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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2301867

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2301867

mercredi 25 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2301867
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantDUPONT

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Rennes rejette la requête d'une enseignante visant à annuler le refus de reconnaissance de sa maladie comme imputable au service. La juridiction estime que la composition du conseil médical départemental, qui a émis un avis défavorable, était régulière au regard des dispositions du décret n°86-442 du 14 mars 1986. Elle écarte également le grief d'erreur manifeste d'appréciation concernant le taux d'incapacité, considérant que l'administration n'a pas commis d'erreur dans l'appréciation des faits et du droit.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 avril 2023, et des mémoires enregistrés les 5 décembre 2023 et 20 février 2024, Mme B... A..., représentée par Me Dupont, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision du 25 octobre 2022 du recteur de l’académie de Rennes par laquelle il a refusé la reconnaissance de l’imputabilité au service de sa maladie ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de l’État une somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- les décisions attaquées sont entachées d’un vice de procédure en raison de l’irrégularité de la composition du conseil médical départemental d’Ille-et-Vilaine ;
- elles sont entachées d’une erreur manifeste d’appréciation dès lors que son affection est essentiellement et directement causée par l’exercice de ses fonctions, sans état antérieur, et que le conseil médical départemental d’Ille-et-Vilaine n’a indiqué qu’un taux prévisible de 20 % d’incapacité permanente partielle alors que le rapport d’expertise d’un psychiatre a évalué à 40 % le taux d’incapacité permanente partielle pouvant être envisagé.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 décembre 2023, le recteur de l’académie de Rennes conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme A... ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code général de la fonction publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le décret n° 68-756 du 13 août 1968 ;
- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.


Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Ambert,
- les conclusions de M. Fraboulet, rapporteur public,
- et les observations de Me Dupont, représentant Mme A....



Considérant ce qui suit :


Mme A... est professeure de sciences et techniques médico-sociales en lycée professionnel depuis 2016 et a été affectée à compter du 1er septembre 2019 au sein du lycée Beaumont à Redon. Elle a été placée en arrêt de travail à compter du 18 novembre 2021. Par un courrier reçu par le rectorat le 25 mars 2022, Mme A... a demandé que son état soit reconnu comme une maladie professionnelle. Lors de sa séance du 4 octobre 2022, le conseil médical départemental d’Ille-et-Vilaine, réuni en formation plénière, a rendu un avis défavorable à la reconnaissance de l’imputabilité au service de la maladie de Mme A.... Par une décision du 25 octobre 2022, le recteur de l’académie de Rennes a refusé la reconnaissance de l’imputabilité au service de sa maladie et lui a indiqué que ses arrêts de travail prescrits depuis le 18 novembre 2021 devaient être pris en charge au titre de la maladie ordinaire. Par un courrier du 9 décembre 2022, Mme A... a formé un recours gracieux à l’encontre de cette décision. Une décision implicite de rejet est née du silence gardé sur ce recours gracieux. Par la présente requête, Mme A... demande au tribunal d’annuler la décision du 25 octobre 2022 du recteur de l’académie de Rennes ainsi que la décision implicite de rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d’annulation :

En premier lieu, aux termes de l’article 47-6 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l’organisation des conseils médicaux, aux conditions d’aptitude physique pour l’admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires : « Le conseil médical est consulté : / (…) 3° Lorsque l'affection résulte d'une maladie contractée en service telle que définie à l' article L. 822-20 du code général de la fonction publique dans les cas où les conditions prévues au même article ne sont pas remplies. ». Aux termes de l’article 7-1 du même décret : « Les conseils médicaux en formation plénière sont saisis en application : / 1° Des articles 47-6 et 47-8 du présent décret (…) ». Aux termes de l’article 6-1 du même décret : « Le conseil médical départemental est composé : / 1° En formation restreinte : / De trois médecins titulaires désignés par le préfet, pour une durée de trois ans, sur les listes de médecins agréés prévues à l'article 1er. Pour chaque titulaire, un ou plusieurs médecins suppléants sont désignés selon les mêmes modalités. (…) / 2° En formation plénière : / a) Des membres mentionnés au 1° ; / b) De deux représentants de l'administration désignés par le chef de service dont dépend le fonctionnaire concerné ; / c) De deux représentants du personnel inscrits sur une liste établie par les représentants du personnel élus au comité social dont relève le fonctionnaire concerné. (…) / Un médecin est désigné par le préfet parmi les médecins titulaires pour assurer la présidence de l'instance. (…) ». Aux termes de l’article 13 du même décret : « (…) La formation plénière du conseil médical ne siège valablement que si quatre au moins de ses membres sont présents, dont au moins deux médecins et un représentant du personnel. (…) ».

Il ressort des pièces du dossier que le conseil médical départemental d’Ille-et-Vilaine s’est réuni en formation plénière, le 4 octobre 2022, et a émis un avis défavorable à la reconnaissance de l’imputabilité au service de la maladie de Mme A.... Ce conseil était composé de deux médecins, dont le médecin assurant la présidence de l’instance, de deux représentants de l’administration et d’un représentant du personnel. La formation plénière du conseil médical a pu ainsi siéger valablement en application des dispositions de l’article 13 du décret du 14 mars 1986 précité. Le moyen tiré du vice de procédure en raison de l’irrégularité de la composition du conseil médical départemental doit ainsi être écarté.

