lundi 22 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Rennes |
| Section | Tribunal Administratif de Rennes |
| N° Dossier | TA35-2302433 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | LE BIHAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 3 mai 2023, M. D C, représenté par Me Le Bihan, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 29 avril 2022 par laquelle le préfet d'Ille-et-Vilaine a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;
2°) d'enjoindre à l'administration de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et, dans l'attente, de lui délivrer dans un délai de huit jours à compter de cette notification, un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la condition d'urgence est remplie dès lors qu'il se retrouve dans une situation de grande précarité avec son fils mineur dont il a la charge ;
- sur le doute sérieux quant à la légalité de la décision :
- elle est entachée d'incompétence à défaut pour le préfet de justifier que son signataire disposait d'une délégation régulière ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle et d'une insuffisance de motivation : les autorités comoriennes n'ont pas été interrogées sur l'authenticité des documents d'état-civil qu'il a présentés ;
- elle est entachée d'un vice de procédure : la décision litigieuse a été prise exclusivement au regard de l'avis émis par les services de la fraude documentaire de la police de l'air et des frontières sans qu'il ait été en mesure préalablement à l'édiction de la décision litigieuse d'apporter tout élément complémentaire pour justifier de l'authenticité des documents d'état civil qu'il a présentés ;
- elle est entachée d'une erreur de droit : sa situation devait être examinée au regard des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à la date d'introduction de sa demande, soit le 29 juin 2017 ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article R. 311-2-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 47 du code civil : il a produit des documents authentiques pour justifier de son identité et de sa nationalité et il lui est reproché qu'ils auraient été déclarés non conformes à la loi comorienne sans enquête auprès des autorités de son pays d'origine ;
- elle méconnaît l'article L. 313-11-6° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable avant le 1er mai 2021 : il remplit les conditions posées à cet article pour bénéficier d'un titre de séjour dès lors qu'il est père d'un enfant français, à l'entretien et à l'éducation duquel il participe.
Par un mémoire en défense, enregistré le 16 mai 2023, le préfet d'Ille-et-Vilaine conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- le moyen tiré de l'incompétence manque en fait et en droit ;
- de nombreuses irrégularités affectent les documents d'état-civil produits par M. C ne rendant pas nécessaire la consultation des autorités comoriennes et la délivrance d'un passeport ne permet pas d'attester que les informations d'état-civil qu'il contient sont authentiques ;
- il n'avait pas d'obligation de solliciter l'avis du requérant sur les irrégularités des actes d'état-civil fournis à l'appui de sa demande de titre de séjour ; en outre M. C ne démontre pas que le service d'expertise de la police aux frontières a méconnu les dispositions comoriennes applicables en matière d'état-civil, ni qu'il dispose des compétences nécessaires pour en préciser l'interprétation ;
- si les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile cités dans la décision sont à tort ceux issus de l'ordonnance n°2020-1733 du 16 décembre 2020, c'est sans incidence sur la légalité de la décision dès lors que les dispositions applicables sont identiques dans leur contenu ;
- plusieurs irrégularités ont été relevées dans les documents d'état-civil produits par le requérant qu'il s'agisse du jugement supplétif du 16 mai 2014 ou des actes de naissance du 21 août 2014, de nature à remettre en cause leur force probante ;
- M. C ne remplit pas les conditions prévues par l'article L. 313-1 ancien du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : il ne justifie pas d'une participation active dans la vie de son fils A, seul enfant dont il s'est déclaré être le père dans le cadre de sa demande ; s'agissant de ses trois autres enfants, il ne justifie pas d'une participation financière ni affective dans leur entretien et leur éducation ou d'un exercice quelconque de son autorité parentale.
