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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2301691

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2301691

mardi 4 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2301691
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement urgent
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS LE STRAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 mars 2023, Mme F D, représentée par Me Le Strat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 mars 2023 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'oblige à quitter le territoire français sans délai, fixe le pays de destination et lui fait interdiction d'un retour en France pendant un an ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 mars 2023 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a assignée à résidence ;

3°) d'enjoindre au préfet d'Ille-et-Vilaine de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de la munir d'une autorisation provisoire de séjour dans l'attente ;

4°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

5°) de mettre à la charge de l'État le paiement au profit de son conseil d'une somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

S'agissant de la décision l'obligeant à quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée et ne comporte pas un examen de sa situation personnelle ;

- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation, au regard de ses difficultés de santé et de la durée de sa présence sur le territoire français où résident, par ailleurs, ses enfants ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français étant illégale, la décision fixant le pays de destination se trouve en conséquence privée de base légale ;

- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, compte tenu des risques encourus en cas de retour en Géorgie et de la précarité de son état de santé ;

S'agissant de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire :

- le préfet a méconnu les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a commis une erreur manifeste d'appréciation, dans la mesure où il n'est pas établi qu'elle entrait dans les prévisions du 2° de l'article L. 612-2 et où son état de santé constitue une circonstance humanitaire ;

S'agissant de la décision lui faisant interdiction d'un retour en France pendant un an :

- le préfet a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a commis une erreur manifeste d'appréciation, la vie privée et familiale qu'elle a développée en France constituant une circonstance humanitaire faisant obstacle à la mesure lui interdisant un retour en France ;

S'agissant de la décision l'assignant à résidence :

- elle a été signée par une autorité dont il n'est pas établi qu'elle disposait d'une délégation de signature ;

- le préfet a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation, notamment en ce que les mesures de surveillance imposées sont totalement disproportionnées et incompatibles avec son état de santé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mars 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par Mme D n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Thalabard, première conseillère, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les observations de Me Berthaut, substituant Me Le Strat, représentant Mme D, qui maintient ses conclusions écrites, par les mêmes moyens, et souligne que le préfet était suffisamment informé de l'état de santé de Mme D, ce qui devait le conduire à saisir le collège des médecins de l'OFII et qu'en tout état de cause, l'intéressée ne souhaite pas retourner en Géorgie, où elle n'a plus de famille alors que ses trois enfants vivent désormais en France,

- les explications de Mme D, assistée d'une interprète en langue géorgienne.

Le préfet d'Ille-et-Vilaine n'était ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante géorgienne née le 26 septembre 1955 à Coubuleti (Géorgie), est entrée en France, selon ses déclarations, le 14 septembre 2016. Elle a déposé une demande d'asile qui a fait l'objet le 23 avril 2018 d'une décision de refus de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 28 janvier 2019. La demande d'admission au séjour pour soins qu'elle a formulée à la suite a également fait l'objet d'une décision de refus, assortie d'une décision l'obligeant à quitter le territoire français en date du 9 juin 2020. Toutefois, elle se maintient depuis sur le territoire français. Elle demande l'annulation de l'arrêté du 27 mars 2023 par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'oblige à quitter le territoire français sans délai, fixe le pays de destination et lui fait interdiction d'un retour en France pendant un an ainsi que de l'arrêté du même jour l'assignant à résidence.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Mme D justifiant avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, la décision par laquelle le préfet d'Ille-et-Vilaine oblige Mme D à quitter le territoire français, qui cite les textes applicables et fait état d'éléments de faits propres à sa situation, tant personnelle que familiale, énonce de manière suffisamment précise les considérations de fait et de droit sur lesquelles son auteur a entendu se fonder. Dès lors, le moyen tiré d'un défaut de motivation doit être écarté.

4. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation de l'intéressée n'aurait pas fait l'objet d'un examen particulier, au regard de l'ensemble des éléments qu'elle a fait valoir, notamment lors de son audition le 27 mars 2023 par les services de police, et des justificatifs qu'elle a produits. Il n'est pas établi qu'au titre de cet examen de la situation de la requérante, le préfet aurait excédé ses prérogatives dans l'appréciation des informations à caractère médical qui lui ont été confiées. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. ".

6. Il résulte de ces dispositions que, même si elle n'a pas été saisie d'une demande de titre de séjour pour soins, l'autorité administrative qui dispose d'éléments d'information suffisamment précis et circonstanciés établissant qu'un étranger résidant habituellement sur le territoire français est susceptible de bénéficier des dispositions protectrices du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit, avant de prononcer à son encontre une obligation de quitter le territoire français, recueillir l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

