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AccueilJurisprudence administrativeN° TA35-2302377

Tribunal Administratif de Rennes — Décision N° TA35-2302377

mercredi 3 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Rennes
SectionTribunal Administratif de Rennes
N° DossierTA35-2302377
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationEloignement urgent
Avocat requérantBAUDET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 28 avril 2023 à 18h17, M. I G, alors placé en rétention administrative à Rennes-Saint-Jacques-de-la-Lande (Ille-et-Vilaine), représenté par Me Baudet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 26 avril 2023 par lequel le préfet du Finistère l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et lui interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 000 euros à verser à son avocate sur le fondement de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision a été prise par une personne incompétente, à défaut de justifier d'une délégation de signature ;

- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen de sa situation particulière ;

- elle est entachée d'un vice de procédure et méconnaît le droit à être entendu garanti par l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît la circulaire du 31 décembre 1984 et la circulaire du 8 février 1994 ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations des paragraphes 1 et 2 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

S'agissant de la décision refusant un délai de départ volontaire :

- elle a été prise par une personne incompétente, à défaut de justifier d'une délégation de signature ;

- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen de sa situation particulière ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

S'agissant de la décision fixant le pays de destination :

- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen de sa situation particulière ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français ;

S'agissant de la décision portant interdiction de retour :

- elle a été prise par une personne incompétente, à défaut de justifier d'une délégation de signature ;

- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen de sa situation particulière ;

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité des décisions lui faisant obligation de quitter le territoire français et lui refusant un délai de départ volontaire ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 mai 2023, le préfet du Finistère conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. G ne sont pas fondés.

Vu :

- l'ordonnance du 29 avril 2023 par laquelle le juge des libertés et de la détention a prolongé la rétention de M. G pour un délai maximum de vingt-huit jours ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Tourre, première conseillère, pour statuer sur les recours dont le jugement relève des dispositions des articles L. 614-5 et L. 614-7 à 13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D,

- les observations de Me Kibge substituant Me Baudet, représentant M. G, qui développe les moyens soulevés dans la requête :

* Elle insiste sur le défaut de motivation de l'arrêté attaqué, l'examen insuffisant de la situation du requérant, qui vit en France depuis dix ans, et la présence en France de toute sa famille dont son épouse française, présente à l'audience, avec laquelle il s'est séparé pendant plusieurs années mais dont la présence témoigne d'un attachement réciproque ;

* En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français, elle précise que :

* M. G s'est pleinement occupé pendant plusieurs années de ses deux enfants, jusqu'à la séparation d'avec leur mère, ainsi qu'en témoigne l'attestation de celle-ci qui date de l'époque où il avait toute sa place à leurs côtés ;

* malgré la dispense de versement d'une contribution, M. G a contribué à l'éducation et l'entretien de ses deux enfants français ;

* depuis 2022, M. G a fait des démarches de soins, de régularisation de sa situation administrative, d'insertion et de réinsertion ;

* En ce qui concerne l'interdiction de retour pendant trois ans, elle précise que :

* S'agissant du 1er fondement : les mesures d'éloignement de 2013 et 2017 ne peuvent servir de fondement à l'interdiction de retour alors que M. G a ensuite bénéficié d'un visa et été en situation régulière sur le territoire français ; par ailleurs, il ne peut être reproché au requérant de ne pas avoir exécuté la mesure d'éloignement de 2022 alors qu'il était détenu ;

* S'agissant du 2e fondement : les condamnations pénales ne suffisent pas à caractériser la menace à l'ordre public ;

- les observations de M. G, assisté d'une interprète en langue albanaise, qui fait valoir qu'il était présent auprès de ses enfants et aidait son ex-conjointe, qu'il les aime et veut être auprès d'eux, qu'il n'y a plus de problème entre lui et son ex-compagne, Mme A, même s'il n'a pas le droit de la contacter, que personne ne peut lui enlever le droit de contacter ses enfants, qu'il a toute sa vie en France, ses enfants, sa famille ainsi que son épouse, qu'il souhaite être régularisé et avoir le droit de travailler pour mener une vie normale ; il rejette enfin les accusations du représentant du préfet sur la cession de produits stupéfiants ;

- et les observations du préfet du Finistère, représenté par M. F, qui précise que :

