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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2302199

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2302199

mardi 16 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2302199
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantBLANCHOT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 avril 2023, Mme D C, représentée par Me Blanchot, demande au juge des référés :

1°) de l'admettre, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 17 mars 2023 par laquelle le préfet du Finistère a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

3°) d'enjoindre au préfet du Finistère, à titre principal de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de l'ordonnance à intervenir et dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans un délai d'une semaine à compter de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard , à titre subsidiaire de lui délivrer, dans l'attente du jugement au fond, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai d'une semaine à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est remplie : s'agissant d'une décision de refus de renouvellement de titre de séjour, elle est présumée ; en outre, elle l'a fait basculer du séjour régulier au séjour irrégulier et lui fait perdre le bénéfice du revenu de solidarité active et des allocations qu'elle percevait, elle n'a aucune ressource à part le virement mensuel du père de ses enfants ; la décision a également interrompu ses démarches en vue de son projet professionnel ;

- sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision :

- elle est insuffisamment motivée en droit à défaut de citer les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et est, à tout le moins, entachée d'une erreur manifeste d'appréciation : elle contribue à l'entretien et à l'éducation de ses enfants, leur père lui envoie tous les mois une somme d'argent comprise entre 50 et 200 euros ; elle bénéficie du soutien de tous ses frères et sœurs qui résident tous dans la même commune, elle a entrepris des démarches pour s'intégrer en France et entend suivre une formation d'aide-soignante, son ancien partenaire s'est remarié religieusement, sa fille a besoin d'un suivi médical important qui risque d'être moins adapté à Mayotte ;

- pour les mêmes motifs, elle méconnait l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 mai 2023, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la décision est motivée en fait et en droit : elle cite l'article L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et expose la situation personnelle, familiale, économique et professionnelle de la requérante et Mme C n'a pas demandé un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision ne méconnaît pas l'article L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant et n'est entachée d'aucune erreur manifeste d'appréciation : Mme C n'établit pas que le père de ses enfants contribue à leur entretien et à leur éducation, elle n'établit pas avoir établi des liens intenses et durables en France métropolitaine où elle n'est que depuis quelques mois ni être dépourvue d'attaches familiales avec son pays d'origine ni à Mayotte où réside le père de ses enfants, elle n'établit pas de lien de parenté avec les deux personnes âgées de douze et dix-sept ans qu'elle présente comme son frère et sa sœur, elle ne dispose pas de ressources propres et ne rapporte pas la preuve qu'elle ne pourrait pas suivre une formation d'aide-soignante à Mayotte, elle ne produit aucun élément récent sur l'état de santé de sa fille et sur le suivi médical dont elle fait l'objet ;

- le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant dès lors que cet article ne fonde pas la demande de Mme C.

Vu :

- la requête au fond n° 2302198 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Plumerault, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 10 mai 2023 :

- le rapport de Mme F,

- les observations de Me Blanchot, représentant Mme C, qui reprend les mêmes termes que les écritures qu'elle développe, souligne que le préfet du Finistère ne conteste pas l'urgence, insiste, s'agissant du doute sérieux sur la légalité de la décision en litige, sur le fait que le père des enfants est bien venu en métropole avec la famille puis est reparti mais qu'il contribue financièrement à l'entretien de ses enfants, que A C a entamé une procédure pour mettre en place une autorité parentale conjointe, que sa cellule familiale se trouve en France et que sa fille a des problèmes de santé, fait valoir que Mme C n'a plus de titre de séjour valable à Mayotte et n'a plus d'attaches aux Comores, que l'agent à la préfecture aurait dû considérer qu'elle déposait également une demande de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Le préfet du Finistère n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré, présentée pour Mme C, a été enregistrée le 15 mai 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D C, de nationalité comorienne née le 17 mars 1998, a conclu, le 25 août 2021, un pacte civil de solidarité avec M. B E, ressortissant français. Elle est mère de deux enfants français nés en 2020 et 2021. Elle a été titulaire à Mayotte de titres de séjour temporaires portant la mention " vie privée et familiale ", le dernier valable jusqu'au 27 septembre 2022. La famille est entrée en métropole le 16 février 2022. M. E est finalement retourné vivre à Mayotte peu de temps après. Mme C a sollicité, le 18 janvier 2023, le renouvellement de son titre de séjour en qualité de parent d'enfant français, sur le fondement des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par une décision du 17 mars 2023, le préfet du Finistère lui a refusé la délivrance de ce titre de séjour. Mme C demande la suspension de l'exécution de cette décision.

