vendredi 24 mars 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2301475 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | Eloignement urgent |
| Avocat requérant | CABINET D'AVOCATS LE STRAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 mars 2023, à 20 h 11, M. C B, représenté par Me Le Strat, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 15 mars 2023 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé de le transférer à destination des autorités belges ;
3°) d'annuler l'arrêté du même jour par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé de l'assigner à résidence ;
4°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de l'autoriser à solliciter l'asile en France et de lui délivrer une attestation de demande d'asile sous procédure normale dans un délai de trois jours à compter de la notification du jugement ou, à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente ;
5°) de mettre à la charge de l'État le versement d'une somme de 1 500 euros au titre de l'article 37 de la loi sur l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté de transfert n'est pas suffisamment motivé et n'a pas été précédé d'un examen complet de sa situation ;
- il n'est pas établi qu'il a reçu les brochures requises par l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 ;
- il n'est pas établi que les autorités belges ont accepté leur responsabilité préalablement à l'édiction de l'arrêté de transfert ;
- l'arrêté de transfert méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les articles 17-1 et 3 paragraphe 2 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 et le droit constitutionnel d'asile ;
- l'arrêté de transfert méconnaît l'article 17-1 du règlement (UE) n° 604/2013, l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- l'arrêté prononçant son assignation à résidence doit être annulé par voie de conséquence de l'annulation de l'arrêté de transfert.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 mars 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Le préfet fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Albouy, premier conseiller, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. A,
- les observations de Me Semino, substituant Le Strat, représentant M. B, absent.
La clôture de l'instruction a été prononcée après que les parties ont formulé leurs observations orales, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. B justifiant du dépôt d'une demande auprès du bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu, en raison de l'urgence, de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
2. M. B, qui est un ressortissant palestinien né 1992 en Égypte, est entré en France irrégulièrement le 6 février 2023. Il a sollicité son admission au séjour au titre de l'asile auprès des services de la préfecture d'Ille-et-Vilaine le 14 février 2023. La consultation du fichier Eurodac a toutefois fait ressortir qu'il avait précédemment déposé des demandes de protection internationale en Belgique et en Espagne. Les autorités françaises ont alors saisi leurs homologues de ces deux États membres de l'Union européenne de demandes de reprise en charge de M. B sur le fondement du b du 1 de l'article 18 du règlement (UE) n° 604-2013. Alors que les autorités espagnoles ont refusé de faire droit à cette demande, les autorités belges auraient donné leur accord le 28 février 2023. Par l'arrêté attaqué, du 15 mars 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé de transférer M. B à destination des autorités belges afin que celles-ci examinent sa demande d'asile.
Sur les conclusions en annulation de l'arrêté de transfert :
3. Aux termes de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve du troisième alinéa de l'article L. 571-1, l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre État peut faire l'objet d'un transfert vers l'État responsable de cet examen. / Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative. / Cette décision est notifiée à l'intéressé. Elle mentionne les voies et délais de recours ainsi que le droit d'avertir ou de faire avertir son consulat, un conseil ou toute personne de son choix. Lorsque l'intéressé n'est pas assisté d'un conseil, les principaux éléments de la décision lui sont communiqués dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend. ".
4. En premier lieu, l'arrêté attaqué mentionne l'ensemble des circonstances de fait et des motifs de droit au regard desquels le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé de transférer M. B à destination des autorités belges. Cet arrêté rappelle les constatations qui ont conduit les autorités françaises à transmettre aux autorités belges une requête aux fins de reprise en charge, la réponse positive apportée par celles-ci, et prend en compte l'ensemble des éléments pertinents, au regard de son objet, portés à la connaissance des services de la préfecture par M. B. Le préfet y souligne notamment que, si l'intéressé a informé les autorités françaises du rejet de sa demande d'asile en Belgique et de l'existence d'une mesure d'éloignement prise à son encontre par les autorités de ce pays, il n'est pas manifeste que sa demande d'asile a été définitivement rejetée, ou que la décision d'éloignement ne serait plus susceptible de recours et, qu'en tout état de cause, il n'est pas établi que sa demande d'asile n'a pas été instruite en Belgique en respectant les garanties exigées par le respect du droit d'asile, que la mesure d'éloignement n'a pas été précédée d'une évaluation des risques réels de mauvais traitements qui naîtraient de son renvoi dans le pays dont il a la nationalité ou qu'il ne pourrait pas faire valoir des éléments nouveaux relatifs à sa situation personnelle ou aux craintes relatives à un retour en Palestine, dans le cadre d'un réexamen de sa demande d'asile ou d'une contestation d'une mesure d'éloignement. Par suite, le moyen tiré du caractère insuffisant de la motivation de l'arrêté attaqué doit être écarté.