* concernant le droit à être entendu, M. G a été entendu en audition et il lui a été donné la possibilité, en outre, de fournir des observations complémentaires ;

* l'autorité parentale lui a été retiré et le juge d'application des peines a effectué un signalement au procureur de la République sur son comportement ;

* M. G a été condamné non seulement par des délits routiers sous l'emprise de stupéfiants, mais également pour trafic de stupéfiants et violences conjugales ;

* en ce qui concerne l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, M. G ne justifie pas entretenir de liens avec ses parents, frères et sœurs, qui ne l'ont pas visité en détention, mais qui pourront le visiter en Albanie.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. G, ressortissant albanais né en 1994, a séjourné en France à partir de 2014 et a fait l'objet de trois mesures d'éloignement prises par le préfet du Morbihan les 6 novembre 2014, 15 juin 2016 et 9 mai 2017. Il est entré en dernier lieu sur le territoire français le 14 juillet 2018 sous couvert d'un visa de long séjour qui lui a été délivré en qualité de conjoint d'une ressortissante française. Deux enfants jumeaux, B et E, sont nés de cette union le 28 novembre 2018 à Vannes (Morbihan), reconnus par anticipation le 22 octobre 2018. Par arrêté du 19 avril 2022, le préfet du Finistère a refusé à M. G la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français et l'a obligé à quitter le territoire français. Le recours formé contre cet arrêté a été rejeté le 13 juillet 2022 par jugement du tribunal administratif de Rennes, confirmé par la Cour administrative d'appel de Nantes le 16 novembre 2022. M. G a été condamné le 23 avril 2021 par le tribunal judiciaire de Quimper à une peine de six mois d'emprisonnement. Son incarcération a permis la mise à exécution de deux précédents jugements le condamnant à trois et quatre mois d'emprisonnement. Durant son incarcération, M. G a également été condamné le 1er février 2022 par le tribunal judiciaire de Quimper à une peine de huit mois d'emprisonnement, puis, le 11 mai 2022, à une peine d'un an d'emprisonnement par le tribunal judiciaire de Lorient. Alors que M. G était incarcéré, le préfet du Finistère, par l'arrêté attaqué du 26 avril 2023, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire pour une durée de trois ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :

2. Il résulte d'un arrêté du 16 mars 2023, dûment publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, que le préfet du Finistère a donné délégation à M. Christophe Marx, secrétaire général de la préfecture et signataire de l'arrêté attaqué, aux fins de signer, en toutes matières, tous les actes relevant des attributions du préfet à l'exclusion de certains d'entre eux au nombre desquels ne figurent pas les décisions contenues dans l'arrêté en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, la décision attaquée, après avoir visé les textes applicables, notamment les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, fait état de la situation administrative de M. G et de sa situation familiale et personnelle. Elle énonce que l'intéressé constitue une menace grave pour l'ordre public et se fonde sur les paragraphes 2° et 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Contrairement à ce qu'affirme M. G, le préfet du Finistère n'avait nullement à préciser en quoi sa situation particulière ne faisait pas obstacle à la mise en œuvre de l'obligation de quitter le territoire français. Il n'était pas davantage tenu de viser l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ainsi, la décision attaquée énonce les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de cette décision doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté en litige ni des autres pièces du dossier que le préfet du Finistère ne se serait pas livré à un examen particulier de la situation de M. G préalablement à l'édiction de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de ce que l'autorité préfectorale n'a pas procédé à un examen sérieux de la situation de M. G doit également être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ", il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que cet article s'adresse non pas aux États membres mais uniquement aux institutions, organes et organismes de l'Union. Ainsi, les moyens tirés de leur violation par une autorité d'un État membre sont inopérants.

6. Toutefois, il résulte également de la jurisprudence de la Cour de Justice que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux États membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. En outre, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

7. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. G ait été empêché de s'exprimer avant que ne soit prise la décision attaquée, alors qu'il a fait l'objet d'une audition le 13 avril 2023, avant l'édiction de l'arrêté en litige, en langue française qu'il a déclaré comprendre parfaitement, au cours de laquelle il a pu présenter ses observations. Au surplus, il lui a été donné la possibilité, le 13 avril 2023, de fournir des observations écrites concernant les mesures d'éloignement, d'assignation à résidence ou de placement en centre de rétention administrative susceptibles d'être prises à son encontre. Enfin, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. G disposait d'informations tenant à sa situation qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration, notamment dans le cadre de cette audition ou avant que ne soit prise la décision en litige, et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction de cette décision. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'être préalablement entendu doit être écarté.

8. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans () ".

9. M. G n'établit pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de ses deux enfants, B et E, depuis au moins deux ans en se bornant à produire l'acte de reconnaissance de paternité par anticipation du 22 octobre 2018, les actes de naissance des enfants, diverses photos de famille sur lesquelles ceux-ci figurent, le plus souvent sans leur père, un virement du 2 juin 2021 à destination de Mme A, la mère des enfants, et une attestation de celle-ci datant de 2018 et non circonstanciée, alors qu'il ressort des pièces du dossier que les deux enfants sont placés dans une famille d'accueil dans le cadre d'une mesure d'assistance éducative et que leur père, condamné pénalement pour des violences familiales, ne s'est vu accorder aucun droit de visite, le juge aux affaires familiales ayant confié l'exercice exclusif de l'autorité parentale à leur mère. Il suit de là que le préfet du Finistère, en décidant d'obliger M. G à quitter le territoire français, n'a pas méconnu les dispositions du 5° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni commis une erreur manifeste d'appréciation.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. Ainsi qu'il a été dit ci-dessus, M. G ne démontre pas qu'il entretiendrait des liens avec ses enfants alors que le juge aux affaires familiales a confié l'exercice exclusif de l'autorité parentale à leur mère et qu'il a interdiction d'entrer en relation avec celle-ci pendant trois ans et de séjourner dans le département du Finistère pendant deux ans. S'il se prévaut de son mariage avec Mme H, ressortissante française présente à l'audience, M. G admet qu'ils sont séparés depuis plusieurs années. S'il a également fait valoir lors de son audition être en couple avec une ressortissante française prénommée Ila, qui réside à Lorient, M. G ne dispose ni de son nom ni de son adresse. Le requérant a, en outre, produit une attestation de Mme C, résidant à Lamballe, indiquant qu'elle l'hébergera à sa sortie d'incarcération, mais il ne précise pas la teneur de leurs liens. Par ailleurs, s'il soutient que ses deux parents, titulaires l'un et l'autre d'une carte de séjour pluriannuelle, ses frères et sœurs, ainsi que ses neveux et nièces sont présents en France, M. G n'établit pas davantage entretenir de liens avec eux, alors que le préfet du Finistère fait valoir sans être contredit qu'ils ne l'ont pas visité durant son incarcération. De plus, M. G n'établit pas être dépourvu d'attaches, familiales ou autres, en Albanie. Son insertion au plan social ou professionnel en France n'est aucunement démontrée, même s'il a travaillé en prison et entrepris des démarches de soins, alors qu'il a multiplié en peu d'années les actes délictueux et s'est soustrait à plusieurs mesures d'éloignement prises à son encontre. M. G a ainsi été condamné à sept peines d'emprisonnement ferme ou assorties du sursis, prononcées pour des faits délictuels commis entre 2018 et 2022, consistant en des délits, commis en récidive, de conduite automobile sans permis ni assurance et sous l'emprise de stupéfiants, de transport, détention, offre et acquisition de stupéfiants, d'usage illicite de stupéfiants en récidive, de menaces de mort réitérées et de violences sur la personne de Mme A, son ex-compagne et mère de ses enfants. La dernière peine a été assortie d'une interdiction d'entrer en relation avec celle-ci et de séjourner dans le département du Finistère. Il ressort de la décision du juge d'application des peines du 14 mars 2022 qu'il n'a pas été fait droit à la demande d'aménagement de peine du requérant, incarcéré à la maison d'arrêt de Brest, au motif notamment des risques encourus, s'il devait sortir, par son ex-compagne et ses enfants, alors qu'il avait déjà démontré auparavant ses difficultés à respecter les obligations correspondant aux mesures de contrôle ou d'interdiction judiciaires de séjour, de rencontre et de paraître prononcées à son encontre. Il résulte de l'ensemble de ces éléments que M. G n'est pas fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français porterait une atteinte disproportionnée à son droit à la vie privée et familiale au regard des motifs au vu desquels elle a été prise, en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté pour les mêmes motifs.

