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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2301872

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2301872

mardi 11 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2301872
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationEloignement urgent
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS LE STRAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

A une requête, enregistrée le 6 avril 2023, M. G B, représenté A Me Le Strat, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler les arrêtés du 4 avril 2023 A lesquels le préfet d'Ille-et-Vilaine, d'une part, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction d'un retour en France pendant un an et, d'autre part, l'a assigné à résidence ;

3°) de mettre à la charge de l'État le paiement au profit de son conseil d'une somme de 1 500 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du premier paragraphe de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant ;

- la décision fixant le pays de renvoi doit être annulée en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; le préfet s'est abstenu d'apprécier souverainement sa situation personnelle et familiale ;

- la décision portant refus de départ volontaire est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision l'assignant à résidence a été prise A une personne incompétente ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

A un mémoire en défense, enregistré le 7 avril 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés A M. B ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme René, première conseillère, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme C,

- les observations de Me Berthaut, substituant Me Le Strat, représentant M. B, qui maintient les conclusions de la requête A les mêmes moyens qu'il développe ; il ajoute que l'arrêté du préfet d'Ille-et-Vilaine du 21 janvier 2021 refusant de lui délivrait un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination ne lui a pas été notifié et que le préfet a commis une erreur de droit en ne se fondant pas sur le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour l'obliger à quitter le territoire français ;

- les explications de M. B ;

- les observations de M. E, représentant le préfet d'Ille-et-Vilaine.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Une note en délibéré, présentée pour M. B, a été enregistrée le 8 avril 2023.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant serbe né le 14 février 1987, déclare être entré en France le 26 août 2010. Sa demande d'asile, présentée le 23 janvier 2013, a été rejetée A l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides le 28 mars 2013. Le 4 février 2019, il a déposé une première demande de titre de séjour sur le fondement du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. A un arrêté du 21 janvier 2021, le préfet d'Ille-et-Vilaine a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. A deux nouveaux arrêtés du 4 avril 2023 dont M. B demande l'annulation, le préfet d'Ille-et-Vilaine, d'une part, l'a à nouveau obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction d'un retour en France pendant un an et, d'autre part, l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. M. B justifiant avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, la décision attaquée comporte l'ensemble des motifs de droit et des considérations de fait qui en constituent le fondement, le préfet d'Ille-et-Vilaine n'ayant pas à y faire figurer l'ensemble des éléments relatifs à la situation de M. B dont les services de la préfecture avaient connaissance à la date de cette décision. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment de la motivation de la décision attaquée, que le préfet d'Ille-et-Vilaine a procédé à un examen suffisant de la situation du requérant.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; / 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; / 6° L'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois a méconnu les dispositions de l'article L. 5221-5 du code du travail. / Lorsque, dans le cas prévu à l'article L. 431-2, un refus de séjour a été opposé à l'étranger, la décision portant obligation de quitter le territoire français peut être prise sur le fondement du seul 4°. ".

6. M. B a soutenu à l'audience que le préfet d'Ille-et-Vilaine aurait dû se fonder non sur le 2° mais sur le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il a présenté une demande de titre de séjour en 2019. Il ressort toutefois des termes de l'arrêté attaqué que pour obliger M. B à quitter le territoire français, le préfet d'Ille-et-Vilaine s'est fondé sur les 2°, 3° et 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si le requérant fait valoir qu'il n'a pas reçu notification de l'arrêté du 21 janvier 2021 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, il ressort de l'accusé réception produit A le préfet que ce pli, adressé à l'adresse mentionnée A le requérant lors de sa demande de titre de séjour, a été retourné à la préfecture avec la mention " destinataire inconnu à l'adresse ". Le requérant a fait valoir à l'audience qu'il aurait informé les services préfectoraux de ce changement d'adresse en 2020. Toutefois, en se bornant à présenter à l'audience un courriel de M. B indiquant produire des éléments complémentaires pour son dossier de demande de titre de séjour et dont une pièce jointe faisait figurer en en-tête une adresse distincte de celle mentionnée dans la demande de titre de séjour, ce seul courrier, d'ailleurs non accompagné d'un justificatif de domicile, ne saurait formaliser un changement de domiciliation. De plus, et en tout état de cause, à supposer même que ce refus de titre de séjour expresse ne lui aurait pas été notifié à l'adresse communiquée, une décision implicite de rejet serait née depuis le dépôt de sa demande. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue A la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes du premier paragraphe de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces dernières stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

