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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2301983

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2301983

vendredi 16 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2301983
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement urgent
Avocat requérantGOURLAOUEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée les 13 avril 2023, M. D B, représenté par Me Gourlaouen, demande au tribunal :

1°) d'annuler, pour excès de pouvoir, l'arrêté du 27 février 2023 par lequel le préfet du Morbihan a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a déterminé le pays à destination duquel il sera, le cas échéant, renvoyé ;

2°) d'enjoindre au préfet du Morbihan, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour dans le délai de trois jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros

au titre des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative moyennant sa renonciation à percevoir la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il est insuffisamment motivé et n'a pas été précédé d'un examen suffisant de sa situation personnelle ;

- la décision de refus de titre de séjour a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière au regard des articles R. 425-11 et R. 425-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, à défaut pour le préfet d'établir la régularité de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- le collège des médecins de l'office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas procédé à une analyse particulière de sa situation ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est cru lié par l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français méconnaît les dispositions du 9° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 avril 2023, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté du 5 janvier 2017 fixant les orientations générales pour l'exercice par les médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, de leurs missions, prévues à l'article L. 313-11 (11°) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Radureau, vice-président, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Radureau ;

- les observations de Me Gourlaouen, représentant M. B qui reprend les éléments se rapportant à l'état de santé du requérant et en particulier les aspects médicaux établissant la nécessité pour lui de bénéficier d'un traitement plus adapté à sa pathologie en France et l'importance de la présence de sa mère à ses côtés, laquelle se rendait le plus souvent possible auprès de son fils au A, mais la pandémie de Covid et le décès de sa grand-mère qui vivait avec lui, ne permettent plus de maintenir cette situation alors que son état impose des soins en France avec le soutien de sa mère, alors que son père l'a délaissé.

- les explications de M. B, assisté de sa mère.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né le 26 mars 1985, est entré en France le 16 mai 2022 sous couvert d'un visa de court séjour. Le 26 octobre 2022, il a déposé une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 27 février 2023 dont le requérant demande l'annulation, le préfet du Morbihan, en particulier, a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être le cas échéant éloigné. Par un arrêté du 8 juin 2023 le préfet du Morbihan l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. M. B justifiant avoir introduit une demande devant le bureau d'aide juridictionnelle, il y a lieu de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur l'étendue du litige :

3.Aux termes de l'article R. 776-17 du code de justice administrative : " Lorsque l'étranger est placé en rétention ou assigné à résidence après avoir introduit un recours contre la décision portant obligation de quitter le territoire ou après avoir déposé une demande d'aide juridictionnelle en vue de l'introduction d'un tel recours, la procédure se poursuit selon les règles prévues par la présente section. () / (), lorsque le requérant a formé des conclusions contre la décision relative au séjour notifiée avec une obligation de quitter le territoire, il est statué sur cette décision dans les conditions prévues à la sous-section 1 ou à la sous-section 2 de la section 2, selon le fondement de l'obligation de quitter le territoire. () ".

4.L'obligation de quitter le territoire français adoptée à l'encontre de M. B est fondée sur le 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, en application de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, il doit être statué sur la décision relative au séjour l'accompagnant dans les conditions prévues à l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et à la sous-section 1 de la section 2 du chapitre VI du titre VII du livre VII du code de justice administrative. Par suite, il y a lieu de renvoyer à une formation collégiale du tribunal, les conclusions de la requête tendant à l'annulation du refus de titre de séjour et des conclusions accessoires présentées à fin d'injonction et statuera sur l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire :

5. À l'appui de ses conclusions dirigées contre l'obligation de quitter le territoire français, M. B excipe de l'illégalité de la décision par laquelle le préfet du Morbihan a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

6. Aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'État () ".

7. Le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a par son avis du 9 février 2023 estimé que l'état de santé de M. B nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut de prise en charge pouvait entraîner des conséquences d'une extrême gravité mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans son pays d'origine, il pourrait y bénéficier effectivement d'un traitement approprié et qu'au vu des éléments du dossier et à la date de l'avis, son état de santé lui permettait de voyager sans risque vers son pays d'origine.

