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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2301340

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2301340

mercredi 31 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2301340
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantBLANCHOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 mars 2023, Mme C B, épouse A, représentée par Me Blanchot, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 décembre 2022 en tant que le préfet du Finistère a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligée à quitter dans le délai de trente jours le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet du Finistère, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans le délai d'une semaine à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

S'agissant du refus de séjour :

- la décision est insuffisamment motivée et souffre d'un défaut d'examen ;

- c'est à tort que le préfet ne lui a pas délivré, sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, un titre de séjour mention vie privée et familiale ;

- la décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle ;

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée et souffre d'un défaut d'examen ;

- la décision attaquée porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle ;

- le préfet n'a pas accordé une attention primordiale à l'intérêt supérieur de ses deux enfants.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 avril 2023, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Etienvre,

- et les observations de Me Douard, substituant Me Blanchot et représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, épouse A, ressortissante albanaise, née en 1993, est entrée en France, selon ses déclarations, le 16 septembre 2015, accompagnée de son époux, M. A, ressortissant albanais né en 1990 et de leur enfant mineur, né le 25 décembre 2012 et a sollicité l'asile. Cette demande a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) et le recours formé contre cette décision a lui-même été rejeté par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA).

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le refus de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée comporte de manière suffisamment précise l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles le préfet s'est fondé. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier et notamment des motifs de l'arrêté attaqué, que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressée.

3. En deuxième lieu, dès lors qu'un étranger ne détient aucun droit à l'exercice par le préfet de son pouvoir de régularisation, Mme B, épouse A, ne peut utilement se prévaloir, sur le fondement de ces dispositions, des orientations générales contenues dans la circulaire du ministre de l'intérieur du 28 novembre 2012 pour l'exercice de ce pouvoir.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat. ".

5. Si Mme B, épouse A, fait valoir qu'elle est présente en France depuis 7 années, qu'elle est la mère de trois enfants, dont seul l'aîné est né en Albanie, que ceux-ci sont scolarisés, qu'elle est séparée de son époux depuis le mois de mai 2021 après avoir subi des violences conjugales, qu'elle a travaillé en France, qu'elle exerce une activité bénévole au sein d'une association, il ne ressort pour autant pas des pièces du dossier que le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en estimant que l'intéressée ne justifiait pas de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

6. En quatrième lieu, il ne ressort pas davantage des pièces du dossier, au vu en particulier, des conditions dans lesquelles la requérante a séjourné en France, que le préfet a porté, en prenant la décision attaquée, une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressée, aucune circonstance sérieuse ne faisant obstacle à ce que ses trois enfants mineurs l'accompagnent en cas d'éloignement, au respect de sa vie privée et familiale.

7. De même, en cinquième et dernier lieu, le préfet n'a pas commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur la situation personnelle de la requérante.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour () ". Aux termes de l'article L. 611-1 de ce code : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour () ".

9. Comme indiqué précédemment, la décision par laquelle le préfet du Finistère a refusé d'admettre la requérante exceptionnellement au séjour est suffisamment motivée. L'obligation de quitter le territoire français, qui n'avait pas à faire l'objet d'une motivation distincte, satisfait dès lors aux exigences de motivation.

10. En deuxième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6.

11. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet ait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision contestée sur la situation personnelle de l'intéressée.

12. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces dispositions que dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

13. Compte-tenu notamment du jeune âge des trois enfants de Mme B, épouse A, nés en 2012, 2015 et 2018, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet ait méconnu les stipulations précitées en prenant son arrêté alors même que ces enfants sont scolarisés.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

14. Le présent jugement, qui rejette les conclusions aux fins d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction présentées par Mme B, épouse A ne peuvent dès lors qu'être rejetées.

Sur les conclusions tendant au bénéfice des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement au conseil de Mme B, épouse A, d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

16. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B, épouse A doit être rejetée.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B, épouse A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B, épouse A et au préfet du Finistère.

Délibéré après l'audience du 17 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Etienvre, président,

M. Albouy, premier conseiller,

Mme Tourre, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mai 2023.

Le président-rapporteur,

signé

F. Etienvre

L'assesseur le plus ancien,

signé

E. Albouy

La greffière,

signé

S. Guillou

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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