jeudi 20 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2302116 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Eloignement urgent |
| Avocat requérant | SOUIDI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 et 19 avril 2023, M. D F, représenté par Me Souidi, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler les arrêtés du 30 mars 2023 par lesquels le préfet du Morbihan, d'une part, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction d'un retour en France pendant un an et, d'autre part, l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;
2°) d'enjoindre au préfet du Morbihan de procéder sans délai à l'effacement du système d'information Schengen et de lui en communiquer la confirmation écrite dans un délai de huit jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à verser à l'association GISTI ;
3°) de mettre à la charge de l'État le paiement au profit de son conseil d'une somme de 1 900 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- les arrêtés attaqués méconnaissent les dispositions des articles L. 212-1 et L. 212-3 du code des relations entre le public et l'administration ainsi que les règles du référentiel général prévu par l'article 9 de l'ordonnance du 8 décembre 2005 relative aux échanges électroniques entre les usagers et les autorités administratives et entre les autorités administratives dès lors qu'ils ne comportent pas une signature électronique valable ;
- ils méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays de destination méconnaît l'article 45 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;
- l'inscription de la présente requête à une audience près de 29 heures après son enregistrement et le refus de la renvoyer à une audience ultérieure opposé à son avocat méconnaissent les stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 avril 2023, le préfet du Morbihan conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. F ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le traité sur le fonctionnement de l'Union européenne ;
- l'accord franco-tunisien en matière de séjour et de travail du 17 mars 1988 modifié ;
- l'ordonnance n° 2005-1516 du 8 décembre 2005 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme René, première conseillère, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- et les observations de M. G, représentant le préfet du Morbihan, qui produit des pièces complémentaires.
M. F n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. M. F, ressortissant tunisien né le 20 avril 1987, déclare avoir quitté la Tunisie en 2005 et être entré en France avant 2012. Par deux arrêtés du 30 mars 2023 dont il demande l'annulation, le préfet du Morbihan, d'une part, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a fait interdiction d'un retour en France pendant un an et, d'autre part, l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci (). ". Aux termes de l'article L. 212-3 du code des relations entre le public et l'administration : " Les décisions de l'administration peuvent faire l'objet d'une signature électronique. Celle-ci n'est valablement apposée que par l'usage d'un procédé, conforme aux règles du référentiel général de sécurité mentionné au I de l'article 9 de l'ordonnance n° 2005-1516 du 8 décembre 2005 relative aux échanges électroniques entre les usagers et les autorités administratives et entre les autorités administratives, qui permette l'identification du signataire, garantisse le lien de la signature avec la décision à laquelle elle s'attache et assure l'intégrité de cette décision. ".
3. Il ressort des pièces du dossier que les arrêtés attaqués, qui mentionnent en caractères lisibles les nom, prénom et qualité de leur signataire, ont été signés de manière manuscrite par Mme C H, attachée d'administration à la direction de la citoyenneté et de la légalité de la préfecture du Morbihan, alors même que les signatures des arrêtés versés aux débats par le requérant sont très partiellement cachées par l'apposition ultérieure, dans la partie inférieure de la dernière page de chaque arrêté, des éléments relatifs à leur notification. Ces mentions sont ainsi conformes aux prescriptions de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration. De plus, les arrêtés litigieux n'ayant pas fait l'objet d'une signature électronique au sens de l'article L. 12-3 du même code, M. F ne peut utilement soutenir qu'ils méconnaissent ces dispositions et les règles du référentiel général prévu par l'article 9 de l'ordonnance du 8 décembre 2005 relative aux échanges électroniques entre les usagers et les autorités administratives et entre les autorités administratives. Par suite, le moyen tiré du défaut de signature valable doit être écarté.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
5. Si M. F indique être entré en France avant 2012, la seule attestation non datée de sa belle-sœur selon laquelle elle l'aurait hébergé à titre gratuit de 2010 à 2015 ne saurait établir une telle durée de présence en France. Le requérant se prévaut en particulier de sa relation de concubinage, attestée par plusieurs attestations versées aux débats, avec Mme E A, de nationalité française, au domicile de laquellle il réside. Il ne produit toutefois aucun document antérieur à 2021 pour justifier de l'ancienneté de cette relation, de sorte qu'alors même que les pièces versées au dossier tendent à établir leurs tentatives d'avoir un enfant et à supposer même qu'ils vivraient en concubinage depuis deux ans environ, comme M. F l'a indiqué aux service de la gendarmerie lors de son audition du 30 mars 2023, cette vie commune avec Mme A était relativement