jeudi 15 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2301431 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | BOZETINE AMNACHE HALLAL ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, un mémoire et des pièces enregistrés les 15 mars et 26 mai 2023 M. A B, représenté par Me Bozetine, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 31 janvier 2023 par lequel le préfet des Côtes d'Armor lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière ;
2°) d'enjoindre au préfet des Côtes d'Armor de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " Vie Privée et Familiale " dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir.
M. B soutient que :
- l'arrêté en litige méconnaît les stipulations de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien ;
- il appartiendra au préfet de produire l'avis émis par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration et de sa régularité ;
- son éloignement porterait une atteinte grave à sa santé ;
- le préfet ne justifie pas des condamnations qu'il invoque dans son arrêté ;
- il n'est pas justifié des propos qui lui sont reprochés ;
- l'arrêté en litige méconnaît les stipulations de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 mars 2023.
Les pièces transmises par la préfecture des Côtes d'Armor le 18/04/2023 ne sont pas mentionnées '
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Moulinier a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant algérien, est arrivé en France en juillet 2014. Il a sollicité son admission au séjour sur le fondement de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien. Cette demande a été rejetée par un arrêté du Préfet des côtes d'Armor du 31 Janvier 2023, dont il demande l'annulation.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 7) au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays ".
3. Il résulte des stipulations de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien qu'il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser l'admission au séjour sur le fondement de ces stipulations, de vérifier, au vu de l'avis émis le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), que cette décision ne peut avoir de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'intéressé et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays dont l'étranger est originaire. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans son pays d'origine. Si de telles possibilités existent mais que l'étranger fait valoir qu'il ne peut en bénéficier, soit parce qu'elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment aux coûts du traitement ou à l'absence de modes de prise en charge adaptés, soit parce qu'en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l'empêcheraient d'y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l'ensemble des informations dont elle dispose, d'apprécier si l'intéressé peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine.
4. Pour rejeter la demande de titre de séjour que sollicitait M. B pour raisons médicales, le préfet des Côtes d'Armor a estimé, au vu de l'avis émis par le collège des médecins de l'OFII du 15 mai 2022, que si son état de santé nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut toutefois bénéficier effectivement d'un traitement approprié en Algérie.
5. Il ressort des pièces du dossier que M. B souffre de problèmes psychiatriques. A cet égard, il produit une décision d'admission en soins psychiatriques au centre hospitalier Bon Sauveur de Bégard en date du 19 janvier 2022 et un article du journal le soir d'Algérie pointant les difficultés de la prise en charge de la psychiatrie dans cet Etat. Toutefois, il n'établit pas qu'il ne pourrait poursuivre sa prise en charge en Algérie. Ainsi, et dès lors que le requérant ne justifie pas qu'un traitement approprié serait impossible en Algérie, il ne remet pas utilement en cause l'avis du collège des médecins de l'OFII du 15 mai 2022 et n'est dès lors pas fondé à soutenir que le préfet des Côtes d'Armor aurait méconnu les stipulations précitées dans l'examen de sa situation ni qu'il aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des conséquences de celle-ci sur son état de santé. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance par l'arrêté en litige de ces stipulations doit être écarté au même titre que celui tiré de l'erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet des Côtes d'Armor sur les conséquences de cette décision.
6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat () ". Aux termes de l'article L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les parents étrangers de l'étranger mineur qui remplit les conditions prévues à l'article L. 425-9, ou l'étranger titulaire d'un jugement lui ayant conféré l'exercice de l'autorité parentale sur ce mineur, se voient délivrer, sous réserve qu'ils justifient résider habituellement en France avec lui et subvenir à son entretien et à son éducation, une autorisation provisoire de séjour d'une durée maximale de six mois() ". En application de l'article R. 313-22 du même code, alors applicable, le préfet délivre la carte de séjour au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Aux termes de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 : " Au vu du rapport médical mentionné à l'article 3, un collège de médecins désigné pour chaque dossier dans les conditions prévues à l'article 5 émet un avis, conformément au modèle figurant à l'annexe C du présent arrêté, précisant : / a) si l'état de santé de l'étranger nécessite ou non une prise en charge médicale ; / b) si le défaut de cette prise en charge peut ou non entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur son état de santé ; / c) si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont le ressortissant étranger est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ; / d) la durée prévisible du traitement. / Dans le cas où le ressortissant étranger pourrait bénéficier effectivement d'un traitement approprié, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, le collège indique, au vu des éléments du dossier du demandeur, si l'état de santé de ce dernier lui permet de voyager sans risque vers ce pays. ".
