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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2301422

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2301422

vendredi 17 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2301422
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationEloignement urgent
Avocat requérantDAHANI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 14 mars 2023 à 18 h 49, M. E B, alors placé en rétention administrative à Rennes-Saint-Jacques-de-la-Lande (Ille-et-Vilaine), représenté par Me Dahani, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 13 mars 2023 par lequel le préfet de la Sarthe l'oblige à quitter le territoire français sans délai, fixe le pays de destination et lui fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son avocate sur le fondement de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision méconnaît l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation du trouble à l'ordre public ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation par le préfet de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen ;

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'arrêté attaqué ;

- elle méconnaît l'article 4§1 2 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration sur son droit à être entendu ;

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

- la décision attaquée est illégale compte tenu de l'illégalité qui entache l'obligation de quitter le territoire français ;

- la décision attaquée méconnaît l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'acte ;

En ce qui concerne la fixation du pays de renvoi :

- la décision attaquée est illégale compte tenu de l'illégalité qui entache l'obligation de quitter le territoire français sans délai ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'acte ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

- la décision attaquée est illégale compte tenu de l'illégalité qui entache l'absence de délai de départ volontaire ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen ;

- elle méconnaît l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle méconnaît les articles L. 612-7 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'acte ;

- la décision attaquée est entachée d'une insuffisance de motivation ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mars 2023 le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir que les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées manquent en fait et que les autres moyens ne sont pas fondés.

Vu :

- l'ordonnance du 15 mars 2023 par laquelle le juge des libertés et de la détention a prolongé la rétention de M. B pour un délai maximum de vingt-huit jours ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Allex, première conseillère, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les observations de Me Dahani représentant M. B qui développe les moyens de sa requête ;

- les explications de M. B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle :

1. M. B justifiant avoir introduit une demande devant le bureau de l'aide juridictionnelle, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

2. Il ressort des pièces du dossier que, par arrêté du 15 décembre 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de la Sarthe a donné délégation à Mme D C, adjointe à la cheffe du bureau de l'asile, de l'éloignement et du contentieux, à l'effet de signer les décisions attaquées. Les moyens tirés de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées doivent donc être écartés.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, la décision attaquée décrit de manière circonstanciée la situation administrative et personnelle de M. B. Il ne ressort ni de ses termes ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Sarthe n'aurait pas procédé à un examen suffisamment complet de la situation de M. B avant de prendre la décision attaquée, alors même qu'il n'aurait pas fait état dans son arrêté d'éléments complémentaires portés à sa connaissance dans le cadre de l'appel formé par le requérant à l'encontre du jugement du 20 septembre 2022 du tribunal de Nantes rejetant son recours contre une obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre le 4 mars 2022, dès lors que ces éléments n'étaient pas de nature à modifier son appréciation de la situation de M. B. Le moyen tiré d'un défaut d'examen complet de la situation de M. B doit donc être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union ". Aux termes du paragraphe 2 de ce même article : " Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ". Il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux États membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause.

5. Il ressort des pièces du dossier que préalablement à l'édiction le 4 mars 2022 d'une obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre par le préfet de la Sarthe, M. B a pu faire valoir ses observations sur un éventuel éloignement du territoire français, dans le cadre de son audition le 9 février 2022 par les services de police puis en transmettant à l'administration une fiche individuelle en réponse à un courrier du préfet de la Sarthe du 10 février 2022 l'invitant à faire valoir ses observations sur cette mesure. À cette occasion il a notamment décrit sa situation familiale et fournit des indications sur sa durée de présence en France. Le 13 mars 2023 dans le cadre de la garde à vue dont il a fait l'objet pour s'être soustrait à cette mesure d'éloignement, M. B a été à nouveau en mesure de faire état des éléments relatifs à sa situation personnelle. Il n'est par ailleurs ni établi, ni même soutenu que M. B aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration des informations qui auraient été de nature à avoir une incidence sur la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté contesté aurait été pris en méconnaissance du principe général du droit d'être entendu doit être écarté.

