mercredi 12 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2301549 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | MAZZA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 21 mars 2023, M. C A, représenté par Me Mazza, demande au juge des référés :
1°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision du directeur général du groupe hospitalier Bretagne Sud du 16 décembre 2022, confirmée sur recours gracieux le 25 janvier 2023, lui refusant le bénéfice de la protection fonctionnelle et la mise en œuvre du dispositif prévu à l'article L. 135-6 du code général de la fonction publique ;
2°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision du directeur général du groupe hospitalier Bretagne Sud et du président de la commission médicale d'établissement du 1er février 2023 le suspendant de ses fonctions de responsable de l'unité fonctionnelle de radiothérapie à compter du 6 février 2023 ;
3°) d'enjoindre au directeur général du groupe hospitalier Bretagne Sud de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle et de le réintégrer dans ses fonctions de responsable de l'unité fonctionnelle de radiothérapie, dans l'attente du jugement au fond ;
4°) de mettre à la charge du groupe hospitalier Bretagne Sud la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la condition tenant à l'urgence est satisfaite, dès lors que la décision le suspendant de ses fonctions de responsable de l'unité fonctionnelle de radiothérapie à compter du 6 février 2023 est de nature à gravement mettre en péril la sécurité des patients et la continuité des soins, en ce qu'elle prévoit que cette fonction sera, par intérim, assurée par le chef du service oncologie-radiologie, lequel n'est pas radiothérapeute et ne peut donc légalement diriger une telle unité ;
- le groupe hospitalier lui refuse la protection fonctionnelle et persiste à mettre en œuvre un comportement harcelant ; il refuse également de mettre en place le dispositif prévu par les dispositions de l'article L. 135-6 du code général de la fonction publique, obligatoire depuis le 1er mai 2020 ; l'ensemble du comportement du groupe hospitalier à son encontre procède de représailles, en réaction à ses tentatives de faire valoir tant ses droits que la sécurité des patients ;
- il existe un doute sérieux sur la légalité des décisions en litige, dès lors que :
* s'agissant de la décision portant suspension de ses fonctions de responsable de l'unité fonctionnelle de radiothérapie :
* elle n'est pas motivée ;
* elle est entachée d'un vice de procédure, en ce qu'elle n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire, alors même qu'elle a été prise en considération de sa personne ;
* elle a été édictée en méconnaissance totale du principe d'impartialité : la présidente de la commission médicale d'établissement est en situation de conflit ouvert avec lui, ayant par le passé tenté de lui faire porter la responsabilité du décès d'un patient, qui ne pouvait lui être imputé ;
* elle est entachée d'erreur de droit, en tant qu'elle méconnaît les dispositions de l'article R. 6146-5 du code de la santé publique : l'intérêt du service allégué n'est pas étayé ni justifié ; la décision ne vise qu'à le sanctionner pour avoir dénoncé des faits de harcèlement moral et de graves dysfonctionnements au sein du groupe hospitalier ; elle vise à l'intimider et le contraindre à poursuivre la médiation ;
* elle est illégale en tant qu'elle confie la responsabilité de l'unité de radiothérapie à un praticien qui n'est pas habilité en qualité de radiothérapeute, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 1333-68 du code de la santé publique ;
* elle est entachée de détournement de pouvoir, ayant été prise dans une volonté manifeste de représailles et d'intimidation à son encontre, pour avoir demandé le bénéfice de la protection fonctionnelle et le déclenchement du dispositif de signalement ; il s'agit d'une sanction déguisée ;
* s'agissant de la décision portant refus de protection fonctionnelle :
* elle est entachée de partialité ; elle est signée du directeur de l'établissement hospitalier, alors même qu'il est mis en cause par sa demande ; la demande devait être transmise au directeur de l'Agence régionale de santé de Bretagne ;
* elle est entachée d'un défaut de motivation ;
* elle est entachée d'un vice de procédure, le principe du contradictoire n'ayant pas été respecté : elle a été prise sans que lui ait été communiqué l'ensemble des éléments de son dossier et du rapport de médiation ;
* elle méconnaît les dispositions des articles L. 134-5 du code général de la fonction publique, applicables aux praticiens hospitaliers en application de l'article L. 6452-4 du code de la santé publique ; elle n'est pas prise pour un motif d'intérêt général ; le centre hospitalier refuse de mettre en œuvre le dispositif légal de signalement ; la médiation mise en place est biaisée et fait fi des agissements de harcèlement moral qu'il dénonce ; cette médiation ne peut se substituer au dispositif, devant obligatoirement être mis en place, de signalement ; est ainsi constitué le délit d'entrave.
Le groupe hospitalier Bretagne Sud, régulièrement informé de la requête et de l'audience publique, n'a pas produit d'observations écrites en défense.
Vu :
- la requête au fond n° 2301548, enregistrée le 21 mars 2023 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code de la santé publique ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Thielen, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 6 avril 2023 :
- le rapport de Mme B,
- les observations de Me Mazza, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que sa requête, par les mêmes moyens qu'elle développe.