8. En l'espèce, si M. B se prévaut de son ancienneté en France, il ressort des pièces du dossier qu'il n'y réside pas de manière continue dès lors qu'il a exécuté les 9 décembre 2011 et 4 mai 2015 deux des mesures d'éloignement dont il a fait l'objet en 2011 et 2015, le requérant ne contestant pas, ainsi que le relève la décision attaquée, que son passeport fait état d'un cachet d'entrée en Hongrie le 24 novembre 2017. Il s'est A ailleurs maintenu en situation irrégulière après deux autres décisions l'obligeant à quitter le territoire français de 2013 et 2021. Dès lors que son épouse, de nationalité serbe, qui est également en situation irrégulière et a fait l'objet d'une décision l'obligeant à quitter le territoire français prise le 28 décembre 2018, n'a pas vocation à rester en France, le couple et leurs cinq enfants nés entre 2006 et 2020 pourront reconstituer leur cellule familiale dans un autre pays, notamment en Serbie où il n'est pas établi ni même allégué que les enfants ne pourraient pas poursuivre leur scolarité. Ni la seule présence régulière en France de la mère et d'une sœur de M. B dont il n'établit au demeurant pas l'intensité des relations, ni les éléments produits pour établir les efforts d'insertion professionnelle du requérant, notamment une demande d'autorisation de travail et un contrat à durée déterminée pour la période allant du 1er septembre 2022 au 1er février 2023, ainsi qu'une promesse d'embauche pour un nouveau contrat à durée déterminée concernant la période allant du 1er avril 2023 au 31 octobre 2023, ne sauraient suffire à démontrer l'intégration de M. B à la société française, ni l'intensité de ses attaches en France. Dans ses conditions, en dépit de la durée cumulée de la présence en France de M. B et au regard des pièces versées au débat, la décision litigieuse ne porte pas à son droit à la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard du but en vue duquel elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'est pas contraire à l'intérêt supérieur de ses enfants protégé A le premier paragraphe de l'article 3 de la convention relative aux droits de l'enfant. Il s'ensuit que les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de ces articles doivent être écartés. Pour les mêmes motifs, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

9. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

10. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 2° L'étranger s'est vu refuser la délivrance ou le renouvellement de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour au motif que sa demande était manifestement infondée ou frauduleuse ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; / 3° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français plus d'un mois après l'expiration de son titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de son autorisation provisoire de séjour, sans en avoir demandé le renouvellement ; / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / 6° L'étranger, entré irrégulièrement sur le territoire de l'un des États avec lesquels s'applique l'acquis de Schengen, fait l'objet d'une décision d'éloignement exécutoire prise A l'un des États ou s'est maintenu sur le territoire d'un de ces États sans justifier d'un droit de séjour ; / 7° L'étranger a contrefait, falsifié ou établi sous un autre nom que le sien un titre de séjour ou un document d'identité ou de voyage ou a fait usage d'un tel titre ou document ; / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

11. Pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. B, le préfet d'Ille-et-Vilaine s'est fondé sur les dispositions précitées des 2° et 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Comme l'a relevé le préfet, d'une part, l'intéressé, qui s'est vu opposé un refus de titre de séjour et se trouve en situation irrégulière au regard du droit au séjour, ne justifie pas avoir entamé de nouvelles démarches en vue de régulariser sa situation administrative. D'autre part, dès lors qu'il n'a notamment pas exécuté la dernière mesure d'éloignement dont il a fait l'objet le 21 janvier 2021, qui a été régulièrement notifiée à l'adresse communiquée aux services préfectoraux, et qu'il a déclaré ne pas vouloir rentrer en Serbie dans son audition du 4 avril 2023, le risque qu'il se soustraie à la décision l'obligeant à quitter le territoire français attaqué doit être regardé comme établi au regard des dispositions précitées de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il s'ensuit que les moyens tirés de la méconnaissance des dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

12. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

13. En premier lieu, dès lors que le requérant ne démontre pas, A les moyens qu'il invoque, l'illégalité de la décision lui portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination devrait être annulée A voie de conséquence de l'illégalité de cette décision ne peut qu'être écarté.

14. En second lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

15. D'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment de la décision attaquée qui relève que M. B " ne démontre pas être actuellement, personnellement et directement exposé à des peines ou traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales " en cas de retour dans son pays d'origine et que " d'ailleurs, l'OFPRA a rejeté sa demande d'asile A une décision rendue le 28/03/13 dûment notifiée le 17/04/13 ", que le préfet se serait abstenu d'apprécier souverainement sa situation personnelle et familiale et qu'il se serait cru en situation de compétence liée au regard de cette décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides.

16. D'autre part, M. B soutient qu'il a été contraint de fuir la Serbie en raison des craintes toujours actuelles pour sa sécurité de la part de la famille de son épouse d'origine et de nationalité albanaise, notamment son beau-père et son beau-frère qui résideraient toujours à Belgrade. Toutefois, et alors que sa demande d'asile a été rejetée A l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, le requérant ne produit aucun élément de nature à justifier les risques qu'il invoque. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il risquerait d'être soumis à des peines ou traitements inhumains ou dégradants en cas de retour en Serbie. A suite, les moyens tirés de la méconnaissance A la décision fixant le pays de destination des dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écartés.

17. Il en résulte que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant un an :

18. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée A l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ". Aux termes de l'article L. 613-7 du même code : " L'autorité administrative peut à tout moment abroger l'interdiction de retour. () ".

