains d'entre eux au nombre desquels ne figurent pas la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

2. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office () d'une peine d'interdiction du territoire français (). ". Aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi :/ 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / 4° Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

3. L'arrêté attaqué comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il cite les textes applicables et mentionne que M. B a fait l'objet d'une peine correctionnelle prononcée par un arrêt du 29 octobre 2019 de la cour d'appel de Rennes assortie d'une interdiction du territoire français pour une durée de cinq ans. Il fait état de la procédure contradictoire dont M. B a fait l'objet le 20 octobre 2022 et de l'absence d'élément apporté par celui-ci. Il mentionne les principaux éléments de la situation personnelle de M. B et indique que la décision attaquée ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale et que l'intéressé n'établit pas à être exposé à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine ni que sa vie ou sa liberté y soient menacées. En indiquant que M. B était né le 6 février 1989 à Tskhinvali en République socialiste soviétique de Géorgie, mentions conformes à l'acte de naissance produit par l'intéressé à l'administration et que celui-ci pouvait être reconduit d'office à destination soit du pays dont il a la nationalité soit de tout pays lui ayant délivré un document de voyage en cours de validité, soit de tout pays dans lequel il établit être légalement admissible, le préfet de l'Orne a suffisamment motivé son arrêté, quand bien même il n'a pas cité le nom du pays dont M. B a la nationalité et qui pouvait être déterminé notamment au vu des mentions d'état civil qu'il contient. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de l'Orne n'aurait pas procédé à un examen complet de la situation de M. B avant de prendre l'arrêté attaqué, la circonstance que cet arrêté mentionne que l'intéressé est ressortissant russe n'étant pas de nature à établir un défaut d'examen des risques encourus en cas de retour de M. B en Georgie, dont cet arrêté mentionne qu'il est originaire. Si M. B soutient dans ses écritures comme à l'audience être en réalité de nationalité russe, il ressort d'un document produit en cours d'audience par le préfet, que les autorités consulaires géorgiennes l'ont reconnu comme un ressortissant de leur pays. Enfin, si M. B soutient que le préfet de l'Orne n'a pas pris en compte son état de santé, il n'est pas établi qu'il aurait porté à la connaissance de l'administration des éléments particuliers sur ce point. Par suite, les moyens tirés d'une insuffisance de motivation de l'arrêté attaqué et d'un défaut d'examen complet de la situation de M. B doivent être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable. ". L'article L. 121-2 du même code précise que : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : / 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles ; / 2° Lorsque leur mise en œuvre serait de nature à compromettre l'ordre public ou la conduite des relations internationales ; / 3° Aux décisions pour lesquelles des dispositions législatives ont instauré une procédure contradictoire particulière ; / () ". Selon l'article L. 122-1 de ce code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-1 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. Cette personne peut se faire assister par un conseil ou représenter par un mandataire de son choix. () ".

5. La décision fixant le pays de renvoi d'un étranger frappé d'une interdiction judiciaire du territoire français ayant le caractère d'une mesure de police, elle est soumise notamment aux dispositions précitées des articles L. 121-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration, qui impliquent que l'intéressé ait été averti de la mesure que l'administration envisage de prendre, des motifs sur lesquels elle se fonde et qu'il bénéficie d'un délai suffisant pour présenter ses observations.

6. Il ressort des pièces du dossier que par un courrier du 20 octobre 2022 le préfet de l'Orne a rappelé à M. B la peine d'interdiction du territoire français dont il faisait l'objet et l'a informé qu'à l'issue de sa période d'incarcération il serait reconduit à destination soit du pays dont il a la nationalité, soit de tout pays lui ayant délivré un document de voyage en cours de validité, soit de tout autre pays dans lequel il serait légalement admissible, l'invitant à lui faire ses observations écrites ou orales relatives à sa situation et au pays à destination duquel il pourrait être reconduit, dans un délai de huit jours, en lui précisant qu'au terme de ce délai une décision était susceptible d'intervenir. Ce courrier a été notifié à M. B le 25 octobre 2022 alors qu'il était incarcéré au centre de détention d'Argentan ainsi qu'il ressort des mentions portées sur ce document par l'agent notificateur. M. B a donc été mis en mesure de prendre connaissance de ce courrier, qu'il a refusé de signer. Si M. B qui indique à l'audience comprendre le français et qui parvient à s'exprimer dans cette langue, soutient qu'il ne le lit pas et qu'il n'a pas compris les informations contenues dans ce courrier qui ne lui a pas été lu et dont il ne lui a pas été remis une copie, il ne soutient pas avoir fait une quelconque demande en ce sens à laquelle un refus lui aurait été opposé, alors ainsi qu'il a été dit qu'il sait s'exprimer en français et le comprend. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que la décision du 25 janvier 2023 fixant le pays de destination lui a été notifiée sans l'assistance d'un interprète, et qu'il y a apposé sa signature sans émettre une quelconque réserve. Enfin, il ressort également des pièces du dossier que le formulaire de notification de ses droits en rétention administrative établi par l'agent notificateur précise qu'il lit écrit parle et comprend la langue française. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que la procédure contradictoire n'a pas été respectée, le délai de huit jours étant suffisant pour lui permettre de faire valoir toute observation utile sur la décision attaquée qui contenait des indications suffisantes sur le pays à destination duquel il était susceptible d'être reconduit.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B souffrirait ainsi qu'il l'indique d'une pathologie grave qui ne pourrait pas faire l'objet d'une prise en charge adaptée dans son pays d'origine, la seule production à l'audience d'un document émanant de l'unité médicale du centre hospitalier d'Argentan relative à des prescriptions médicamenteuses et la circonstance que M. B ait bénéficié en 2013 et en 2015 de titres de séjour pour raisons de santé n'était pas de nature à faire cette preuve. Il n'est pas davantage établi qu'en cas de renvoi en Georgie, M. B ne serait pas en mesure de regagner sa région d'origine. Dans ces conditions, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'existence d'une erreur manifeste dans l'appréciation par le préfet de l'Orne des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de M. B doivent être écartés.

8. En cinquième lieu, ainsi qu'il a été dit au point 3 les autorités consulaires géorgiennes ont reconnu M. B comme ressortissant de leur pays. Le moyen tiré de ce que M. B ne pourrait pas être reconduit à destination de ce pays au motif qu'il est de nationalité russe doit donc être écarté.

9. En sixième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Si M. B, dont il ressort des pièces du dossier qu'il est de nationalité géorgienne, soutient que sa vie est menacée en Ossétie du Sud où il a été témoin d'un meurtre, il ne produit aucun élément au soutien de ses allégations, ni n'établit qu'il ne pourrait bénéficier d'une protection par les autorités de son pays en tant que de besoin. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

10. En septième lieu, dès lors que ni la qualité ni le statut de réfugié n'ayant été reconnus à M. B, ce dernier ne peut utilement se prévaloir de la méconnaissance des dispositions de la convention relative au statut des réfugiés et de la directive 2011/95/UE du Parlement européen et du conseil du 13 décembre 2011.

11. Il ressort de tout ce qui précède, que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet de l'Orne.

Lu en audience publique le 14 mars 2023.

La magistrate désignée,

signé

A. ALa greffière,

signé

P. Lecompte

La République mande et ordonne au préfet de l'Orne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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