Sur l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

3. Mme C justifiant avoir déposé une demande d'aide juridictionnelle, il y a lieu, par suite, de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

4. L'article L. 521-1 du code de justice administrative dispose que : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

5. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". L'article L. 423-8 du même code dispose que : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. / Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant ".

6. Il résulte de ces dispositions que lorsque le demandeur est le parent d'un enfant reconnu par un ressortissant français, il doit démontrer, conformément aux prescriptions de l'article L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, que l'auteur de cette reconnaissance de paternité contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant à la date de la décision attaquée, sans que la condition de durée posée par l'article L. 423-7 du même code ne trouve à s'appliquer.

7. En l'espèce, si Mme C justifie avoir bénéficié de versements mensuels d'argent aux mois de mars, avril, octobre, novembre et décembre 2022 de la part de M. E, il est constant qu'elle n'a plus aucun contact avec lui depuis le mois de juin 2022 et ne justifie ainsi pas que le père de ses enfants contribue effectivement à leur éducation et même de façon pérenne à leur entretien. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées n'est pas propre, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

9. Il ressort des pièces du dossier que Mme C n'est présente en métropole que depuis environ un an. Si elle se prévaut de la circonstance que sa fille souffrirait de problèmes de santé, le compte-rendu médical du 14 avril 2022 qu'elle produit ainsi que les consultations pédiatriques prévues ne font état d'aucune pathologie particulière qui nécessiterait de n'être prise en charge que sur le territoire métropolitain. En outre, la requérante n'établit pas avoir exercé une activité professionnelle depuis son entrée en France et ne justifie pas de l'absence d'attaches personnelles et familiales dans son pays d'origine ou à Mayotte où réside le père de ses enfants. Par suite, compte tenu de la durée et des conditions de son séjour, le moyen tiré de ce que le préfet du Finistère aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision lui refusant le séjour a été prise et aurait méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'est pas de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision, ni davantage, pour les mêmes motifs, celui tiré de l'erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur la situation personnelle de Mme C.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale sur les droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ".

11. La décision contestée, qui se borne à refuser de régulariser la situation administrative de la requérante au regard de son droit au séjour, n'a ni pour objet, ni pour effet de séparer ses enfants de leur mère alors au demeurant qu'ainsi qu'il a été dit leur père vit à Mayotte. Par suite, le moyen tiré d'une méconnaissance des stipulations précitées de l'article 3-1 la convention internationale relative aux droits de l'enfant n'est pas de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse.

12. En dernier lieu, aucun des autres moyens invoqués susvisés n'est davantage propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision du 17 mars 2023 par laquelle le préfet du Finistère a refusé de renouveler le titre de séjour de Mme C.

13. Il résulte de ce qui précède que l'une des conditions mises à l'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'étant pas remplie, il y a lieu, sans qu'il soit besoin d'examiner la condition d'urgence, de rejeter les conclusions à fin de suspension de la requête de Mme C.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

14. La présente ordonnance qui rejette les conclusions à fin de suspension de la requête n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par l'intéressée doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par Mme C doivent, dès lors, être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1 : Mme C est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : La requête de Mme C est rejetée.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme D C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera transmise pour information au préfet du Finistère.

Fait à Rennes, le 16 mai 2023.

Le juge des référés,

signé

F. F La greffière,

signé

P. Lecompte

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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