lundi 3 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2301591 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Transfert 15j |
| Avocat requérant | MARAL |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 mars 2023, Mme A B, représentée par Me Maral, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 19 janvier 2023 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine a ordonné son transfert aux autorités néerlandaises pour l'examen de sa demande d'asile ;
2°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine d'enregistrer sa demande d'asile et de lui remettre une attestation de demande d'asile dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros à verser à son avocate sur le fondement des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- il appartient au préfet de justifier de la compétence du signataire de l'arrêté litigieux ;
- cet arrêté est insuffisamment motivé ;
- il n'est pas justifié de ce que les informations prévues par l'article 4 du règlement européen (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 lui ont bien été délivrées ;
- il n'est pas justifié de ce que les obligations posées par l'article 5 du même règlement ont bien été respectées ;
- il appartient au préfet de justifier que les obligations posées par les articles 12 et 21 du même règlement ont bien été respectées ;
- il appartient au préfet de justifier que les obligations posées par l'article 22 du même règlement ont bien été respectées ;
- l'arrêté est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 17 du règlement européen (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.
Par un mémoire en défense, enregistré le 29 mars 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Le préfet fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement européen (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Gourmelon, première conseillère, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les observations de Me Peres, substituant Me Maral, qui se désiste des moyens tirés de l'incompétence de l'auteur de l'acte, et de la méconnaissance des articles 4, 5, 12, 21 et 22 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ; s'agissant du moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation et de la méconnaissance de l'article 17 du même règlement, elle insiste sur la particulière vulnérabilité de Mme B en raison des violences qu'elle a subies de la part de son époux, et sur sa parfaite maîtrise du français, qui justifie que le préfet l'autorise à se maintenir en France, où elle tente de se reconstruire.
Le préfet d'Ille-et-Vilaine n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B, ressortissante tunisienne, est entrée régulièrement en France le 18 juillet 2022 et a sollicité l'asile le 23 août 2022. La consultation du fichier Visabio ayant révélé que l'intéressée était en possession d'un visa périmé le 11 août 2022 délivré par les autorités néerlandaises, le préfet d'Ille-et-Vilaine a saisi ces autorités le 7 novembre 2022 d'une demande de prise en charge sur le fondement de l'article 12.4. du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013. Les autorités néerlandaises ont fait connaître leur accord le 30 décembre 2022. Par l'arrêté litigieux du 19 janvier 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine a ordonné le transfert de Mme B aux autorités néerlandaises.
Sur l'aide juridictionnelle :
1. Mme B justifiant avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. L'arrêté litigieux expose les considérations de droit et de fait au vu desquelles le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé de transférer Mme B aux autorités néerlandaises. Il évoque en particulier la situation familiale de la requérante, notamment la présence à ses côtés de ses enfants mineurs, que les autorités néerlandaises ont également accepté de prendre en charge, et indique, au vu des éléments produits par le conseil de Mme B concernant sa situation, que ces éléments ne sont pas de nature en remettre en cause la décision de transfert, qui n'a ni pour objet ni pour effet de la renvoyer dans son pays d'origine. Ainsi, l'arrêté est suffisamment motivé.
3. Aux termes de l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque Etat membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. () ". La faculté pour les autorités françaises d'examiner une demande d'asile présentée par un ressortissant d'un État tiers, alors même que cet examen ne leur incombe pas, relève du pouvoir discrétionnaire du préfet et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.
4. Eu égard au niveau de protection des libertés et des droits fondamentaux dans les États membres de l'Union européenne, lorsque la demande de protection internationale a été introduite dans un État autre que la France, que cet État a accepté de prendre ou de reprendre en charge le demandeur et en l'absence de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, les craintes dont le demandeur fait état quant au défaut de protection dans cet État membre doivent en principe être présumées non fondées, sauf à ce que l'intéressé apporte, par tout moyen, la preuve contraire. La seule circonstance qu'à la suite du rejet de sa demande de protection par cet État membre, l'intéressé serait susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement ne saurait caractériser la méconnaissance par cet État de ses obligations.
5. Les Pays-Bas sont un État membre de l'Union européenne, partie à la fois à la convention de Genève et à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il est donc présumé que les conditions d'accueil et de prise en charge des demandeurs d'asile y sont conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile. Si la requérante fait état des violences dont elle a été victime de la part de son mari alors qu'elle vivait en Tunisie, et étaie ses propos par la production d'une traduction d'une décision du 4 mars 2022 du juge de la famille et de l'enfance menacée du tribunal de première instance d'El Kef lui ayant accordé une mesure de protection, l'arrêté de transfert litigieux n'a ni pour objet ni pour effet de renvoyer l'intéressée dans son pays d'origine, mais seulement aux Pays-Bas, qui a explicitement accepté de la reprendre en charge le 30 décembre 2022. Si la requérante soutient que sa situation de particulière vulnérabilité justifie que sa demande d'asile soit examinée en France, pays dont elle maîtrise la langue et dans lequel elle bénéficie d'une prise en charge par une association et d'un soutien psychologique, elle ne démontre pas qu'elle ne pourrait pas bénéficier d'une prise en charge équivalente adaptée aux Pays-Bas. Par suite, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation commise par le préfet en l'absence de mise en œuvre des clauses dérogatoires prévues à l'article 17 du règlement.
6. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 19 janvier 2023 ordonnant son transfert aux autorités néerlandaises.
Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :
7. Le présent jugement n'appelant aucune mesure d'exécution, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte de la requête ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
8. Les dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.
D É C I D E :
Article 1er : Mme B est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de Mme B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 avril 2023.
La magistrate désignée,
signé
V. CLa greffière,
signé
P. Lecompte
La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026