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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2301506

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2301506

vendredi 16 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2301506
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantVERVENNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et deux mémoires, enregistrés le 19 mars, le 16 mai et le 17 mai 2023, ces deux mémoires n'ayant pas été communiqués, M. A D, représenté par Me Vervenne, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté 6 janvier 2023 par lequel le préfet du Finistère a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet Finistère de lui délivrer, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", " salarié " ou " travailleur temporaire " et à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer un récépissé valant autorisation provisoire de séjour, avec autorisation de travailler dans un délai de trois jours ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91- 647 du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

' l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

' l'arrêté est insuffisamment motivé et ne résulte pas d'un examen particulier de sa situation ;

' la décision de refus de titre de séjour :

- méconnaît les articles L. 425-9 et R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

' l'obligation de quitter le territoire français trouve privée de base légale pour être fondée sur la décision de refus de séjour illégale ;

' la décision fixant le pays d'éloignement :

- se trouve privée de base légale pour être fondée sur la décision de refus de séjour illégale ;

- est insuffisamment motivée.;

Par un mémoire en défense, enregistré le 28 avril 2023, le préfet Finistère conclut au rejet de la requête.

Le préfet soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 février 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République du Mali sur la circulation et le séjour des personnes ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Radureau a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, né le 20 février 2001, de nationalité malienne, est arrivé en France le 2 août 2017 en tant que mineur et a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance du Finistère par un jugement du 6 septembre 2018. Devenu majeur, il a sollicité le 6 février 2019 son admission au séjour mais le 6 décembre 2019, le préfet du Finistère a pris à son encontre un arrêté lui faisant obligation de quitter le territoire français, dont la légalité a été confirmée par un jugement n° 1906221 du 19 février 2020 et une ordonnance n° 20NT00633 du 9 mars 2020 de la cour administrative d'appel de Nantes. Se maintenant sur le territoire, M. D a présenté, le 21 octobre 2022, une demande de titre de séjour en raison de son état de santé. Par un arrêté du 6 janvier 2023, dont le requérant demande l'annulation, le préfet du Finistère a refusé de lui délivrer le titre demandé, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. B C, directeur de cabinet du préfet du Finistère. Par un arrêté 26 juillet 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet du Finistère a donné délégation à M. Christophe Marx, secrétaire général de la préfecture pour signer tous les actes dans la limite de ses attributions, à l'exception de certains au nombre desquels ne figurent pas les actes en matière de police des étrangers et en cas d'absence et d'empêchement du secrétaire général, l'article 2 précise que cette délégation de signature sera exercée par M. B C, directeur de cabinet. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions contestées doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il est fait application, notamment les dispositions des articles L. 425-9, L. 611-3 3° et L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il rappelle les éléments se rapportant à la situation personnelle et administrative de M. D en particulier le rejet de sa précédente demande de titre de séjour et relève que, par un avis du 2 décembre 2022, le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a indiqué que, d'une part, l'état de santé de l'intéressé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et, d'autre part, que cet état de santé lui permet de voyager sans risque vers son pays d'origine. Par ailleurs, l'arrêté attaqué indique que M. D, qui a vécu la majeure partie de sa vie dans son pays d'origine et n'établit pas ne plus y disposer d'attaches familiales, n'apporte pas d'éléments permettant de considérer qu'il y serait exposé à des mauvais traitements et qu'il peut, compte tenu des éléments portés à la connaissance de l'administration préfectorale, poursuivre sa vie privée et familiale dans son pays d'origine. L'arrêté attaqué comporte ainsi les considérations de droit et de fait sur lesquels le préfet s'est fondé pour rejeter la demande de titre de séjour de M. D, l'obliger à quitter le territoire français et fixer le pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des décisions attaquées manque en fait et doit être écarté.

4. En troisième lieu, il résulte de la motivation de l'arrêté que le préfet du Finistère a procédé à un examen réel et sérieux de la situation particulière de l'intéressé, au regard de sa demande de titre de séjour présentée uniquement en qualité d'étranger malade, en examinant au regard de l'avis du 2 décembre 2022 du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la nécessité pour lui de rester en France pour y bénéficier d'un traitement approprié à son état de santé ainsi que les éléments se rapportant à sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.