récente à la date des arrêtés attaqués. Il ressort au surplus des documents produits par le préfet du Morbihan en défense que Mme A a déclaré à la caisse d'allocations familiales être divorcée depuis le 17 juin 2022, sans mentionner sa relation de concubinage avec M. F. Par ailleurs, hormis les quelques attestations établies par des membres de la famille de Mme A, lesquelles ne sauraient suffire pour justifier de l'intensité des liens personnels, familiaux et professionnels du requérant en France, ce dernier ne produit aucune autre pièce de nature à établir l'existence de telles attaches. S'il fait valoir que plusieurs de ses frères vivent en France, il ne se prévaut pas de relations régulières qu'il entretiendrait avec eux et, au demeurant, il n'a déclaré lors de son audition du 30 mars 2023 n'avoir qu'un frère en France, résidant à Paris. Par ailleurs, M. F n'est pas dépourvu d'attaches en Tunisie où résident, selon ses déclarations, son père, ses quatre sœurs et deux de ses frères. Dans ses conditions, en l'absence d'élément probant quant aux efforts du requérant pour s'insérer en France et alors au demeurant qu'il est constant qu'il n'a pas déposé de demande de titre de séjour depuis son entrée sur le territoire français, les décisions attaquées ne portent pas à son droit à la vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard du but en vue duquel elles ont été prises. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit, par suite, être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 45 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne : " 1. La libre circulation des travailleurs est assurée à l'intérieur de l'Union. / 2. Elle implique l'abolition de toute discrimination, fondée sur la nationalité, entre les travailleurs des États membres, en ce qui concerne l'emploi, la rémunération et les autres conditions de travail. / 3. Elle comporte le droit, sous réserve des limitations justifiées par des raisons d'ordre public, de sécurité publique et de santé publique : / a) de répondre à des emplois effectivement offerts, / b) de se déplacer à cet effet librement sur le territoire des États membres () ".
7. Pour soutenir qu'en décidant de l'éloigner à destination du pays dont il possède la nationalité ou de tout autre pays non membre de l'Union européenne, le préfet aurait méconnu l'article 45 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne, M. F produit une carte d'identité bulgare. Toutefois, alors que dans sa requête, il se présente comme étant de nationalité tunisienne, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier qu'il aurait déclaré aux services de la préfecture une nationalité bulgare. Lors de son audition du 30 mars 2023, il a déclaré être en possession de son passeport et de sa carte d'identité tunisienne, sans faire référence à une carte d'identité bulgare. Il a de plus indiqué, s'agissant de son parcours migratoire, qu'il a pris l'avion à Tunis, a fait un passage en Italie, en France et en Belgique, avant de revenir sur le territoire français. Il n'a en outre déclaré parler, comprendre et lire que l'arabe et le français. Les circonstances que le requérant n'ait pas mentionné préalablement à l'intervention des arrêtés attaqués ses liens avec la Bulgarie et qu'il ne précise pas dans ses écritures dans quelles circonstances cette carte d'identité bulgare lui aurait été délivrée sont de nature à mettre en doute l'authenticité de ce document, d'autant plus qu'il ressort d'un courriel du 19 avril 2023 émanant de la cellule zonale de la fraude documentaire et à l'identité de la direction zonale de la police aux frontières, produit à l'audience par le représentant du préfet, que cette dernière n'a pas estimé que cette carte d'identité était authentique. Dans ces conditions, M. F n'établit pas sa nationalité bulgare et il ne peut dès lors se prévaloir de l'article 45 du traité sur le fonctionnement de l'Union Européenne qui n'est pas applicable aux ressortissants tunisiens.
8. En dernier lieu, si le requérant soutient que la procédure devant le tribunal a porté atteinte au droit à un procès équitable en méconnaissance des stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en raison du caractère trop rapide de l'inscription de la présente requête à une audience et du refus opposé à son avocat de la renvoyer à une audience ultérieure, un tel moyen, qui relève des moyens d'appel, ne peut utilement être soulevé dans le cadre de la présente instance, alors au demeurant que dans le cas d'une décision portant obligation de quitter le territoire français assortie d'une mesure d'assignation à résidence, le délai de jugement prévu par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est limité à quatre-vingt-seize heure à compter de l'expiration du délai de recours.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête à fin d'annulation doivent être écartées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :
10. L'exécution du présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte présentées par M. F doivent dès lors être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. F demande au profit de son conseil au titre des dépenses exposées et non comprises dans les dépens. Les conclusions présentées à ce titre par le requérant doivent dès lors être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. F est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D F et au préfet du Morbihan.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 avril 2023
La magistrate désignée,
signé
C. BLa greffière d'audience,
signé
A. Gauthier
La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026