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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2301788

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2301788

mercredi 17 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2301788
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationOQTF 6 sem
Avocat requérantBERTHET-LE FLOCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 31 mars et 9 mai 2023, Mme A G B, représentée par Me Berthet-le-Floch, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 6 mars 2023 par lequel le préfet du Morbihan lui fait obligation de quitter dans un délai de trente jours le territoire français et fixe le pays de destination de sa reconduite d'office ;

3°) d'enjoindre au préfet du Morbihan de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail dans l'attente ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros à verser à son avocat sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;

- l'arrêté est entaché d'une erreur de fait ;

- il méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il méconnaît les stipulations du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mai 2023, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.

Le préfet fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Gosselin, président, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. C,

- les observations de Me Berthet-le-Floch, représentant Mme B, présente.

Le préfet du Morbihan n'était pas représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

Sur l'aide juridictionnelle :

1. Mme B justifiant avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur l'exception de non-lieu à statuer :

2. La seule circonstance que Mme B ait informé le préfet, postérieurement à la requête, de son intention de déposer une demande de titre de séjour au titre de la maladie de son enfant n'est pas de nature, à la date de la décision attaquée, à la retirer. Dans ces conditions, l'exception de non-lieu soulevée par le préfet doit être écartée.

Sur la légalité de l'arrêté :

3. Mme B, de nationalité congolaise, est entrée irrégulièrement en France en janvier 2022 selon sa déclaration et a demandé l'asile. Par décision du 10 juin 2022, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande. Par décision du 24 février 2023, la Cour nationale du droit d'asile a confirmé cette décision. Constatant que la demande d'asile de l'intéressée avait été définitivement rejetée et qu'elle n'était pas titulaire d'un titre de séjour, le préfet du Morbihan pouvait légalement prendre, par décision du 6 mars 2023 et sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une obligation de quitter le territoire français et fixer le pays de destination de Mme B, la circonstance que l'intéressée ait informé le préfet, postérieurement à l'édiction du présent arrêté, de son intention de présenter une demande de titre de séjour ou de déposer une demande de réexamen de sa demande d'asile restant sans influence sur la légalité de cet arrêté.

4. Le préfet du Morbihan a donné délégation, selon arrêté du 29 août 2022, dûment publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, à Mme E D, chef du bureau des étrangers et de la nationalité et signataire de l'arrêté attaqué, aux fins, notamment, de signer en cas d'absence ou d'empêchement de M. F, directeur de la citoyenneté et de la légalité, notamment les arrêtés d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.

5. La seule circonstance que le préfet n'ait pas mentionné la présence en France de l'enfant de moins d'un an de Mme B n'est pas de nature à établir que le préfet, qui a indiqué la situation familiale de l'intéressée telle qu'elle l'avait déclarée, aurait procédé à un examen insuffisant de la situation de l'intéressée. Par ailleurs, à supposer qu'il ait commis une erreur de fait, cette circonstance serait sans influence sur la légalité de l'arrêté. Le moyen tiré de l'insuffisance de l'examen de sa situation et de l'erreur de fait ne peut donc qu'être rejeté.

6. Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. () ".

7. En se bornant à faire état d'une pathologie chronique nécessitant un suivi en hôpital et d'une pathologie psychiatrique, en se bornant à produire un certificat médical rédigé pour les besoins de la cause et ne présentant pas de constatations médicales mais mentionnant seulement que les soins ne sont possibles qu'en France et pour une durée de cinq ans, Mme B n'établit pas que le défaut d'une prise en charge en France pourrait avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité. Par ailleurs, en produisant une note du service de la PMI évoquant la nécessité d'un soutien pour que l'enfant ait un développement psycho-moteur satisfaisant et notant que la santé de la mère et de l'enfant sont relativement fragiles et nécessitent la poursuite de l'accompagnement, alors qu'il est également noté que la situation de la mère est aggravée par sa précarité sociale et affective en France, Mme B n'établit pas plus que le défaut de prise en charge en France pourrait avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité ou que la prise en charge de son enfant ne serait pas possible dans son pays d'origine. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 9° de l'article L. 611-3 doivent être écartées.

8. Aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales aux termes desquelles : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

9. Il ressort des pièces du dossier que Mme B est arrivée récemment en France et n'y a séjourné que le temps de l'instruction de sa demande d'asile. Si elle indique être mère d'un enfant de sept mois présent en France, elle ne fait état d'aucun obstacle à la poursuite de sa vie familiale au Congo où réside d'ailleurs son compagnon et où son enfant pourrait retrouver un entourage social. Elle ne fait par ailleurs état d'aucune attache particulière en France. Dans ces conditions, le préfet du Morbihan n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts de son arrêté.

10. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

11. Le présent arrêté n'a ni pour objet ni pour effet de séparer Mme B de son enfant. L'intéressée ne fait état d'aucun obstacle à la poursuite de sa vie familiale avec cet enfant dans son pays d'origine. Dans ces conditions le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

12. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que le moyen tiré, de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français devrait être annulée par voie de conséquence de l'annulation de la décision de refus de titre de séjour, doit être écarté.

13. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

14. En se bornant à évoquer les activités politiques de son compagnon sans toutefois établir être personnellement menacée, Mme B n'apporte aucun élément probant et crédible de nature à établir la menace qu'elle allègue, la Cour nationale du droit d'asile relevant d'ailleurs le caractère peu circonstancié et général de ses déclarations et l'avis de recherche produit ne présentant pas de force probante. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

15. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation et la suspension de l'exécution de la décision du 6 mars 2023.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

16. Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d'annulation de la requête n'implique aucune mesure d'exécution. Il y a lieu, par suite, de rejeter les conclusions de Mme B à fin d'injonction.

Sur les frais liés au litige :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à l'octroi d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens à la partie perdante. Par suite, il y a lieu de rejeter les conclusions de Mme B présentées sur ce fondement.

D É C I D E :

Article 1er : Mme B est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de Mme B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A G B et au préfet du Morbihan.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2023.

Le magistrat désigné,

signé

O. CLa greffière,

signé

P. Lecompte

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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