Le groupe hospitalier Bretagne Sud n'était pas représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, praticien hospitalier spécialisé en radiothérapie au sein de l'hôpital du Scorff, situé à Lorient et appartenant au groupe hospitalier de Bretagne Sud, demande, par la présente requête, la suspension de l'exécution, d'une part, de la décision du directeur général de centre hospitalier du 16 décembre 2022, confirmée le 25 janvier 2023, lui refusant le bénéfice de la protection fonctionnelle et la mise en œuvre du dispositif prévu à l'article L. 135-6 du code général de la fonction publique et, d'autre part, de la décision de cette même autorité et du président de la commission médicale d'établissement du 1er février 2023 le suspendant de ses fonctions de responsable de l'unité fonctionnelle de radiothérapie à compter du 6 février 2023.
Sur les conclusions aux fins de suspension :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
En ce qui concerne la décision du 16 décembre 2022 :
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.
4. Pour justifier de l'urgence à suspendre l'exécution de la décision du directeur général du groupe hospitalier Bretagne Sud du 16 décembre 2022 portant refus de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle et de mettre en place un dispositif de signalement conforme aux exigences des dispositions de l'article L. 135-6 du code général de la fonction publique, M. A soutient qu'il a de longue date alerté la direction de l'établissement hospitalier des dysfonctionnements graves existants au sein du service de radiothérapie et des mesures discriminatoires dont il était victime de la part de ses confrères, tendant à le dénigrer et l'évincer, constituant autant de faits constitutifs de harcèlement moral, que le centre hospitalier refuse de mettre en place le dispositif de signalement légalement obligatoire, ce qui constitue un délit d'entrave, et qu'il a été victime de représailles après qu'il a décidé de ne plus prendre part à la médiation mise en place en interne au sein du centre hospitalier.
5. Toutefois, si les très nombreux courriels et documents produits à l'appui de la requête établissent l'existence d'une situation d'évidente tension au sein du service de radiothérapie, entre M. A et les autres praticiens hospitaliers, ainsi que de certains dysfonctionnements dans la prise en charge des patients, aucune de ces pièces ne corrobore les allégations de M. A relatives à l'existence de faits et d'agissements, de la part de ses confrères ou de la direction de l'établissement, qui tendraient à le dénigrer, l'évincer ou lui nuire et qui seraient en cela susceptibles de laisser présumer l'existence d'agissements ou d'actes procédant du harcèlement moral, les allégations de l'intéressé n'étant, au demeurant, ni étayées ni circonstanciées dans sa demande initiale, son recours gracieux et sa requête, qui ne font mention d'aucun fait précis.
6. Eu égard à l'absence d'indices concordants, en l'état du dossier, de l'existence d'agissements nuisibles à son encontre de la part des confrères de M. A, il ne résulte pas de l'instruction qu'existerait un risque manifeste d'atteinte à son intégrité physique, pas davantage qu'une atteinte volontaire à l'intégrité de sa personne ou des agissements constitutifs de harcèlement qui procèderaient de ses confrères, qu'il appartiendrait au groupe hospitalier Bretagne Sud de faire cesser sans délai. Il ne résulte pas davantage de l'instruction, eu égard à ces éléments et en l'état du dossier, que le choix de la direction de l'établissement de mettre en place une médiation interne à compter du printemps 2022, puis menée par l'instance interrégionale de médiation, selon les échanges de courriels en date du 9 février 2023, caractérise, de la part de la direction de l'établissement, un refus de prendre les mesures conservatoires qui s'imposeraient de protection de M. A, ni une action ou une attitude, à son égard, qui aurait excédé les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique et pourrait ainsi faire présumer un harcèlement moral.
7. Si, par ailleurs, l'intéressé évoque, dans le cadre de son recours gracieux, un grave risque de décompensation, aucune pièce du dossier, en particulier un certificat médical probant, précis et circonstancié, ne corrobore l'existence d'une atteinte grave et actuelle à son état de santé, que le refus de protection fonctionnelle en litige aggraverait. M. A n'établit par ailleurs pas que ce refus porterait une atteinte grave et immédiate à sa situation financière, l'intéressé n'établissant pas, ni même n'alléguant, avoir entamé de procédure juridictionnelle visant à poursuivre et à faire sanctionner le harcèlement moral dont il s'estime victime, devant le juge pénal, ou à être indemnisé des préjudices qui en découleraient, devant le juge administratif, le contraignant notamment à exposer des frais d'avocat.
8. Il résulte enfin de l'instruction que le groupe hospitalier Bretagne Sud a mis en place le dispositif de signalement prescrit par les dispositions de l'article L. 135-6 du code général de la fonction publique, ainsi que cela résulte de la note de service interne du 16 décembre 2022. S'il ne saurait être contesté que cette mise en place est strictement concomitante au refus initial de protection fonctionnelle opposé par le directeur général du groupe hospitalier de Bretagne Sud, et à supposer même que ce dispositif soit perfectible au regard des exigences légales et réglementaires applicables, il ne résulte pour autant pas de l'instruction qu'existerait, à la date de la présente ordonnance, un refus de mettre en œuvre le dispositif légalement exigé, pas davantage qu'un délit d'entrave, qu'il y aurait urgence à faire cesser.