En deuxième lieu, aux termes de l’article L. 822-20 du code général de la fonction publique : « Est présumée imputable au service toute maladie désignée par les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale et contractée dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice par le fonctionnaire de ses fonctions dans les conditions mentionnées à ce tableau. / (…) Peut également être reconnue imputable au service une maladie non désignée dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale lorsque le fonctionnaire ou ses ayants droit établissent qu'elle est essentiellement et directement causée par l'exercice des fonctions et qu'elle entraîne une incapacité permanente à un taux déterminé et évalué dans les conditions prévues par décret en Conseil d'Etat. ». Aux termes de l’article 47-8 du décret du 14 mars 1986 précité : « Le taux d'incapacité permanente servant de seuil pour l'application du troisième alinéa de l'article L. 822-20 du code général de la fonction publique est celui prévu à l'article R. 461-8 du code de la sécurité sociale. / Ce taux correspond à l'incapacité que la maladie est susceptible d'entraîner. Il est déterminé par le conseil médical compte tenu du barème indicatif d'invalidité annexé au décret pris en application du quatrième alinéa de l'article L. 28 du code des pensions civiles et militaires de retraite. ». Aux termes de l’article R. 461-8 du code de la sécurité sociale : « Le taux d'incapacité mentionné au septième alinéa de l'article L. 461-1 est fixé à 25 %. ». Aux termes du barème indicatif devant servir à la détermination du pourcentage de l’invalidité résultant de l’exercice des fonctions, figurant en annexe du décret du 13 août 1968 pris en application de l’article L. 28 de la loi n° 64-1339 du 26 décembre 1964 portant réforme du code des pensions civiles et militaires de retraite : « (…) le présent barème est un barème indicatif. / II comporte, par suite, pour toute lésion ou manifestation pathologique qu'il énumère, sauf en certains cas précis et exceptionnels, un taux minimum et un taux maximum d'invalidité, l'un et l'autre de ces taux déterminant strictement la marge dans laquelle les commissions de réforme compétentes fixent le pourcentage d'invalidité applicable. Toutefois, dans le cas où des lésions présenteraient un caractère particulier, de même que dans celui où il existe des manifestations pathologiques non prévues dans le barème, ce dernier pourra servir de guide pour la fixation du taux d'invalidité. / Il ne devra, cependant, jamais être tenu compte, pour établir le taux d'invalidité applicable, de l'influence de certains facteurs, tels que l'âge du fonctionnaire, la nature de son emploi, la durée de ses services, etc., puisque ces éléments interviennent dans le calcul de la pension à laquelle peut prétendre l'agent. / (…) Chapitre V / Troubles mentaux et du comportement / (…) IV. - Troubles de l'humeur / (…) / IV.1. Névrose à composante dépressive / Il s'agit d'un état dépressif chronique. La permanence de la sémiologie dépressive, malgré des fluctuations, ne permet pas d'individualiser des épisodes séparés par des intervalles libres. / L'intensité du sentiment dépressif, de la charge anxieuse, la sensation de fatigue, l'altération de la capacité d'initiative, les troubles du sommeil, les difficultés intellectuelles, la capacité à maintenir des activités sociales et à assumer les activités de la vie quotidienne, permettent d'apprécier le retentissement fonctionnel du trouble : 10 à 30 % (…) ».