5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé : " Droit à l'information / 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement, et notamment : / a) des objectifs du présent règlement et des conséquences de la présentation d'une autre demande dans un État membre différent ainsi que des conséquences du passage d'un État membre à un autre pendant les phases au cours desquelles l'État membre responsable en vertu du présent règlement est déterminé et la demande de protection internationale est examinée; / b) des critères de détermination de l'État membre responsable () ; / c) de l'entretien individuel en vertu de l'article 5 () ; / d) de la possibilité de contester une décision de transfert et, le cas échéant, de demander une suspension du transfert; / e) du fait que les autorités compétentes des États membres peuvent échanger des données le concernant aux seules fins d'exécuter leurs obligations découlant du présent règlement; / f) de l'existence du droit d'accès aux données le concernant (). / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune () / Si c'est nécessaire à la bonne compréhension du demandeur, les informations lui sont également communiquées oralement, par exemple lors de l'entretien individuel visé à l'article 5. / () / Cette brochure commune comprend également des informations relatives à l'application du règlement (UE) n° 603/2013 et, en particulier, à la finalité pour laquelle les données relatives à un demandeur peuvent être traitées dans Eurodac. La brochure commune est réalisée de telle manière que les États membres puissent y ajouter des informations spécifiques aux États membres. Ces actes d'exécution sont adoptés en conformité avec la procédure d'examen visée à l'article 44, paragraphe 2, du présent règlement. ". Aux termes de l'article 20 de ce règlement : " () 2. Une demande de protection internationale est réputée introduite à partir du moment où un formulaire présenté par le demandeur () est parvenu aux autorités compétentes de l'État membre concerné () ". Il résulte de ces dispositions que le demandeur d'asile auquel l'administration entend faire application du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit se voir remettre l'ensemble des éléments d'information prévus au paragraphe 1 de l'article 4 du règlement. La remise de ces éléments doit intervenir en temps utile pour lui permettre de faire valoir ses observations, c'est-à-dire au plus tard lors de l'entretien prévu par les dispositions de l'article 5 du même règlement, entretien qui doit notamment permettre de s'assurer qu'il a compris correctement ces informations. Eu égard à leur nature, la remise par l'autorité administrative de ces informations prévues par les dispositions précitées constitue pour le demandeur d'asile une garantie.
6. Il ressort des pièces du dossier que M. B s'est vu remettre, le 14 février 2023, jour du dépôt de sa demande d'asile et au plus tard lors de l'entretien individuel, les deux brochures intitulées " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - quel pays sera responsable de l'analyse de ma demande ' " et " Je suis sous procédure Dublin - qu'est-ce que cela signifie ' ", qui contiennent l'ensemble des informations prescrites par les dispositions de l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013. Ces documents lui ont été remis en langue arabe qu'il a déclaré comprendre et lire. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit à l'information du demandeur d'asile, énoncé à l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, et du vice de procédure qui en résulterait doit être écarté.
7. En troisième lieu, le moyen tiré de ce que les autorités belges n'auraient pas fait connaître leur accord en réponse à la requête aux fins de reprise en charge, qui leur a été adressée, manque en fait et doit, par suite, être écarté, dès lors que le préfet d'Ille-et-Vilaine a produit la décision du 28 février 2023 par laquelle les autorités belges ont accepté de reprendre en charge M. B.
8. En quatrième lieu, si M. B, qui n'est présent en France que depuis le 6 février 2023, fait valoir qu'il est actuellement pris en charge et hébergé par une personne titulaire d'une carte de résident, et aurait des cousins résidant à Lille, ces circonstances ne sont pas de nature à démontrer qu'en décidant de le transférer à destination de la Belgique, le préfet d'Ille-et-Vilaine aurait, d'une part, porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale et aurait ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, d'autre part, commis une erreur manifeste d'appréciation en ne faisant pas application de la clause discrétionnaire prévue au 1 de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013, ou aurait, enfin, méconnu le 2 de l'article 3 de ce règlement, ainsi que le droit constitutionnel d'asile.
9. En cinquième lieu, en l'absence de tout élément sur les circonstances qui ont amené M. B à quitter la Palestine et sur la réalité, la nature et la gravité des risques qu'il encourrait en cas de retour dans ce pays, qui ne peuvent pas être présumées alors même qu'il sollicite l'asile, la simple circonstance que sa demande d'asile aurait été définitivement rejetée en Belgique et qu'il y fait l'objet d'un ordre de quitter le territoire belge ainsi que le territoire des autres États parties à l'accord de Schengen, ne saurait à elle seule établir qu'en décidant de le transférer à destination de la Belgique, le préfet expose le requérant à des peines ou traitements prohibés par les stipulations des articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et qu'il était tenu, par conséquent, de faire application des dispositions du 1 de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, ainsi que du 1 de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013, doit être écarté.
10. En sixième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier, ainsi que de tout ce qui précède que l'arrêté attaqué n'a pas été précédé d'un examen complet de la situation de M. B.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête de M. B en annulation de l'arrêté de transfert du 15 mars 2023 doivent être rejetées.
Sur les conclusions en annulation de l'arrêté portant assignation à résidence :
12. Les conclusions de la requête de M. B présentées aux fins d'annulation de l'arrêté de transfert étant rejetées, le moyen tiré de ce que l'arrêté portant assignation à résidence doit être annulé, par voie de conséquence, de l'annulation de la mesure de transfert ne peut qu'être écarté. Par suite, les conclusions visées ci-dessus doivent également être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
13. Le présent jugement qui rejette les conclusions de la requête aux fins d'annulation des arrêtés attaqués n'impliquant aucune mesure d'exécution, il y a lieu de rejeter les conclusions présentées aux fins d'injonction.
Sur les frais d'instance :
14. Les dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 faisant obstacle à l'octroi d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens à la partie perdante, il y a lieu de rejeter les conclusions de la requête présentées sur leur fondement.
D É C I D E :
Article 1er : M. B est admis à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : La requête de M. B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mars 2023.
Le magistrat désigné,
signé
E. ALa greffière,
signé
P. Lecompte
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026