jeudi 11 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2302231 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS CORNET VINCENT SEGUREL (CVS) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 avril et 3 mai 2023, l'EARL Le Pré de la Fontaine, représentée par Me Mascrier, demande au juge des référés :
1°) de suspendre, en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, l'exécution de la décision du maire de la commune de Vannes du 25 janvier 2023 portant retrait de son abonnement au marché, au titre de l'année 2023 ;
2°) d'enjoindre à la commune de Vannes de lui restituer la place attitrée selon décision du 29 mars 2019 ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Vannes la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la condition tenant à l'urgence est satisfaite, dès lors que la décision en litige porte une atteinte grave et immédiate à sa situation financière et met en péril sa pérennité économique ; elle est obligée de se soumettre au tirage au sort chaque matin de marché, sans certitude d'avoir une place ; cette incertitude a des conséquences significatives sur son activité de producteur de fraises ; la pleine saison de production et de vente commence en mai ; sa production est rapidement impropre à la vente ; la décision le prive potentiellement d'environ 150 000 euros de chiffre d'affaires ; elle risque en outre de lui faire perdre tant sa clientèle habituelle, que la clientèle touristique, au profit des autres commerçants vendant des fraises de Plougastel ; il ne peut lui être reproché ses absences en hiver, dès lors qu'elles sont seulement liées à la saisonnalité de sa production ; le tirage au sort est aléatoire ;
- il existe un doute sérieux sur la légalité de la décision en litige, dès lors que :
* elle est basée sur un règlement des marchés de plein air du 11 janvier 2013 qui n'a jamais été publié ; la photographie produite d'un affichage n'est pas probante ;
* elle méconnaît le droit global d'attribution d'un emplacement, résultant des dispositions de l'article L. 664-1 du code rural et de la pêche maritime ;
* elle est entachée d'erreur de fait ; il lui est reproché, par erreur, un trop grand nombre d'absences au regard du nombre de jours de présence obligatoire ; le règlement du marché du 11 janvier 2013 dispose que l'abonnement est perdu en cas de nombre de jours de présence inférieur ou égal à 70 ; il a été présent 85 jours en 2022 ; la commune ne tient pas de registre des absences ; le fichier Excel produit n'est pas probant ; il n'est pas établi qu'il émane de l'autorité compétente de la commune ; ce document a été établi pour les besoins de la cause ; les absences ne peuvent être établies autrement que par la remise de tickets de présence.
Par un mémoire en défense, enregistré le 2 mai 2023, la commune de Vannes, représentée par la Selarl Cornet-Vincent-Ségurel, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de l'EARL Le Pré de la Fontaine de la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- la condition tenant à l'urgence n'est pas satisfaite : l'EARL Le Pré de la Fontaine s'est placée, de son propre fait, dans la situation qu'elle invoque, en s'abstenant d'occuper son emplacement réservé, durant les mois de novembre et décembre 2022 ; l'intérêt public justifie le maintien de l'exécution de la décision en litige, visant à s'assurer que les emplacements réservés ne soient pas attribués à des commerçants ne l'utilisant pas : l'EARL requérante peut vendre sa production sur de nombreux autres marchés, sur lesquels elle se rend régulièrement ; elle peut en outre accéder aux marchés de Vannes, mais en en soumettant à la procédure du tirage au sort ; elle a participé à ce tirage au sort neuf fois, et a à chaque fois été placée ;
- l'EARL Le Pré de la Fontaine ne soulève aucun moyen propre à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige ; en particulier :
* le règlement du 11 janvier 2013 est affiché dans le local placier de la halle et a été publié au recueil des actes administratifs de la commune (n° 63, tome 2, pp. 720 à 728) ;
* les dispositions de l'article L. 664-1 du code rural et de la pêche maritime prévoient que le droit global d'attribution d'emplacement est exercé individuellement ; il appartient au maire d'attribuer les emplacements ;
* l'EARL Le Pré de la Fontaine reconnaît ne pas avoir occupé son emplacement durant les mois de novembre et décembre ; elle allègue, sans l'établir, avoir été présente 85 jours durant l'année 2022 ; un relevé des présences et des absences existe, réalisé directement sur le smartphones des placiers, et les pointages réalisés révèlent qu'elle n'a été présente que 65 jours.