9. Il résulte de ce qui a été dit aux points 5 à 8 que M. A n'établit pas que la décision du 16 décembre 2022 portant refus de protection fonctionnelle lui préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate pour que la condition tenant à l'urgence soit regardée comme satisfaite.
10. Les conclusions de la requête tendant à la suspension de son exécution ne peuvent, par suite, qu'être rejetées.
En ce qui concerne la décision du 1er février 2023 :
11. Aux termes de l'article R. 6146-5 du code de la santé publique : " Il peut être mis fin, dans l'intérêt du service, aux fonctions de chef de service ou de responsable de structure interne ou d'unité fonctionnelle par décision conjointe du directeur et du président de la commission médicale d'établissement, après avis du chef de pôle. / () ".
12. Aux termes, par ailleurs, de son article R. 1333-68 : " I. - L'emploi des rayonnements ionisants sur le corps humain est réservé aux médecins et chirurgiens-dentistes justifiant des compétences requises pour réaliser des actes utilisant des rayonnements ionisants et, dans les conditions définies à l'article L. 4351-1, aux manipulateurs d'électroradiologie médicale. / Les professionnels de santé qui ont bénéficié d'une formation adaptée à l'utilisation médicale des rayonnements ionisants peuvent être associés aux procédures de réalisation des actes. / () ". Aux termes de son article R. 1333-69 : " I. - La formation initiale des professionnels de santé qui réalisent des procédures utilisant les rayonnements ionisants ou qui participent à ces procédures, comprend un enseignement relatif à la radioprotection des patients. / II. - Une décision de l'Autorité de sûreté nucléaire, homologuée par le ministre chargé de la santé, détermine les objectifs de la formation continue à la radioprotection des patients ainsi que les règles que respectent les organismes chargés de dispenser cette formation. / L'Autorité de sûreté nucléaire établit avec les professionnels de santé et publie des guides définissant les programmes de formation, les méthodes pédagogiques, les modalités d'évaluation et la durée de la formation ".
13. Aux termes de la décision en litige du 1er février 2023, le directeur général du groupe hospitalier Bretagne Sud et le président de la commission médicale d'établissement ont suspendu M. A de ses fonctions de responsable de l'unité fonctionnelle de radiothérapie, dans l'intérêt du service, à compter du 6 février 2023 et ont désigné la chef du service oncologie-radiothérapie en qualité de responsable par intérim de cette unité fonctionnelle. À cet égard, M. A soutient, sans être contredit par le groupe hospitalier Bretagne Sud, que la chef du service ainsi désignée est oncologue et ne dispose pas des compétences et habilitations requises, en qualité de radiothérapeuthe, pour diriger cette unité fonctionnelle. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 1333-68 du code de la santé publique apparaît par suite de nature, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision du 1er février 2023.
14. M. A soutient par ailleurs, sans être davantage contredit, que cette situation met gravement en cause tant la continuité que la qualité des soins prodigués dans cette unité fonctionnelle, particulièrement sensible. Dans ces circonstances et en l'état de l'instruction, M. A doit être regardé comme établissant que la décision en litige porte atteinte de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public pour que la condition tenant à l'urgence soit regardée comme satisfaite.
15. Il résulte de ce qui précède que M. A est fondé à demander que l'exécution de la décision du 1er février 2023 portant suspension de ses fonctions de responsable de l'unité fonctionnelle de radiothérapie et désignation du responsable par intérim soit suspendue, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité par une formation collégiale du tribunal.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
16. La présente ordonnance implique nécessairement mais seulement que le directeur du groupe hospitalier Bretagne Sud et le président de la commission médicale d'établissement réintègre M. A dans ses fonctions de responsable de l'unité fonctionnelle de radiothérapie, à titre provisoire, dans le délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
17. Celle-ci n'implique en revanche pas qu'il soit enjoint au directeur du groupe hospitalier Bretagne Sud de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle.
Sur les frais liés au litige :
18. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du groupe hospitalier Bretagne Sud la somme que M. A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision du directeur du groupe hospitalier Bretagne Sud et du président de la commission médicale d'établissement du 1er février 2023 portant suspension de M. A de ses fonctions de responsable de l'unité fonctionnelle de radiothérapie et désignation du responsable par intérim est suspendue, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité par une formation collégiale du tribunal.
Article 2 : Il est enjoint au directeur du groupe hospitalier Bretagne Sud et au président de la commission médicale d'établissement de réintégrer M. A dans ses fonctions de responsable de l'unité fonctionnelle de radiothérapie, à titre provisoire, dans le délai de cinq jours à compter de la notification de la présente ordonnance.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C A et au groupe hospitalier Bretagne Sud.
Copie en sera transmise pour information à l'Agence régionale de santé de Bretagne.
Fait à Rennes, le 12 avril 2023.
Le juge des référés,
signé
O. BLa greffière d'audience,
signé
J. Jubault
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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01/06/2026
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01/06/2026