6. En troisième lieu, il ressort de l'ensemble des dispositions du livre V du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le législateur a entendu déterminer l'ensemble des règles de procédure administrative et contentieuse auxquelles sont soumises l'intervention et l'exécution des décisions par lesquelles l'autorité administrative signifie à l'étranger l'obligation dans laquelle il se trouve de quitter le territoire français. Dès lors, l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration qui fixe les règles générales de procédure applicables aux décisions devant être motivées en vertu de l'article L. 211-2 du même code, en prévoyant que ces décisions " n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales () ", ne saurait être utilement invoqué par M. B à l'encontre de la décision attaquée.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; () / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; ". Aux termes de l'article L. 611-3 de ce code : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 2° L'étranger qui justifie par tous moyens résider habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans ; () "

8. Pour soutenir qu'il ne peut pas faire l'objet d'une mesure d'éloignement, M. B, ressortissant surinamais né le 2 décembre 1990, indique qu'il est arrivé à l'âge d'un an avec sa famille en Guyane française où il est demeuré jusqu'en septembre 2016, date à laquelle il a rejoint la métropole. Pour en justifier, M. B produit un certificat de fréquentation d'un groupe scolaire de Saint-Laurent du Maroni mentionnant qu'il a été inscrit dans cet établissement du 7 septembre 1999 au 27 juin 2003, une attestation de fréquentation dont il ressort qu'il a été inscrit dans un collège de cette localité de 2003 à 2004, de 2005 à 2006 et de 2006 à 2007, une attestation de fréquentation d'un lycée mentionnant qu'il a été scolarisé dans cet établissement, également situé à Saint-Laurent du Maroni, au cours des années scolaires 2007-2008 et 2008-2009, un brevet d'études professionnelles délivré le 24 juin 2010 par l'académie de Guyane, un relevé de note pour la session de juin 2012 d'un baccalauréat professionnel en Guyane. Il produit également deux attestations, l'une émanant de sa grand-mère l'autre de sa mère, dont il ressort qu'il a vécu en Guyane avec sa grand-mère à laquelle il a été confié à l'âge d'un an jusqu'en 2010, date à laquelle il a rejoint sa mère, entrée en Guyane en 1997 et installée à Cayenne à compter de 2010. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que M. B a bénéficié d'un titre de séjour délivré par les autorités guyanaises, valable du 26 mai 2016 au 25 mai 2017. Entré en métropole en septembre 2016 selon ses déclarations, M. B y a été incarcéré du 16 décembre 2016 au 25 juillet 2018 pour purger une peine d'un mois d'emprisonnement pour recel prononcée à son encontre le 24 novembre 2017, ainsi que la partie ferme d'une peine de trois ans d'emprisonnement dont un an assorti d'un sursis avec mise à épreuve de deux ans prononcée à son encontre le 31 mai 2018 pour infractions à la législation sur les stupéfiants. Le 5 novembre 2020 la révocation totale de son sursis avec mise à épreuve a été prononcée par le juge de l'application des peines de Lorient, dont la décision a été confirmée le 30 mars 2021 par la chambre d'application des peines de la cour d'appel de Rennes. M. B a été interpellé le 23 février 2021 pour infractions à la législation sur les stupéfiants et condamné le 1er septembre 2021 à six mois d'emprisonnement. Incarcéré du 24 février 2021 au 7 mars 2022 pour purger cette peine et celle résultant de la révocation de son sursis avec mise à épreuve, il s'est vu notifier le 4 mars 2022 par le préfet de la Sarthe une obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans, et a été assigné à résidence par décision du même jour, à sa sortie de prison. Son recours contre ces décisions a été rejeté par un jugement du 20 septembre 2022 du magistrat désigné du tribunal administratif de Nantes, dont M. B a interjeté appel. Le 13 mars 2023 suite à son refus d'embarquer sur un vol à destination du Surinam, M. B a fait l'objet d'un placement en garde à vue et s'est vu notifier par le préfet de la Sarthe la décision attaquée. Si M. B justifie par les éléments précités de sa présence sur le territoire français depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans, il n'établit toutefois pas la continuité de son séjour entre juillet 2018 et février 2021. M. B indique à l'audience qu'astreint à une obligation de travail et de soins dans le cadre du sursis avec mise à épreuve prononcé à son encontre le 31 mai 2018, il a d'abord fait l'objet d'un suivi par le service de probation et d'insertion de Vannes puis par celui de Lorient à compter de 2020. Toutefois, il ne produit aucun élément au soutien de ses allégations, alors que son sursis avec mise à l'épreuve a fait ainsi qu'il a été dit l'objet d'une révocation par le juge de l'application des peines en 2020, dont il n'est pas davantage justifié des motifs. Ni la circonstance que M. B ait saisi le 24 novembre 2020 la préfecture de Vannes d'une demande de régularisation de sa situation, ni celle que dans une attestation du 14 mars 2023, une ressortissante française indique avoir été " en couple " avec M. B de novembre 2020 à janvier 2021 ne suffisent à établir la résidence habituelle de l'intéressé en France au cours de la période précitée. Dans ces conditions, M. B ne peut être regardé comme rapportant, dans le cadre de la présente instance, la preuve d'une résidence habituelle en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit donc être écarté.