Vu :
- la requête au fond n° 2301810, enregistrée le 31 mars 2023 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code rural et de la pêche maritime ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Thielen, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 4 mai 2023 :
- le rapport de Mme B ;
- les observations de Me Mascrier, représentant l'EARL Le Pré de la Fontaine, qui conclut aux mêmes fins que sa requête, par les mêmes moyens, et précise notamment que :
* le constat d'huissier établi le 22 avril 2023 confirme le caractère aléatoire et contestable du tirage au sort réalisé par le placier, de sorte que la commune de Vannes ne peut utilement faire valoir la circonstance qu'il aurait été tiré au sort pour contester la situation d'urgence ;
* l'impact sur la situation financière de l'entreprise est établi ;
* le règlement du marché du 11 janvier 2013 n'a jamais été publié et il n'est pas établi qu'il ait été affiché avant avril 2023 ;
* les photographies produites ne sont pas probantes ;
* le registre des présences dont se prévaut la commune de Vannes ne l'est pas davantage, qui ne consiste qu'en un fichier Excel ; le placier a indiqué à l'huissier que les absences et présences n'étaient pas relevées ;
- les observations de Me Léon, représentant la commune de Vannes, qui persiste dans ses conclusions écrites, par les mêmes arguments, et fait notamment valoir que :
* la condition tenant à l'urgence n'est pas satisfaite ; l'EARL Le Pré de la Fontaine a été tirée au sort les neuf fois où elle s'est présentée ; la perte de chiffre d'affaires n'est pas significative ; sa marchandise peut être vendue sur les autres marchés ;
* le règlement du marché du 11 janvier 2013 a été publié et affiché ; il est établi que l'EARL Le Pré de la Fontaine a été présente que 65 fois en 2022 ;
- les explications de M. A, représentant l'EARL Le Pré de la Fontaine, qui indique que le marché de Vannes constitue l'un des cinq plus importants marchés sur lesquels son entreprise se rend régulièrement, sur une centaine de marchés et que son chiffre d'affaires s'élève à environ 4,5 millions d'euros par an.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. L'EARL Le Pré de la Fontaine est productrice de fruits et légumes, spécialisée dans la production des fraises de Plougastel. Elle se rend, depuis 2007, régulièrement sur le marché de la commune de Vannes et bénéficie d'un emplacement en qualité d'abonné sur le marché de plein air, se tenant les mercredi et samedi, depuis le 29 mars 2019. Par décision du 25 janvier 2023, le maire de la commune de Vannes n'a pas maintenu son abonnement au titre de l'année 2023, motif pris d'un nombre insuffisant de jours de présence durant l'année 2022, au regard des dispositions du règlement du marché du 11 janvier 2013. L'EARL Le Pré de la Fontaine a saisi le tribunal d'un recours en annulation contre cette décision et, dans l'attente du jugement au fond, demande au juge des référés d'en suspendre l'exécution.
Sur les conclusions aux fins de suspension :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce.
4. Pour établir l'urgence à suspendre l'exécution de la décision en litige, l'EARL Le Pré de la Fontaine soutient qu'elle porte une atteinte grave et immédiate à sa situation financière et met en péril sa pérennité économique, la privant d'environ 150 000 euros de chiffre d'affaires. Elle expose également qu'elle est obligée de se soumettre au tirage au sort chaque matin de marché, sans certitude d'avoir une place, outre que le déroulement de celui-ci est très aléatoire et contestable, et que cette incertitude a des conséquences significatives sur son activité de producteur de fraises, alors même que la pleine saison de production et de vente commence en mai, que sa production est rapidement impropre à la vente et ne peut donc être revendue le lendemain et qu'elle risque enfin, sur le long terme, de lui faire perdre tant sa clientèle habituelle, que la clientèle touristique, au profit des autres commerçants vendant des fraises de Plougastel. Elle soutient enfin qu'il ne peut lui être reproché ses absences en hiver, dès lors qu'elles sont seulement liées à la saisonnalité de sa production.
5. Au soutien de son argumentation, l'EARL Le Pré de la Fontaine se borne toutefois à produire un document établi par son comptable conseil, attestant qu'elle a réalisé, en 2022, un chiffre d'affaires de 128 026,53 euros et, en 2019, un chiffre d'affaires de 158 210,59 euros sur le marché de la commune de Vannes. Ce seul document, dont il résulte au demeurant que ne sont recensés que 60 jours de présence en 2022 sur le marché en cause, ne permet pas d'établir que l'exécution de la décision en litige soit susceptible de mettre en péril la pérennité économique et la continuation de l'activité de l'EARL Le Pré de la Fontaine, pas davantage que de mettre en péril l'emploi de ses salariés, outre qu'il résulte des déclarations de son gérant lors de l'audience publique que cette société est présente régulièrement sur une centaine de marchés bretons et que son chiffre d'affaires global, pour 2022, s'est élevé à 4,5 millions d'euros, dont il n'est pas établi, ni même allégué, qu'il s'agirait de résultats exceptionnels ou que la société serait en difficulté financière sur un plan général. Il résulte au surplus de l'instruction que la décision en litige ne fait pas obstacle à ce que l'EARL Le Pré de la Fontaine puisse disposer d'un emplacement sur le marché de Vannes, en se soumettant au tirage au sort, et qu'elle a au demeurant été systématiquement tirée au sort, à chaque fois qu'elle a été présente, depuis sa notification. Aucune des circonstances avancées par l'EARL le Pré de la Fontaine n'apparaît ainsi de nature à caractériser une situation d'urgence au sens des dispositions précitées.
6. Il résulte de ce qui précède que l'une des conditions auxquelles les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative subordonnent la suspension de l'exécution d'une décision administrative n'est pas remplie. Les conclusions de l'EARL Le Pré de la Fontaine tendant à la suspension de l'exécution de la décision du maire de la commune de Vannes du 25 janvier 2023 portant retrait de son abonnement au marché, au titre de l'année 2023, ne peuvent, par suite, qu'être rejetées.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
7. La présente ordonnance n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction présentées par l'EARL Le Pré de la Fontaine ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Vannes qui n'est pas, dans la présente instance, partie perdante, la somme que l'EARL Le Pré de la Fontaine demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
9. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'EARL Le Pré de la Fontaine la somme que la commune de Vannes demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de l'EARL Le Pré de la Fontaine est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Vannes au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à l'EARL Le Pré de la Fontaine et à la commune de Vannes.
Fait à Rennes, le 11 mai 2023.
Le juge des référés,
signé
O. BLa greffière,
signé
A. Gauthier
La République mande et ordonne au préfet du Morbihan en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026