7. Mme D soutient que son état de santé est fragile, compte tenu des nombreuses pathologies dont elle souffre, à savoir un diabète de type 2, des décompensations cardiaques, de l'hypertension artérielle, un infarctus du myocarde, une obésité morbide, une dyslipidémie et une hyperthyroïdie. S'il ressort des pièces du dossier que l'intéressée a mentionné son état de santé, lors de son audition le 27 mars 2023 par les services de police, le seul certificat médical qu'elle a alors produit, daté du 26 novembre 2021, listant les pathologies qui l'affectent ainsi qu'une ordonnance datée du 18 janvier 2023, ne sauraient permettre de caractériser une évolution défavorable de son état de santé, depuis que le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a examiné son dossier médical et a émis, le 2 janvier 2020, un avis selon lequel son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais pour lequel, elle peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine. Contrairement à ce que Mme D soutient, la charge de la preuve d'une éventuelle évolution défavorable de son état de santé depuis la décision du 9 juin 2020 de refus opposée à sa demande de titre de séjour pour soins lui incombait. Or, elle n'établit pas avoir fourni à l'administration des éléments suffisamment précis de nature à entraîner l'obligation pour le préfet de consulter le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Mme D n'a pas davantage produit de documents médicaux dans le cadre de la présente instance susceptibles de justifier d'une aggravation de son état de santé depuis l'appréciation portée par le collège des médecins de l'OFII ou de l'impossibilité de bénéficier d'une prise en charge médicale adaptée dans son pays d'origine. Ainsi, en l'état de l'instruction, Mme D n'établit pas que le préfet d'Ille-et-Vilaine aurait méconnu les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou aurait commis une erreur manifeste d'appréciation compte tenu de son état de santé.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. Mme D fait valoir qu'elle est présente depuis plus de six ans sur le territoire français, où résident également ses trois enfants. Toutefois, la seule circonstance qu'elle soit veuve et que ses parents soient décédés ne saurait suffire à considérer qu'elle n'a plus aucun lien dans son pays d'origine, où elle a vécu au moins jusqu'à l'âge de 60 ans. Si elle se prévaut de la présence en France d'un fils et de deux filles, tous majeurs, avec lesquels elle ne réside pas, elle a indiqué aux services de police qu'ils étaient en attente de titres de séjour tous les trois. Elle ne soutient pas, par ailleurs, avoir noué des liens sociaux ou amicaux sur le territoire français et ne justifie d'aucune intégration sur le plan social, linguistique ou culturel. Au regard de ces éléments, l'arrêté par lequel le préfet oblige Mme D à quitter le territoire français n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Par suite, le préfet n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il n'a pas davantage commis une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de son arrêté sur la situation personnelle de Mme D.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par Mme D à fin d'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

11. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit précédemment, la décision obligeant Mme D à quitter le territoire français n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, la décision fixant le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office n'a pas été prise sur le fondement d'une décision illégale. Le moyen tiré d'une telle exception d'illégalité ne peut, dès lors, qu'être écarté.

12. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Ce dernier texte stipule que : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

13. Ces dispositions combinées font obstacle à ce que puisse être légalement désigné comme pays de destination d'un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement, un État pour lequel il existe des motifs sérieux et avérés de croire que l'intéressé s'y trouverait exposé à un risque réel pour sa personne soit du fait des autorités de cet État, soit même du fait de personnes ou groupes de personnes ne relevant pas des autorités publiques, dès lors que, dans ce dernier cas, les autorités de l'État de destination ne sont pas en mesure de parer à un tel risque par une protection appropriée.

14. La requérante fait état de ses craintes compte tenu de la précarité de son état de santé, de son isolement en cas de retour dans son pays d'origine et de son état de dénuement qui auront pour conséquence de ne pas lui permettre de jouir d'un accès effectif aux soins en Géorgie. Toutefois, elle n'apporte, au soutien de ses allégations, aucun élément circonstancié permettant d'apprécier les difficultés qu'elle invoque, dont elle n'établit pas qu'elles seraient d'une gravité telle qu'elles puissent être assimilées à des traitements inhumains ou dégradants. Mme D ne justifie pas davantage avoir informé le préfet de circonstances autres que celles qu'elle avait détaillées devant l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile, susceptibles de permettre de tenir pour établi qu'elle ferait l'objet de menaces ayant un caractère direct, personnel et actuel dans son pays d'origine. Dans ces conditions, le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut être qu'écarté.

15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par Mme D à fin d'annulation de la décision par laquelle le préfet d'Ille-et-Vilaine a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être reconduite d'office doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire :

16. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : /() 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". L'article L. 612-3 du même code précise que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5.".

17. Pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à Mme D, le préfet d'Ille-et-Vilaine s'est principalement fondé sur le fait que l'intéressée se maintient sur le territoire français sans avoir effectué de démarches pour régulariser sa situation administrative, qu'elle a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement à laquelle elle n'a pas déféré, qu'elle n'est pas en mesure de présenter un passeport et qu'elle avait déclaré lors de son audition qu'elle ne voulait pas retourner en Géorgie. Elle a, d'ailleurs, réitéré lors de l'audience qu'elle n'envisageait pas de devoir repartir dans son pays d'origine. Au regard de ces déclarations, Mme D ne saurait sérieusement soutenir que l'autorité préfectorale aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en considérant qu'elle présentait un risque de se soustraire à une mesure d'éloignement. Si la requérante se prévaut, également, de son état de santé, elle ne produit, cependant, aucun élément justifiant qu'un délai de départ volontaire lui soit accordé. Contrairement à ce qu'elle soutient, Mme D entrait ainsi, dans les cas où, en application des dispositions précitées de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet pouvait légalement lui refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire. Elle n'est, dès lors, pas fondée à soutenir que l'autorité préfectorale aurait commis une erreur manifeste d'appréciation en refusant de lui accorder un délai départ volontaire.

18. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par Mme D à fin d'annulation de la décision par laquelle le préfet d'Ille-et-Vilaine a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision lui faisant interdiction d'un retour sur le territoire français :

19. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ".

20. Pour fonder la décision prononçant à l'encontre de Mme D une interdiction de retour en France, le préfet d'Ille-et-Vilaine a relevé que l'entrée en France de l'intéressée demeurait récente, qu'elle ne justifiait pas y disposer de liens personnels et familiaux, autres que ceux liés à la présence de ses trois enfants et qu'elle s'est soustraite à une précédente mesure d'éloignement. Mme D ne critique pas utilement cette appréciation du préfet en faisant état, en conséquence, d'une difficulté à rendre visite à ses enfants à l'avenir. Ainsi qu'il a été développé précédemment, ses allégations relatives à son état de santé ou à sa vie familiale sur le territoire français ne sauraient suffire à caractériser une circonstance humanitaire susceptible de faire obstacle à cette décision d'interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, Mme D n'est pas fondée à soutenir que le préfet d'Ille-et-Vilaine aurait commis une erreur d'appréciation en lui interdisant un retour en France pendant un an tant au regard des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

21. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par Mme D à fin d'annulation de la décision par laquelle le préfet d'Ille-et-Vilaine lui fait interdiction d'un retour sur le territoire français pendant un an doivent être rejetées.

En ce qui concerne la décision l'assignant à résidence :

22. En premier lieu, Mme E B, adjointe au chef de bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, placée sous l'autorité de la directrice des étrangers en France de la préfecture d'Ille-et-Vilaine, a reçu, par arrêté préfectoral du 23 mars 2023, régulièrement publié, délégation de signature aux fins de signer notamment les décisions d'assignation à résidence. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté préfectoral litigieux doit être écarté.

23. En second lieu, aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " I. - L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". L'article R. 733-1 du même code prévoit que : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation par jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside. ".

24. Il ressort des pièces du dossier que Mme D se trouve dans le cas où le préfet d'Ille-et-Vilaine pouvait décider de son assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, dès lors que l'exécution de la mesure d'éloignement dont elle fait l'objet demeure une perspective raisonnable et que justifiant d'une adresse de domiciliation, elle présente des garanties de représentation propres à prévenir le risque qu'elle se soustraie à l'exécution de cette mesure, évitant, en cela, son placement en rétention administrative. Si Mme D soutient que les mesures de surveillance qui lui sont imposées, qui lui font notamment obligation de remettre l'original de son passeport, de se présenter deux fois par semaine, le mardi et le jeudi à 17h, auprès des services de la police de l'air et des frontières situés à Saint-Jacques-de-la-Lande, de sortir du périmètre de la commune de Rennes sans autorisation préalable des services préfectoraux et d'être présente à son domicile chaque jour entre 18h et 21h, sont disproportionnées, elle ne fait état d'aucune circonstance sérieuse l'empêchant de satisfaire aux obligations qui lui sont ainsi faites. Elle ne justifie pas, notamment, que son état de santé ne lui permettrait aucun déplacement. Par ailleurs, la seule circonstance que la décision contestée mentionne qu'elle est assignée à résidence à son domicile, situé 3 rue Monseigneur A à Rennes, au lieu de 3 boulevard Monseigneur A à Rennes est sans incidence sur sa légalité. Dès lors, eu égard à sa durée et aux obligations limitées imposées à Mme D, l'arrêté préfectoral l'assignant à résidence, qui constitue une mesure alternative au placement en rétention, ne peut être regardé comme disproportionné par rapport au but poursuivi. Il s'ensuit que Mme D n'est pas fondée à soutenir que le préfet d'Ille-et-Vilaine aurait, par ces mesures, commis une erreur manifeste d'appréciation.

25. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées par Mme D à fin d'annulation de l'arrêté par lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a assignée à résidence doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

26. Le présent jugement, qui rejette les conclusions tendant à l'annulation des arrêtés préfectoraux contestés, n'implique aucune mesure particulière d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction présentées par Mme D ne peuvent dès lors être accueillies.

Sur les frais liés au litige :

27. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la requérante demande au profit de son conseil au titre des dépenses exposées et non comprises dans les dépens. Les conclusions présentées à ce titre par Mme D doivent dès lors être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : Mme D est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de Mme D est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme F D et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2023.

La magistrate désignée,

signé

M. CLa greffière,

signé

P. Lecompte

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432

Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

01/06/2026

TA13Excès de pouvoir

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.

01/06/2026

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