7. Le préfet justifie, par les pièces qu'il produit, de la régularité de la procédure de consultation de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) et notamment de ce que le médecin ayant établi le rapport médical destiné à chacun des membres du collège des médecins n'a pas siégé dans cette instance. Par suite, le moyen tiré de ce que l'avis de l'OFII aurait été rendu à l'issue d'une procédure irrégulière doit être écarté.
8. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 5 du présent jugement M. B ne démontre pas ne pas pouvoir bénéficier d'un traitement idoine pour sa pathologie en Algérie. Par suite, le moyen tiré de ce que le préfet des Côtes d'Armor aurait commis une erreur de droit ou une erreur manifeste d'appréciation en décidant d'assortir sa décision de refus de titre de séjour d'une décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.
9. En troisième lieu, le requérant fait grief à l'arrêté de mentionner qu'il est défavorablement connu au fichier du traitement des antécédents judiciaires (TAJ).
10. Pour refuser le titre de séjour sollicité et obliger M. B à quitter le territoire français, le préfet s'est non seulement fondé sur le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qu'il a visés dans l'arrêté attaqué, mais il a également retenu que le comportement de l'intéressé constituait une menace pour l'ordre public dès lors qu'il était connu au fichier du traitement des antécédents judiciaires pour avoir commis pour les faits suivants : d'usage illicite de stupéfiants à Bégard le 14 octobre 2022, d'escroquerie à Paris le 18 décembre 2019, de recel de bien provenant d'un vol à Paris le 18 décembre 2019, de recel de bien provenant d'un vol à Paris le 17 décembre 2019, de vol à Paris le 2 octobre 2017, de fourniture d'identité imaginaire pouvant provoquer des mentions erronées au casier judiciaire à Paris le 2 octobre 2017, de vol aggravé par trois circonstances à Paris le 25 septembre 2015 et de violence sur un mineur de 15 ans sans incapacité à Paris le 25 septembre 2015, sans en apporter la preuve, ainsi que retenir qu'il a été entendu le 24 novembre 2022 par les militaires de la gendarmerie de Guingamp pour la plainte du Conseil Départemental à l'encontre de l'intéressé qui aurait prononcé : " j'vais faire comme les frères Kouachi, j'vais partir en Belgique, vous verrez bien ce qui va se passer à noël ". Dans ces conditions, il n'est pas établi que le comportement de M. B constituerait, à la date de l'arrêté attaqué, une menace réelle et actuelle pour l'ordre public. Pour autant, il résulte de l'instruction que le préfet aurait pris la même décision s'il ne s'était fondé que sur la seule circonstance que l'intéressé s'était vu refuser la délivrance d'un titre de séjour prévue au 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en sorte que l'erreur commise demeure sans influence sur la décision attaquée.
11. En dernier lieu, d'une part aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ; ". D'autre part, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
12. Il ressort des pièces des dossiers que M. B est entré une première fois en France le 11 juillet 2014, puis reparti le 30 juillet 2014 et serait revenu le 7 mai 2015, muni d'un passeport revêtu d'un visa C valable 90 jours du 7 juillet 2014 au 6 juillet 2015. Si le requérant se prévaut de la présence en France de ses parents et de sa fratrie en France, à l'exception d'un de ses frères résidant en Turquie et du fait qu'il a travaillé en France de 2014 à 2019 et payé ses impôts en France, il ressort néanmoins des pièces du dossier et notamment de son audition précitée qu'il est sans ressource en France, qu'il ne justifie pas d'une intégration particulière, qu'il a vécu plus de vingt ans dans son pays d'origine, soit la majeure partie de sa vie, et la production d'une simple fiche familiale d'état ne suffit par elle-même à établir qu'il est dénué de toute attache dans son pays d'origine. Enfin, il n'est pas contesté qu'il n'a pas, non plus déféré à deux précédentes mesures d'éloignement. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée et n'a, dès lors, pas méconnu les stipulations mentionnées au point précédent du présent jugement.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. B doivent être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
14. Le présent jugement de rejet n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par M. B.
15. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet des Côtes d'Armor.
Délibéré après l'audience du 1er juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Descombes, président,
M. Moulinier, premier conseiller,
M. Grondin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juin 2023.
Le rapporteur,
Signé
Y. Moulinier Le président
Signé
G. Descombes
La greffière,
Signé
L. Garval
La République mande et ordonne au préfet des Côtes d'Armor en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026