12. En sixième lieu, M. G ne peut utilement se prévaloir de la circulaire du 31 décembre 1984 et de celle du 8 février 1994 aux termes de laquelle la menace à l'ordre public s'apprécie " au regard de l'ensemble des éléments de fait et de droit caractérisant le comportement personnel de l'étranger en cause ", qui sont dépourvues de dispositions impératives à caractère général.

13. En septième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ". Il appartient à l'étranger qui invoque la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales de justifier de la réalité, de la nature et de la gravité des risques qu'il encourt personnellement dans le pays de renvoi.

14. Le moyen tiré de la violation de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'égard de la décision portant obligation de quitter le territoire français, qui n'a pas pour objet de fixer le pays à destination duquel le requérant pourrait être éloigné d'office. Par suite, ce moyen doit être écarté, de même que le moyen tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur d'une erreur manifeste d'appréciation.

15. En huitième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

16. Il ne ressort pas des pièces du dossier, en particulier compte-tenu de l'absence de liens démontrés entre M. G et ses enfants et des éléments exposés au point 11 du présent jugement, que le préfet du Finistère a omis d'accorder une considération primordiale à l'intérêt des enfants mineurs de l'intéressé, en méconnaissance du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

17. En dernier lieu, aux termes du paragraphe 2 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Les États parties s'engagent à assurer à l'enfant la protection et les soins nécessaires à son bien-être, compte tenu des droits et des devoirs de ses parents, de ses tuteurs ou des autres personnes légalement responsables de lui, et ils prennent à cette fin toutes les mesures législatives et administratives appropriées () ".

18. Ces stipulations créent seulement des obligations entre États sans ouvrir de droits aux intéressés et sont donc dépourvues d'effet direct à l'égard des particuliers qui ne peuvent s'en prévaloir à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du paragraphe 2 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant est inopérant et doit être écarté.

19. Il résulte de ce qui précède que M. G n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 26 avril 2023 l'obligeant à quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision portant refus de délai de départ volontaire :

20. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : () 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour () ; 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

21. En premier lieu, pour refuser d'accorder un délai de départ volontaire à M. G, le préfet du Finistère a précisément expliqué en quoi l'intéressé entrait dans le champ d'application des dispositions des 1° et 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et des dispositions des 2°, 4°, 5° et 8° de l'article L. 612-3 du même code. Ainsi, la décision en litige énonce les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision refusant d'accorder un délai de départ volontaire à M. G doit être écarté.

22. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision en litige ni des autres pièces du dossier que le préfet du Finistère ne se serait pas livré à un examen particulier de la situation de M. G préalablement à l'édiction de la décision portant refus de délai de départ volontaire.

23. En troisième lieu, le casier judiciaire de M. G comporte sept mentions de peines d'emprisonnement ferme ou assorties du sursis, prononcées pour des faits délictuels commis entre 2018 et 2021, consistant en des délits, commis en récidive, de conduite automobile sans permis ni assurance et sous l'emprise de stupéfiants, de transport, détention, offre et acquisition de stupéfiants, d'usage illicite de stupéfiants en récidive, de violences sur conjoint ou concubin. En dernier lieu, par un jugement de la chambre correctionnelle du tribunal de Quimper du 1er février 2022, M. G a été condamné à huit mois d'emprisonnement délictuel pour des menaces de mort réitérées et des violences sur la personne de Mme A, son ex-compagne et mère de ses enfants, peine assortie d'une interdiction d'entrer en relation avec celle-ci et de séjourner dans le département du Finistère. La demande d'aménagement de peine du requérant a été refusée, au motif notamment des risques encourus, s'il devait sortir, par son ex-compagne et ses enfants, alors qu'il avait déjà démontré auparavant ses difficultés à respecter les obligations correspondant aux mesures de contrôle ou d'interdiction judiciaires de séjour, de rencontre et de paraître prononcées à son encontre. Enfin, des incidents en détention ont donné lieu à des retraits de crédit de réduction de peine et notamment des menaces de mort à l'encontre de la mère de ses enfants. Au regard de ces éléments, le préfet du Finistère n'a pas commis d'erreur d'appréciation en estimant que M. G représentait une menace pour l'ordre public. Il suit de là que le préfet a pu valablement, pour ce seul motif, lui refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire sur le fondement du 2° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, M. G n'est pas fondé à soutenir que la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire méconnaît les dispositions de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour les mêmes raisons, la décision attaquée ne procède pas d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

