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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2301905

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2301905

lundi 16 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2301905
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantBUORS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 6 avril 2023, M. D B, représenté par Me Buors, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 17 mars 2023 par laquelle le préfet du Finistère a refusé de lui délivrer un titre de séjour en qualité de " salarié " ;

2°) d'enjoindre au préfet du Finistère de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, d'instruire sa demande et de se prononcer sur son droit à titre de séjour, le tout dans un délai d'un mois à compter de la décision à intervenir sous astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État le paiement au profit de son conseil d'une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. B soutient que :

- la décision est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle est insuffisamment motivée en droit et en fait ;

- elle viole l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 19 juin 2023, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 23 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Etienvre a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant ivoirien, entré régulièrement sur le territoire le 12 octobre 2016, a été confié à l'aide sociale à l'enfance du département du Finistère jusqu'à sa majorité par un jugement du 19 décembre 2016 rendu par le tribunal pour enfants de C. Diplômé d'un baccalauréat professionnel " maintenance des équipements industriels " en 2020, il a débuté des études en vue d'obtenir un brevet de technicien supérieur " maintenance de système option système de production " en septembre 2020, qu'il n'obtint pas. M. A a alors sollicité le 17 juin 2022 un changement de statut afin d'obtenir un titre de séjour mention " salarié ". Par une décision en date du 17 mars 2023, le préfet du Finistère a rejeté cette demande au motif que l'intéressé ne justifiait pas d'un contrat de travail assorti d'une autorisation de travail. M. B en demande l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, M. Christophe Marx, secrétaire général de la préfecture du Finistère, a reçu, par arrêté préfectoral du 26 juillet 2022 régulièrement publié, délégation permanente de signature, en toutes matières, de tous les actes relevant des attributions du préfet, à l'exclusion de certains d'entre eux, au nombre desquels les décisions relatives à la situation administrative des étrangers ne figurent pas. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire dont serait entaché l'arrêté doit, par suite, être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement et répondent ainsi suffisamment aux exigences de motivation énoncées par les dispositions des articles L. 211-1 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Elle vise les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui fondent les décisions et précise les éléments se rapportant à la situation personnelle, familiale et administrative de M. B. Par suite, cette décision est suffisamment motivée. Ce moyen doit, par suite, être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "salarié" d'une durée maximale d'un an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail. / () ". Aux termes de l'article L. 5221-5 du code du travail : " Un étranger autorisé à séjourner en France ne peut exercer une activité professionnelle salariée en France sans avoir obtenu au préalable l'autorisation de travail mentionnée au 2° de l'article L. 5221-2. / () ".

5. Si M. B justifie d'un contrat de travail à durée indéterminée, ce dernier n'est pas assorti d'une autorisation de travail. Dès lors, le moyen tiré d'une violation de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". L'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

7. M. B ne fournit aucun élément permettant d'établir l'existence de liens stables et anciens sur le territoire et ne justifie pas être dépourvu d'attaches familiales en Côte d'Ivoire et où résident encore ses parents. Dans ces conditions, le préfet du Finistère n'a pas, en rejetant la demande de titre de séjour de M. B, porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée. Dès lors, ce moyen doit être écarté.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

8. Le présent jugement, qui rejette les conclusions en annulation de la requête de M. B n'appelant aucune mesure d'exécution, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ne peuvent qu'être rejetées.

Sur l'application des dispositions de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

9. Les dispositions visées ci-dessus font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B et au préfet du Finistère.

Délibéré après l'audience du 2 octobre 2023 à laquelle siégeaient :

M. Etienvre, président,

M. Terras, premier conseiller,

Mme Le Berre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 octobre 2023.

Le président-rapporteur,

signé

F. Etienvre

L'assesseur le plus ancien,

signé

F. Terras

La greffière,

signé

E. Douillard

La République mande et ordonne au préfet du Finistère, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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