9. En cinquième lieu, pour fonder la décision attaquée, le préfet de la Sarthe s'est fondé sur la circonstance que si M. B s'est vu délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention vie privée et familiale valable du 26 mai 2016 au 25 mai 2017, il s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français sans en demander le renouvellement et non pas sur la circonstance que l'intéressé constitue une menace pour l'ordre public. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet de la Sarthe aurait commis une erreur d'appréciation en considérant que le comportement de M. B était constitutif d'un trouble à l'ordre public doit être écarté.

10. En sixième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". M. B se prévaut de la présence en France de plusieurs membres de sa famille en la personne de son père et de sa mère, bénéficiaires de titres de séjour, celui de sa mère ayant toutefois expiré le 8 décembre 2021, ainsi que de quatre de ses frères et sœurs de nationalité française. Toutefois, alors que M. B a rejoint la métropole en septembre 2016, il ne justifie pas ni de liens particuliers ni de rencontres avec sa famille établie en Guyane, hormis des échanges téléphoniques avec sa mère, que son éloignement du territoire français ne l'empêche pas de poursuivre. Par ailleurs, la décision attaquée ne fait pas obstacle à ce que la famille de M. B, établie en Guyane, lui rende visite au Surinam, compte tenu notamment de la proximité de la Guyane avec ce pays, d'ailleurs relevée par M. B dans son audition du 9 février 2022. De même, si M. B justifie d'un hébergement dans la Sarthe chez son demi-frère, ce seul élément n'est pas suffisant pour attester de l'intensité de leurs liens. Si le requérant se prévaut également d'une relation sentimentale avec une ressortissante française, mère de cinq enfants, et produit pour en justifier deux attestations établie par cette dernière qui fait état de sa relation de couple avec M. B de novembre 2020 à janvier 2021 puis depuis le 23 juin 2022, cette relation ne présente pas un caractère d'ancienneté et de stabilité suffisant, étant relevé que M. B est domicilié dans la Sarthe, alors que sa compagne habite à Lorient. Le requérant, condamné à plusieurs reprises notamment pour des infractions à la législation sur les stupéfiants, ne justifie pas par ailleurs d'une insertion particulière sur le territoire français. Par suite, et malgré la circonstance alléguée que M. B ne disposerait pas d'attaches familiales au Surinam et n'en parlerait pas la langue, il n'est pas établi que la décision attaquée porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise et qu'elle méconnaît ainsi les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'est pas davantage établi que le préfet de la Sarthe aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressé.

En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :

11. En premier lieu, l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français opposée à M. B n'étant pas établie, l'exception d'illégalité de cette décision, soulevée à l'appui des conclusions d'annulation dirigées contre la décision portant refus de délai de départ volontaire doit être écartée.

12. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () / 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour () /4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / 6° L'étranger, entré irrégulièrement sur le territoire de l'un des États avec lesquels s'applique l'acquis de Schengen, fait l'objet d'une décision d'éloignement exécutoire prise par l'un des États ou s'est maintenu sur le territoire d'un de ces États sans justifier d'un droit de séjour () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. () ".