24. Il résulte de ce qui précède que M. G n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision refusant de lui accorder un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

25. En premier lieu, la décision fixant le pays de destination comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement de sorte que M. G a été mis en situation de la contester utilement. Ainsi, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque en fait et doit être écarté.

26. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de la décision en litige ni des autres pièces du dossier que le préfet du Finistère ne se serait pas livré à un examen particulier de la situation de M. G. Le moyen invoqué doit, dès lors, être écarté.

27. En troisième lieu, ainsi qu'il a été exposé, la décision obligeant M. G à quitter le territoire n'est pas entachée d'illégalité. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'exception d'illégalité de cette décision, invoqué au soutien des conclusions en annulation de la décision fixant le pays de destination, doit être écarté.

28. Il résulte de ce qui précède que M. G n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

29. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ".

30. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. Ainsi la décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère. Il incombe ainsi à l'autorité compétente qui prend une décision d'interdiction de retour d'indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l'étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément. Il résulte également de ces dispositions que dès lors que, sauf circonstances humanitaires y faisant obstacle, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français intervient d'office dans l'hypothèse où le préfet n'a pas assorti l'obligation de quitter le territoire français d'un délai de départ volontaire. Par conséquent, seule la durée de l'interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

31. La décision attaquée, qui cite l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne l'article L. 612-10 du même code, indique les raisons pour lesquelles M. G peut, en l'absence de circonstances humanitaires, faire l'objet d'une interdiction de retour sur le territoire français. Cette motivation ne révèle pas non plus qu'il aurait été procédé à un examen incomplet ou insuffisant de la situation de M. G. Les moyens tirés de l'insuffisance de motivation et du défaut d'examen complet de la situation de l'intéressé ne peuvent, par suite, être accueillis.

32. En deuxième lieu, dès lors que le préfet a légalement pu décider de refuser à M. G l'octroi d'un délai de départ volontaire, cette autorité ne peut être regardée comme ayant méconnu les dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français alors que l'intéressé ne justifie d'aucune circonstance humanitaire avérée.

33. En troisième lieu, pour prononcer l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans, le préfet s'est fondé sur la menace à l'ordre public que représente la présence de M. G sur le territoire français, sur le fait qu'il est entré pour la deuxième fois en France en juillet 2018 de manière régulière, qu'il a fait l'objet de quatre obligations de quitter le territoire français et s'est maintenu de manière irrégulière sur le territoire, qu'il ne peut se prévaloir ni de la présence en France de ses enfants mineurs dès lors qu'il ne dispose pas de l'autorité parentale sur eux, ni de celle de sa prétendue concubine dès lors qu'il ne dispose ni de son nom ni de son adresse, ni de celle de membres de sa famille, dès lors qu'il n'établit pas l'intensité de leurs relations. Nonobstant la présence sur le territoire de son épouse et de ses enfants français et pour les raisons mentionnées au point 11 du présent jugement, M. G ne peut se prévaloir de liens personnels anciens et intenses en France. Dès lors, l'intéressé n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Finistère aurait méconnu les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni entaché sa décision d'une erreur d'appréciation en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.

34. En quatrième lieu, les moyens tirés de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux mentionnés au point 11 du présent jugement. Au demeurant, s'il s'y croit fondé, M. G est en droit de solliciter l'abrogation de l'interdiction de retour en application de l'article L. 613-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il justifie avoir exécuté l'obligation de quitter le territoire français qui lui est opposée.

35. Il résulte de ce qui précède que M. G n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

36. Les dispositions visées ci-dessus font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'État, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. G demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. G est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. I G et au préfet du Finistère.

Lu en audience publique le 3 mai 2023.

La magistrate désignée,

signé

L. D La greffière d'audience,

signé

J. Jubault

La République mande et ordonne au préfet du Finistère en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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