8. Il est constant que M. B souffre d'un trouble neuropsychiatrique chronique, nécessitant une prise en charge médicale dont le défaut peut entraîner des conséquences d'une extrême gravité. Pour démontrer qu'il ne pourrait pas bénéficier d'un traitement approprié à son état au A, le requérant produit deux certificats médicaux portant des mentions identiques des 29 janvier et 22 septembre 2020, établis par le médecin psychiatre qui le suivait alors à Kenitra au A, selon lesquels le trouble neuropsychiatrique chronique de M. B était " résistant au traitement existant, au A " et l'intéressé avait " besoin d'avoir accès à d'autres thérapeutiques, accompagné[es] de la présence de sa maman, dont il a[vait] été séparé pendant des années ". Il produit également deux certificats médicaux établis les 10 juillet 2022 et 26 avril 2023 par son médecin psychiatre à Lorient, qui estime, dans le premier certificat, que l'état de santé du requérant " nécessite des soins continus indispensables au minimum une fois / mois () près du domicile de sa mère " et, dans le second, que son état de santé " ne peut évoluer positivement que dans un climat affectif positif " et qu'" il ne dispose plus pour cela que de sa mère vivant à Lanester ". Il ressort également des pièces du dossier que par un jugement du 26 juillet 2018 le tribunal de première instance de Sale a désigné Mme C, sa mère qui séjourne régulièrement sur le territoire, en qualité de tutrice légale de son fils. Dans ces conditions particulières et au regard des pièces versées au dossier qui établissent à la fois la nécessité pour le requérant de bénéficier de soins médicaux adaptés en France et l'importance de la présence de sa mère à ses côtés pour le calmer et atténuer ses troubles, M. B doit être regardé comme ne pouvant bénéficier effectivement d'un traitement approprié au A, pays à destination duquel il devait être renvoyé.

9. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour en raison de son état de santé, le préfet du Morbihan a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et qu'ainsi, il ne pouvait légalement lui faire obligation de quitter le territoire français.

10. Dans ces conditions, le requérant est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 27 février 2023 en tant qu'il lui fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixe le pays de destination de cette mesure d'éloignement.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

11. Ainsi qu'il a été dit au point 4, il n'appartient pas au magistrat désigné de se prononcer sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour. En revanche, en application des dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lorsqu'une obligation de quitter le territoire est annulée, l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas et il est mis fin aux mesures de surveillance prévues notamment à l'article L. 731-1 du même code. Ainsi, eu égard aux motifs du présent jugement, l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français contestée implique que le préfet du Morbihan réexamine la situation de M. B et qu'il lui délivre une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'il ait à nouveau statué sur son cas. Il y a lieu de prescrire à cette autorité de délivrer cette autorisation provisoire de séjour dans un délai de 15 jours à compter de la notification du présent jugement. Enfin, l'annulation prononcée induit, nécessairement qu'il soit mis fin aux mesures de surveillance dont M. B fait l'objet en application de l'arrêté du 8 juin 2023 du préfet du Morbihan l'assignant à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

D É C I D E :

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Les conclusions à fin d'annulation de la décision par laquelle le préfet du Morbihan a refusé un titre de séjour à M. B et leurs conclusions accessoires à fin d'injonction ainsi que celles portant sur l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sont renvoyées à une formation collégiale du tribunal statuant dans le délai et selon la procédure prévue à l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et à la sous-section 1 de la section 2 du chapitre VI du titre VII du livre VII du code de justice administrative.

Article 3 : L'arrêté du 27 février 2023 est annulé en tant qu'il porte obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixe le pays d'éloignement.

Article 4 : L'arrêté du 8 juin 2023 portant assignation à résidence dans pour une durée de quarante-cinq jours est annulé.

Article 5 : Il est enjoint au préfet du Morbihan d'accorder une autorisation provisoire de séjour à M. B dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à Me Gourlaouen et au préfet du Morbihan.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 juin 2023.

Le magistrat désigné,

signé

C. Radureau La greffière,

signé

P. Lecompte

La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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