Vu :
- la requête au fond n° 2206558 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Plumerault, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 16 mai 2023 :
- le rapport de Mme E,
- les observations de Me Le Bihan, représentant M. C, qui reprend les mêmes termes que les écritures qu'elle développe, insiste sur le fait que la décision ne précise pas les irrégularités qui sont reprochées dans les documents d'état-civil qu'il a produits, que le préfet aurait dû saisir les autorités comoriennes, produit en cours d'instance un nouveau jugement supplétif comportant la signature du greffier en chef et du Cadi, qui manquaient dans le premier jugement supplétif fourni et soutient que la mention rectificative du jugement supplétif n'a pas à être portée en marge de celui-ci ;
- les observations de M. B, représentant le préfet d'Ille-et-Vilaine, qui reprend les mêmes termes que les écritures qu'il développe, souligne le caractère irrégulier des documents d'état-civil produits, fait valoir que le document produit en cours d'instance ne présente pas davantage de garantie d'authenticité, que la mention rectificative du jugement supplétif qui figure sur la copie intégrale de l'acte de naissance du requérant n'apparaît pas sur ce jugement et insiste sur le fait que M. C ne justifie pas qu'il participait, au moment de sa demande de titre de séjour, à l'éducation de son enfant.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, ressortissant comorien né le 31 décembre 1987, entré en France le 2 décembre 2009, a demandé le 29 juin 2017 un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français sur le fondement du 6° de l'article L. 313-11 du le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors applicable, dont les dispositions sont désormais reprises à l'article L. 423-7 du même code. Sa demande a été rejetée par le préfet d'Ille-et-Vilaine une première fois le 2 juillet 2018, au motif que les documents d'identité produits sont irrecevables car non conformes à la loi comorienne. Par jugement du 15 février 2021, le tribunal a annulé ce refus et enjoint au préfet d'Ille-et-Vilaine de réexaminer la demande de M. C. Par décision du 29 avril 2022, le préfet d'Ille-et-Vilaine a de nouveau rejeté la demande de titre de séjour de M. C. M. C demande, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de cette décision.
Sur l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, () l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".
3. M. C justifiant avoir déposé, dans le cadre de la présente instance, une demande d'aide juridictionnelle, il y a lieu, par suite, de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
4. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".
5. Aux termes de l'article R. 311-2-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente les documents justifiant de son état civil et de sa nationalité () ". L'article L. 111-6 du même code dispose que : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. (). ". L'article 47 du code civil précise que : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. ".
6. Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties.
7. Il ressort des pièces du dossier qu'à l'appui de sa demande de titre de séjour, M. C a produit un acte de naissance du 21 août 2014, une copie intégrale de cet acte de naissance ainsi qu'un jugement supplétif du 16 mai 2014. Pour refuser la délivrance d'un titre de séjour à M. C en qualité de parent d'enfant français, le préfet d'Ille-et-Vilaine a remis en cause l'authenticité des documents d'état-civil ainsi produits au motif qu'ils ne respectent pas plusieurs dispositions de la loi comorienne. M. C, en se bornant à produire dans le cadre de la présente instance un nouveau jugement supplétif sur lequel la signature du procureur ne figure pas sans expliquer les raisons de cette production tardive et sans explication circonstanciée sur les imprécisions des documents produits au regard de la loi comorienne, ne peut être regardé comme contestant sérieusement l'appréciation du préfet qui a considéré que ces documents étaient dépourvus de valeur probante. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées n'est pas propre, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision litigieuse.
8. Aucun des autres moyens invoqués susvisés n'est davantage de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.
9. Il résulte de ce qui précède que l'une des conditions mises à l'application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'étant pas remplie, il y a lieu, sans qu'il soit besoin d'examiner la condition d'urgence, de rejeter les conclusions à fin de suspension de la requête de M. C.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. La présente ordonnance qui rejette les conclusions à fin de suspension de la requête de M. C n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées par l'intéressé doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
11. En vertu des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, le tribunal ne peut pas faire bénéficier la partie tenue aux dépens ou la partie perdante du paiement par l'autre partie des frais qu'elle a exposés à l'occasion du litige soumis au juge. Les conclusions présentées à ce titre par M. C doivent, dès lors, être rejetées.
O R D O N N E :
Article 1 : M. C est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. C est rejetée.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. D C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Copie en sera transmise pour information au préfet d'Ille-et-Vilaine.
Fait à Rennes, le 22 mai 2023.
Le juge des référés,
signé
F. E La greffière d'audience,
signé
A. Gauthier
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026