jeudi 15 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2301651 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 6ème Chambre |
| Avocat requérant | BEGUIN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 26 mars et 11 mai 2023, M. B A, représenté par Me Delagne demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 9 février 2023 par lequel le préfet du Morbihan a rejeté sa demande de titre de séjour portant la mention " salarié ", lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet du Morbihan de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation administrative dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté litigieux a été signé par une autorité incompétente ;
- l'arrêté litigieux est insuffisamment motivée ;
- l'arrêté litigieux est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;
- la décision de refus de titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision de refus de titre de séjour est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;
- la décision d'obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision d'obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 avril 2023, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code du travail ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le rapporteur public a été dispensé de prononcer ses conclusions en application des dispositions des articles L. 732-1 et R. 732-1-1 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Grondin,
- et les observations de Me Delagne, substituant Me Beguin, pour M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant malien né le 8 août 2001, est entré irrégulièrement en France le 1er octobre 2017, selon ses déclarations. Il a été confié aux services de l'aide sociale
à l'enfance à compter du 28 novembre 2017. Du 29 juillet 2019 au 19 juin 2021, il a bénéficié de titres de séjour portant la mention " étudiant ". Le 3 août 2021, il a sollicité des services de la préfecture du Morbihan la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié ". Par la présente requête, il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 9 février 2023 par lequel le préfet du Morbihan a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, par un arrêté du 29 août 2022, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Morbihan du 31 août 2022, le préfet a donné délégation à Mme D C, cheffe du bureau des étrangers et de la nationalité et signataire de l'arrêté attaqué, à l'effet de signer notamment, les refus de délivrance de titre de séjour ainsi que les obligations de quitter le territoire. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté litigieux vise les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui constituent sa base légale, et notamment ses articles L. 421-1 à L. 421-4, L. 433-6, L. 611-1, L. 611-3, L. 612-1 et L. 721-3. Il comporte ainsi les considérations de droit qui en constituent le fondement. Il précise par ailleurs les nom et prénom du requérant, sa nationalité, sa date de naissance et d'entrée sur le territoire national, le fondement de sa demande de titre de séjour avant d'exposer en quoi celle-ci ne peut être satisfaite. L'arrêté explicite également en quoi la situation de M. A ne caractérise pas une atteinte disproportionnée à sa vie privée et familiale et en quoi un retour dans son pays d'origine ne l'expose pas à des peines ou traitements contraires à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ces considérations de fait sont suffisamment développées pour permettre à M. A de saisir les motifs de la décision litigieuse et au juge d'exercer son contrôle en toute connaissance de cause. Enfin, si M. A se prévaut plus particulièrement de ce que l'arrêté litigieux ne vise pas la convention franco-malienne du 26 septembre 1994, il est constant que l'acte attaqué n'en n'a aucunement fait application. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation doit être écarté.
4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'administration, qui n'avait pas à faire état de tous les éléments de la vie privée et familiale de M. A, n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation personnelle. Si le requérant se prévaut plus particulièrement de ce que l'arrêté litigieux ne fait pas état de sa seconde demande d'autorisation de travail, présentée le 26 septembre 2022 à la suite du rejet de sa première demande intervenue le 23 septembre 2022, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait informé le préfet de cette seconde demande, laquelle a au demeurant été rejetée le 18 novembre 2022.