13. Pour estimer que le comportement de M. B constitue une menace pour l'ordre public, le préfet de la Sarthe s'est fondé sur les condamnations décrites au point 8. Si M. B fait valoir que les infractions à l'origine de ces condamnations sont anciennes, il ressort des pièces du dossier qu'il a été interpellé en 2021 soit à une date récente pour des infractions de la même nature que celles pour lesquelles il avait déjà été condamné le 31 mai 2018, la circonstance que le Procureur de la République ait choisi de poursuivre ces infractions dans le cadre d'une procédure de comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité n'étant pas de nature à permettre de minimiser la gravité des faits commis, lesquels ont donné lieu à une nouvelle peine d'emprisonnement de six mois. Eu égard à la nature de ces faits, commis alors que l'intéressé se maintenait irrégulièrement sur le territoire français, et à leur réitération y compris à une période récente, le préfet de la Sarthe a pu, alors même que le comportement de M. B en détention et ses efforts de réinsertion ont été reconnus par le juge de l'application des peines qui l'a placé en centre de semi-liberté à compter du 25 novembre 2021, estimer sans erreur d'appréciation que son comportement constituait une menace pour l'ordre public.

14. Si M. B soutient par ailleurs qu'il a effectué en novembre 2020 et en novembre 2021 des démarches aux fins de régulariser sa situation et qu'hébergé chez son demi-frère, il s'est toujours présenté spontanément aux autorités préfectorales, il ressort des pièces du dossier qu'il a refusé de se soumettre à l'exécution de la mesure d'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre le 4 mars 2022 en refusant d'embarquer sur le vol à destination du Suriname le 13 mars 2023. Dans ces conditions, en estimant qu'il existait un risque que M. B se soustraite à la décision portant obligation de quitter le territoire français, le préfet de la Sarthe n'a pas entaché sa décision d'erreur d'appréciation.

En ce qui concerne la fixation du pays de renvoi :

15. En premier lieu, l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sans délai n'étant pas établie, l'exception d'illégalité de ces décisions, soulevée à l'appui des conclusions d'annulation dirigées contre la décision fixant le pays de renvoi doit être écartée.

16. En seconde lieu, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'existence d'une erreur manifeste dans l'appréciation par le préfet de la Sarthe des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de M. B doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 10.

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

17. En premier lieu, l'illégalité du refus de délai de départ volontaire n'étant pas établie, l'exception d'illégalité de ce refus, soulevée à l'appui des conclusions d'annulation dirigées contre la décision d'interdiction de retour sur le territoire français doit être écartée.

18. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". L'article L. 612-10 du même code prévoit : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".

19. En troisième lieu, la décision attaquée comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle indique que M. B ne justifie pas de ses allégations selon lesquelles il serait entré sur le territoire français à l'âge d'un an et y aurait résidé jusqu'en 2016 avant de rejoindre la métropole, qu'il ne démontre pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine et qu'il constitue une menace à l'ordre public compte tenu des condamnations dont il a fait l'objet. Elle est ainsi suffisamment motivée. Il ne ressort ni de ses termes ni des autres pièces du dossier que le préfet de la Sarthe n'aurait pas examiné de manière complète la situation de M. B au regard des dispositions précitées s'agissant notamment de l'existence de circonstances humanitaires. Les moyens tirés d'une insuffisante motivation de la décision attaquée et d'un défaut d'examen complet de la situation de M. B doivent donc être écartés.

20. En quatrième lieu, les éléments de la situation de M. B tels que décrits aux points 8 et 10 ne permettent pas de caractériser l'existence de circonstances humanitaires au sens des dispositions précitées de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen tiré de la méconnaissance de cet article doit donc être écarté.

21. En cinquième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui ne s'applique pas à la situation de M. B doit être écarté comme inopérant.

22. En sixième lieu, compte tenu des éléments de la situation de M. B tels que décrits aux points 8 et 10, en fixant à deux ans la durée de l'interdiction de retour de l'intéressé sur le territoire français, le préfet de la Sarthe n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

23. En dernier lieu, les moyens tirés de ce que la décision attaquée méconnaîtrait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et serait entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation par le préfet de la situation personnelle de M. B doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux indiqués au point 10.

24. Il résulte de tout ce qui précède, que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E B et au préfet de la Sarthe.

Lu en audience publique le 17 mars 2023.

La magistrate désignée,

signé

A. A La greffière d'audience,

signé

A. Gauthier

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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