D’une part, il ressort des pièces du dossier que Mme A... a été placée en arrêt de travail à compter du 18 novembre 2021 en raison d’un syndrome dépressif réactionnel. Cette maladie, constatée le 18 novembre 2021, ne figure pas parmi les maladies désignées dans les tableaux de maladies professionnelles mentionnés aux articles L. 461-1 et suivants du code de la sécurité sociale. Dans un rapport du 23 juillet 2022, un psychiatre a relevé que Mme A... souffrait d’une perte de confiance en elle-même, de ruminations anxieuses et morbides, de troubles du sommeil, d’une fatigue importante et d’une irritabilité en conséquence d’un burn-out. Il indique que l’état de santé de Mme A... n’est pas encore totalement consolidé mais qu’il est possible d’envisager une reprise du travail à la rentrée 2022, de préférence dans un nouvel établissement. Ce rapport d’expertise, élaboré à partir d’un examen de la requérante effectué le 28 mai 2022, estime qu’un taux d’invalidité permanente partielle de 40 % « peut être envisagé » compte tenu de l’intensité des ruminations morbides et des idées suicidaires qu’a présentées « et que présente encore quelquefois » Mme A... ainsi que des répercussions qu’a eu l’épisode dépressif sur l’équilibre familial de Mme A.... Toutefois, ce taux de 40 % est supérieur à la fourchette de taux indicative, allant de 10 % à 30 % pour une telle pathologie, prévue par le barème indicatif devant servir à la détermination du pourcentage d’invalidité résultant de l’exercice des fonctions. Par ailleurs, dans un autre rapport, daté du 21 juillet 2022, élaboré à partir d’un examen de la requérante réalisé le même jour, soit postérieurement à l’examen effectué le 28 mai 2022 en vue de l’établissement du rapport précité du 23 juillet 2022, le médecin psychiatre agréé a relevé que Mme A... « se présente calme, de bon contact, sans élément psychotique ni confusionnel en entretien », mais décrit encore « une labilité de l’humeur et des cognitions dépressives d’auto dépréciation ». Le médecin psychiatre agréé a également estimé que Mme A... était seulement partiellement rétablie d’un épisode dépressif majeur, mais que ses idées suicidaires avaient cessé un mois après l’instauration d’un antidépresseur en avril 2022. Enfin, il ressort des pièces du dossier que le conseil médical départemental d’Ille-et-Vilaine, réuni en formation plénière le 4 octobre 2022, a émis un avis défavorable à la reconnaissance de l’imputabilité au service de la maladie de Mme A... en raison, notamment, d’un taux d’incapacité permanente partielle prévisible de 20 %. Ainsi, compte tenu de l’amélioration de son état de santé constaté lors de son examen réalisé par un psychiatre agréé le 21 juillet 2022, de la fourchette de taux indicative fixée par le barème indicatif d’invalidité et de l’avis du conseil médical départemental d’Ille-et-Vilaine, le recteur de l’académie de Rennes a pu, sans entacher sa décision d’une erreur d’appréciation, considérer que le taux d’incapacité permanente partielle relatif à la pathologie de Mme A... était de 20 %, soit inférieur au taux d’incapacité permanente de 25 % servant de seuil pour l’application du troisième alinéa de l'article L. 822-20 du code général de la fonction publique. Il n’a ainsi pas, contrairement à ce que soutient Mme A..., inexactement appliqué les dispositions de cet article en rejetant, pour ce motif, sa demande de reconnaissance de l’imputabilité au service de sa maladie.

D’autre part, le recteur de l’académie de Rennes s’est également fondé, afin d’édicter la décision attaquée du 25 octobre 2022, sur la circonstance que le lien essentiel et direct de la pathologie de Mme A... avec son activité professionnelle n’était pas établi du fait de l’existence d’un état antérieur. Or, il ressort des pièces du dossier que Mme A... a été placée en arrêt de travail à compter du 18 novembre 2021 en raison d’un syndrome dépressif réactionnel consécutif aux difficultés rencontrées dans le cadre de son activité professionnelle liées à sa charge de travail ainsi qu’aux relations difficiles entretenues avec sa hiérarchie et ses collègues. Le volume important d’heures de cours réalisé, associé aux multiples activités complémentaires que sa hiérarchie lui a confiées (visites de stage d’élèves, chargée de déléguée au développement durable, tutrice d’une collègue en formation, exercice de la fonction de professeur principal, etc.) ont entraîné un surcroît de travail de l’intéressée, qui a généré une anxiété importante, aggravée par les relations difficiles entretenues avec sa hiérarchie et ses collègues. Il ressort des pièces du dossier que Mme A... a également fait un burn-out en 2017, a eu un cancer de la thyroïde et a été placée en arrêt de travail d’avril 2017 à juillet 2017. Si le recteur de l’académie de Rennes soutient que son épisode dépressif de 2017 est lié au « dérèglement de la thyroïde » et souligne que cet état antérieur s’oppose à la reconnaissance du lien entre l’exercice de ses fonctions et sa pathologie, il ressort cependant des pièces du dossier que Mme A... ne présente aucun antécédent psychiatrique particulier, ce qu’ont relevé les deux expertises des 21 et 23 juillet 2022 précitées. Le syndrome dépressif réactionnel qu’a développé Mme A... à compter du 18 novembre 2021 est, ainsi que l’a relevé un médecin psychiatre dans son rapport du 23 juillet 2022, essentiellement et directement causé par l’exercice de ses fonctions. Le recteur de l’académie de Rennes ne pouvait ainsi pas se fonder sur l’absence de lien essentiel et direct de la pathologie de Mme A... avec son activité professionnelle afin d’édicter la décision attaquée du 25 octobre 2022. Toutefois, il pouvait seulement se fonder sur la circonstance, ainsi qu’il a été dit au point 5, que le taux d’incapacité permanente partielle relatif à la pathologie de Mme A... est inférieur à 25 %, laquelle était suffisante pour fonder sa décision.

Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu’une somme soit mise à la charge de l’État au titre des frais exposés par Mme A... et non compris dans les dépens.



D É C I D E :



Article 1er : La requête de Mme A... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A... et au ministre de l’éducation nationale.

Copie en sera délivrée pour information à la rectrice de l’académie de Rennes.



Délibéré après l'audience du 11 mars 2026 à laquelle siégeaient :

M. Jouno, président,
Mme Thielen, première conseillère,
M. Ambert, premier conseiller.



Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 mars 2026.



Le rapporteur,


signé


A. AmbertLe président,


signé


T. Jouno

La greffière,


signé


S. Guillou



La République mande et ordonne au ministre de l’éducation nationale en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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