5. En quatrième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail () ". Aux termes de l'article L. 5221-2 du code du travail : " Pour entrer en France en vue d'y exercer une profession salariée, l'étranger présente : () / 2° Un contrat de travail visé par l'autorité administrative ou une autorisation de travail ". Aux termes de l'article L. 5221-5 du même code : " () Un étranger autorisé à séjourner en France ne peut exercer une activité professionnelle salariée en France sans avoir obtenu au préalable l'autorisation de travail mentionnée au 2° de l'article L. 5221-2. / L'autorisation de travail est accordée de droit à l'étranger autorisé à séjourner en France pour la conclusion d'un contrat d'apprentissage ou de professionnalisation à durée déterminée. Cette autorisation est accordée de droit aux mineurs isolés étrangers pris en charge par l'aide sociale à l'enfance, sous réserve de la présentation d'un contrat d'apprentissage ou de professionnalisation () ". Aux termes de l'article R. 5221-20 de ce code : " L'autorisation de travail est accordée lorsque la demande remplit les conditions suivantes : 1° S'agissant de l'emploi proposé : a) Soit cet emploi relève de la liste des métiers en tension prévue à l'article L. 421-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et établie par un arrêté conjoint du ministre chargé du travail et du ministre chargé de l'immigration ; b) Soit l'offre pour cet emploi a été préalablement publiée pendant un délai de trois semaines auprès des organismes concourant au service public de l'emploi et n'a pu être satisfaite par aucune candidature répondant aux caractéristiques du poste de travail proposé () ". Enfin, aux termes de l'article R. 5221-21 de ce code : " Les éléments d'appréciation mentionnés au 1° de l'article R. 5221-20 ne sont pas opposables lorsque la demande d'autorisation de travail est présentée au bénéfice de : 1° L'étranger visé au deuxième alinéa de l'article L. 233-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou au premier alinéa de l'article L. 421-4 du même code lorsque l'emploi sollicité figure sur l'une des listes visées par ces dispositions ; ()4° Le mineur étranger, pris en charge par l'aide sociale à l'enfance, lorsqu'il remplit les conditions de l'article R. 5221-22 du code du travail () ".
6. Il résulte de ce qui a été dit au point 4 qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A aurait informé le préfet de sa seconde demande d'autorisation de travail, laquelle a en tout état de cause été rejetée le 18 novembre 2022. Dans ces conditions, il est constant qu'à la date de l'arrêté litigieux, M. A ne détenait aucune autorisation de travail. Par ailleurs, s'il se prévaut de ce que la situation de l'emploi ne pouvait pas lui être opposée, il ressort des pièces du dossier que la première autorisation de travail a été refusée au motif qu'il n'y a pas d'adéquation entre l'emploi proposé et le cursus de M. A et que l'employeur n'établit pas avoir publié l'offre d'emploi auprès des organismes concourant au service public de l'emploi. La seconde demande d'autorisation de travail a quant à elle été refusée pour le seul motif de l'inadéquation entre l'emploi proposé et le cursus de M. A. A la date de l'arrêté litigieux, il est constant que M A n'avait aucun diplôme en maçonnerie et, partant, qu'il n'avait pas les qualifications pour être recruté en tant que maçon. Dans ces conditions, si la situation de l'emploi ne pouvait effectivement lui être opposée, le préfet aurait pris la même décision en se fondant uniquement sur la circonstance selon laquelle les demandes d'autorisation de travail ont été refusées en raison de l'inadéquation entre le poste proposé et les qualifications de M. A. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision de refus de titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 421 1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
7. En cinquième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait entaché la décision de refus de titre de séjour d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de M. A.
8. En sixième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ".
9. M. A soutient que la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales aux motifs qu'il est présent en France depuis six ans, qu'il a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance, qu'il a toujours démontré vouloir s'intégrer, qu'il a poursuivi des études sur le territoire national et a obtenu un diplôme. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que si l'intéressé est présent en France depuis un peu plus de six ans, il y est célibataire et sans charge de famille alors qu'il n'atteste pas être démuni de toute attache dans son pays d'origine où réside notamment son oncle. A ce titre, s'il se prévaut du décès de ses parents au Mali, il ne l'établit aucunement. Enfin, à la date de l'arrêté litigieux, M. A ne bénéficie d'aucune intégration particulière dès lors qu'il était sans diplôme et que ses demandes d'autorisation de travail avaient été rejetées. Dans ces conditions, alors même qu'il bénéficie
d'attestations favorables, le préfet du Morbihan n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. A. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
10. En dernier lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences sur la situation personnelle de M. A en lui faisant obligation de quitter le territoire français.
11. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à solliciter l'annulation de l'arrêté du 9 février 2023, sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité de la requête.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
12. Le présent jugement, qui rejette les conclusions d'annulation, n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions de M. A tendant à ce qu'il soit enjoint au préfet du Morbihan de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation administrative dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte.
Sur les frais liés à l'instance :
13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme de 2 000 euros que M. A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera adressée au préfet du Morbihan.
Délibéré après l'audience du 1er juin 2023, à laquelle siégeaient :
M. Descombes, président,
M. Moulinier, premier conseiller,
M. Grondin, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 juin 2023.
Le rapporteur,
Signé
T. Grondin
Le président
Signé
G. Descombes
La greffière,
Signé
L. Garval
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026