En ce qui concerne les autres moyens :

S'agissant du refus de titre de séjour :

5. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit à " l'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / Les orientations générales mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 425-9 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé. ".

6. En premier lieu, le préfet Finistère a produit en cours d'instance l'avis rendu le 2 décembre 2022 par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Par suite, le moyen tiré de ce qu'à défaut d'une telle production, la décision refusant à M. D un titre de séjour devrait être regardée comme entachée d'un vice de procédure au regard des articles L. 425-9 et R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'ayant pas été précisé ne peut qu'être écarté.

7. En deuxième lieu, pour l'application des dispositions citées au point 5, la partie qui justifie d'un avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

8. En l'espèce, pour refuser de délivrer le titre de séjour sollicité, le préfet du Finistère s'est notamment fondé sur l'avis émis le 2 décembre 2022 par le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration selon lequel, d'une part, l'état de santé de M. D nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et, d'autre part, cet état de santé lui permet de voyager sans risque vers ce pays.

9. M. D, qui a été reconnu comme travailleur handicapé le 7 décembre 2021 par la maison départementale des personnes handicapées et à qui incombe la charge de la preuve, produit seulement pour contester la décision attaquée deux attestations du même médecin généraliste, l'une en date du 24 décembre 2021 précisant qu'un " suivi médical spécialisé est effectué () nécessite de rester en France " et l'autre en date du 16 mai 2023 indiquant qu'il " nécessite toujours une surveillance endocrinologique ". Toutefois, ces documents médicaux ne sont pas de nature à attester de la gravité de son état de santé et à contredire l'appréciation du collège des médecins qui, en se basant sur le rapport établi par le médecin rapporteur qui a examiné M. D, a pu estimer qu'en raison de l'absence de conséquences d'une exceptionnelle gravité de son état de santé il n'était pas utile de statuer sur la prise en charge dans son pays d'origine. Dans ces conditions, en l'absence d'éléments suffisamment sérieux concernant les troubles de santé dont serait atteint M. D pour contester l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, il n'apparaît pas nécessaire pour le tribunal, qui n'y est pas tenu même si le requérant a levé le secret médical, de demander la communication de son entier dossier médical. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de la décision sur la situation de M. D doit être écarté.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. Il ressort des pièces du dossier que M. D qui est entré en France en 2017 a déjà fait l'objet le 6 décembre 2019 d'une mesure d'éloignement du territoire qu'il n'a pas respectée. L'intéressé, célibataire, sans charge de famille, n'établit pas être dépourvu d'attaches familiales à l'étranger, où résident sa mère et sa fratrie. Il n'apporte aucun élément précis se rapportant à son intégration et à sa situation sur le territoire et ne contredit pas le préfet du Finistère qui mentionne notamment dans l'arrêté attaqué l'absence d'un niveau de maîtrise minimum de la langue française, l'absence d'expériences ou de perspectives professionnelles, l'absence de diplômes et l'absence de liens particuliers et stables en France. Dans ces conditions, le préfet du Finistère n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris la décision attaquée et n'a, dès lors, méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français et de la décision fixant le pays d'éloignement :

12. Il résulte de ce qui précède que les moyens tirés de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de celle fixant le pays d'éloignement, invoqués par voie d'exception, doivent être écartés.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête, n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. D demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Par suite, les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2: Le présent jugement sera notifié à M. A D et au préfet du Finistère.

Délibéré après l'audience du 2 juin 2023, à laquelle siégeaient :

M. Radureau, président,

Mme Plumerault, première conseillère,

M. Bozzi, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juin 2023.

Le président-rapporteur,

signé

C. Radureau

L'assesseure la plus ancienne,

signé

F. Plumerault

La greffière d'audience,

signé

A. Bruézière

La République mande et ordonne au préfet Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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