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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2301638

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2301638

mardi 4 février 2025

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2301638
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS HOUDART & ASSOCIES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rennes, saisi par Mme Hérouard, secrétaire médicale, d’un recours pour excès de pouvoir contre le rejet implicite de sa demande d’indemnité chaussures par le centre hospitalier Guillaume Régnier, constate que l’administration a, par une décision du 22 novembre 2023, accordé rétroactivement cette prime à l’intéressée. Cette décision, devenue définitive, a implicitement retiré le refus initial, rendant sans objet les conclusions à fin d’annulation. Le tribunal prononce donc un non-lieu à statuer sur ces conclusions, rejette les conclusions à fin d’injonction, mais rappelle au centre hospitalier son obligation d’exécuter la décision du 22 novembre 2023 dans un délai de six mois.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 23 mars 2023, 24 juillet et 25 septembre 2024, Mme A Hérouard doit être regardée comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision née le 29 janvier 2023 du rejet implicite par le centre hospitalier Guillaume Régnier (CHGR) de sa demande d'attribution de l'indemnité chaussures déposée le 29 novembre 2022 ;

2°) d'enjoindre au CHGR de lui accorder le versement de son indemnité chaussures à compter du 1er janvier 2018 ;

3°) de mettre à la charge du CHGR la somme de 500 € au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le centre hospitalier lui a attribué la prime chaussures avec effet rétroactif par une décision du 22 novembre 2023 ;

- en tout état de cause, elle remplit les conditions d'attribution de cette prime.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 19 juillet et 25 octobre 2024, le CHGR, représenté par la SELAS Houdart et Associés, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les conclusions d'injonction présentées à titre principal par Mme Hérouard sont irrecevables ;

- les moyens soulevés par Mme Hérouard ne sont pas fondés, celle-ci occupant des fonctions n'entraînant pas une usure anormalement rapide des chaussures ou des vêtements de travail.

Par un courrier du 6 janvier 2025, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré du non-lieu à statuer sur la requête en raison de l'intervention d'une décision en date du 22 novembre 2023 accordant à Mme Hérouard la prime chaussures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Tronel,

- et les conclusions de M. B.

Considérant ce qui suit :

Sur la fin de non-recevoir opposée par l'administration :

1. Par un courrier du 22 novembre 2022 déposé le 29 novembre, Mme Hérouard, secrétaire médicale exerçant au CHGR, a sollicité du directeur de l'établissement le versement de la prime chaussures à compter du 1er janvier 2018. La requête de Mme Hérouard doit être interprétée comme demandant, d'une part, l'annulation de la décision du 29 janvier 2023 née du rejet implicite par le CHGR de sa demande d'attribution de l'indemnité chaussures, et d'autre part, à ce qu'il soit enjoint à cet établissement de lui verser cette prime. Par suite, la fin de non-recevoir opposée en défense, tirée de l'irrecevabilité de la requête en ce qu'elle présente, à titre principal, des conclusions à fin d'injonction, doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. D'une part, un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai du recours contentieux, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté, ce qui conduit à ce qu'il n'y ait lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite du pourvoi dont il était saisi. Il en va ainsi, quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution.

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration ne peut abroger ou retirer une décision créatrice de droits de sa propre initiative ou sur la demande d'un tiers que si elle est illégale et si l'abrogation ou le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant la prise de cette décision ". Une décision administrative accordant un avantage financier crée des droits au profit de son bénéficiaire alors même que l'administration avait l'obligation de refuser cet avantage.

4. Il ressort des pièces du dossier que, par le courrier du 22 novembre 2023, le CHGR a informé Mme Hérouard qu'elle pouvait " bénéficier de la prime chaussures avec effet rétroactif au 1er janvier 2018 " et ce jusqu'au 31 décembre 2023. Alors même que le CHGR n'avait pas l'intention de verser cette prime à Mme Hérouard et que ce courrier lui a été adressé, selon lui, par erreur, cette décision administrative crée un droit au versement de cette prime au profit de Mme Hérouard. Cette décision est devenue définitive, faute d'avoir été contestée ou retirée par l'administration dans les délais prévus à cet effet. Elle a eu pour effet de retirer implicitement mais nécessairement le refus initial de verser cette prime que Mme Hérouard conteste dans la présente instance. Par suite, il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision implicite de rejet du 29 janvier 2023, qui ont perdu leur objet en cours d'instance.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Si le présent jugement, qui prononce un non-lieu à statuer, n'implique aucune mesure d'exécution de sorte que les conclusions d'injonction doivent être rejetées, il est cependant utile de rappeler au CHGR qu'il est tenu de verser à Mme Hérouard, dans un délai raisonnable qui ne saurait, en l'espèce, excéder six mois, la prime chaussures à laquelle elle peut prétendre sur une période allant du 1er janvier 2018 au 31 décembre 2023. A défaut, il sera loisible à Mme Hérouard, si elle s'y croit fondée, de demander au CHGR le paiement de cette prime en exécution de la décision du 22 novembre 2023 et, en cas de refus, de saisir à nouveau le tribunal d'une requête tendant à l'annulation de ce refus.

Sur les frais liés au litige :

6. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de Mme Hérouard présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du CJA.

D É C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation présentées dans la requête.

Article 2 : Le surplus de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A Hérouard et au centre hospitalier Guillaume Régnier.

Délibéré après l'audience du 14 janvier 2025, où siégeaient :

M. Tronel, président,

M. Terras, premier conseiller,

Mme Thielen, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 février 2025.

Le président rapporteur,

Signé

N. Tronel L'assesseur le plus ancien,

Signé

F. Terras

La greffière,

Signé

E. Douillard

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé, des solidarités et de familles en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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