19. Il résulte de ces dispositions que, lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

20. M. B a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français qui n'est assortie d'aucun délai de départ volontaire. Le requérant n'invoquant aucune circonstance particulière à caractère humanitaire justifiant que le préfet ne prenne pas de décision d'interdiction de retour sur le territoire français, c'est à bon droit que le préfet d'Ille-et-Vilaine a décidé d'assortir l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre d'une telle interdiction. Eu égard à ce qui a été dit au point 8, compte tenu de la durée du séjour de M. B en France, de l'absence de justifications de liens particulièrement intenses en France hormis ses enfants et son épouse, laquelle fait également l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, et de la circonstance qu'il n'a pas exécuté certaines des précédents mesures d'éloignement dont il a fait l'objet, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision lui portant interdiction de retour en France pour un an serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La circonstance invoquée à l'audience selon lequel l'un des fils du requérant serait susceptible de demander la nationalité française dans un an est enfin sans incidence sur la légalité de la décision attaquée.

21. Il en résulte que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pendant un an.

En ce qui concerne l'arrêté portant assignation à résidence :

22. Mme F D, adjointe au chef de bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, placée sous l'autorité de la directrice des étrangers en France de la préfecture d'Ille-et-Vilaine, a reçu, A arrêté préfectoral du 23 mars 2023, régulièrement publié, délégation de signature aux fins de signer notamment les décisions d'assignation à résidence. Il n'est pas établi ni même allégué qu'à la date du 4 avril 2023 à laquelle l'arrêté contesté a été signé, le chef du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière n'aurait pas été absent ou empêché et qu'ainsi Mme D n'aurait pas eu compétence pour signer cet arrêté, en application de la délégation qui lui a été directement consentie A le préfet d'Ille-et-Vilaine. A suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté préfectoral litigieux doit être écarté.

23. Aux termes des dispositions de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " I.- L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; () ". L'article R. 733-1 du même code dispose que : " L'autorité administrative qui a ordonné l'assignation à résidence de l'étranger en application des articles L. 731-1, L. 731-3, L. 731-4 ou L. 731-5 définit les modalités d'application de la mesure : / 1° Elle détermine le périmètre dans lequel il est autorisé à circuler muni des documents justifiant de son identité et de sa situation administrative et au sein duquel est fixée sa résidence ; / 2° Elle lui désigne le service auquel il doit se présenter, selon une fréquence qu'elle fixe dans la limite d'une présentation A jour, en précisant si l'obligation de présentation s'applique les dimanches et les jours fériés ou chômés ; / 3° Elle peut lui désigner une plage horaire pendant laquelle il doit demeurer dans les locaux où il réside ".

24. Il ressort des pièces du dossier que M. B se trouve dans le cas où le préfet d'Ille-et-Vilaine pouvait décider de son assignation à résidence pour une durée de quarante-cinq jours, dès lors que l'exécution de la mesure d'éloignement dont il fait l'objet demeure une perspective raisonnable et que justifiant d'une adresse de domiciliation, il présente des garanties de représentation propres à prévenir le risque qu'il se soustraie à l'exécution de cette mesure, évitant, en cela, son placement en rétention administrative. Si M. B soutient que les mesures de surveillance qui lui sont imposées, qui lui font notamment obligation de remettre l'original de son passeport, de se présenter tous les jours de la semaine, y compris les jours fériés et chômés, à 17 heures, à la brigade de gendarmerie de Bruz, de sortir du périmètre de la commune de Bruz sans autorisation préalable des services préfectoraux et d'être présent à son domicile chaque jour entre 18h et 21h, sont disproportionnées, il ne fait état d'aucune circonstance sérieuse l'empêchant de satisfaire aux obligations qui lui sont ainsi faites. En particulier, à supposer même que M. B récupèrerait ses enfants chaque jour de la semaine à la sortie de l'école, il n'apporte aucun élément précis de nature à établir que son obligation de pointage quotidien serait incompatible avec ses obligations personnelles. Dès lors, eu égard à sa durée et aux obligations imposées à M. B, l'arrêté préfectoral l'assignant à résidence, qui constitue une mesure alternative au placement en rétention, ne peut être regardé comme disproportionné A rapport au but poursuivi. Le requérant n'est dès lors pas davantage fondé à soutenir que l'arrêté contesté serait entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.

25. Il résulte de ce qui précède que les conclusions présentées A M. B à fin d'annulation de l'arrêté A lequel le préfet d'Ille-et-Vilaine l'a assigné à résidence doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

26. L'exécution du présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions à fin d'injonction présentées A M. B doivent dès lors être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

27. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. B demande au profit de son conseil au titre des dépenses exposées et non comprises dans les dépens. Les conclusions présentées à ce titre A le requérant doivent dès lors être rejetées.

D É C I D E :

Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La requête de M. B est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. G B et au préfet d'Ille-et-Vilaine.

Rendu public A mise à disposition au greffe le 11 avril 2023.

La magistrate désignée,

signé

C. CLa greffière,

signé

P. Lecompte

La République mande et ordonne au préfet d'Ille-et-Vilaine en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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